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XIII. Des violences frappées d’insignifiance ? L’antisémitisme et ses négations

Pages 269 à 297

Citer ce chapitre


  • Zawadzki, P.
(2026). XIII. Des violences frappées d’insignifiance ? L’antisémitisme et ses négations. Dans
  • F. Bafoil
  • et P. Zawadzki
Violences, cruautés, dénis : Sciences sociales et psychanalyse, vol. II (p. 269-297). Hermann. https://doi.org/10.3917/herm.bafoi.2026.01.0269.

  • Zawadzki, Paul.
« XIII. Des violences frappées d’insignifiance ? L’antisémitisme et ses négations ». Violences, cruautés, dénis Sciences sociales et psychanalyse, vol. II, Hermann, 2026. p.269-297. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/violences-cruautes-denis--9791037048752-page-269?lang=fr.

  • ZAWADZKI, Paul,
2026. XIII. Des violences frappées d’insignifiance ? L’antisémitisme et ses négations. In :
  • BAFOIL, François
  • et ZAWADZKI, Paul,
Violences, cruautés, dénis Sciences sociales et psychanalyse, vol. II. Paris : Hermann. Sombres Temps, p.269-297. DOI : 10.3917/herm.bafoi.2026.01.0269. URL : https://shs.cairn.info/violences-cruautes-denis--9791037048752-page-269?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/herm.bafoi.2026.01.0269


Notes

  • [1]
    « Le nouvel antisémitisme », repris dans Jean Améry, Le nouvel antisémitisme, trad. D. Tassel et É. Tassel, Paris, Les Belles Lettres, 2015, p. 46.
  • [2]
    Marx et la question juive, Paris, Gallimard, 1972, p. 13. Au début du siècle, Jacques Tarnero évoquait les « esprits supposés éclairés [qui] ont préféré supprimer la question plutôt que de tenter d’en comprendre le sens », « Une maladie de l’âme », dans Alexandre Feingenbaum et al. [Nouveaux] visages de l’antisémitisme ? Haine passion ou haine historique, préf. Jacques Tarnero, Paris, NM7, 2001, p. 266.
  • [3]
    On ne distinguera pas ici négation et dénégation. Selon Paul-Laurent Assoun, le terme freudien (Verneinung, Fernajnung) : « désigne tout simplement une négation dont la traduction en “ dénégation ” permet de signifier la spécificité inconsciente : il s’agit de l’acte verbal par lequel un sujet […] énonce et récuse un état de fait qui s’avère effectif, ce qui révèle une dénégation inconsciente du refoulé », Vocabulaire de Freud, Paris, Ellipses, 2002, p. 30.
  • [4]
    Simone Weil en donne une brève caractérisation : « Non seulement c’est une forme d’antisémitisme, mais c’est peut-être la forme moderne de l’antisémitisme qui dit non pas : “ Mort aux juifs ”, mais : “ les juifs ne sont pas morts ” », Discours de Berlin, 28-29 avril 2004.
  • [5]
    Léon Poliakov, L’auberge des musiciens. Mémoires, Paris, Mazarine, 1981, p. 163.
  • [6]
    Léon Poliakov achevait le troisième volume de son Histoire de l’antisémitisme. De Voltaire à Wagner, Paris Calmann-Lévy, 1968, par le constat du « recul de l’antisémitisme par rapport à ce qu’il fut dans la première moitié du siècle présent », p. 479. Il estimait alors que le simple fait de l’existence de l’État d’Israël modifiait l’image des Juifs au point de neutraliser nombre d’anciens préjugés. On mesure, avec le recul, l’ampleur du déplacement du regard. Ce qui apparaissait à la fin des années 1960 comme promesse de dépassement des préjugés, s’est, un demi-siècle plus tard, inversé en vecteur de diabolisation.
  • [7]
    Au vu de la vigueur des réactions populaires, Richard Marienstras écrivait alors: « Symboliquement, c’est un nouveau contrat qui vient d’être établi entre les Juifs de France et la collectivité […] Il semble que la communauté juive ne sera plus isolée », L’Arche, novembre 1980, cité par Simon Epstein, L’antisémitisme français aujourd’hui et demain, Paris Belfond, 1984, p. 24.
  • [8]
    Nonna Mayer, « Carpentras and the Media », Patterns of Prejudice, n° 1…2/1992, p. 48-63, <doi.org/10.1080/0031322X.1992.9970084>.
  • [9]
    Ilan Halimi en 2006, Myriam Monsonégo, Gabriel Sandler, Arié Sandler, Jonathan Sandler en 2012, Yohan Cohen, Philippe Braham, François-Michel Saada, Yoav Hattab en 2015, Lucie Attal-Halimi en 2017, Mireille Knoll 2018…
  • [10]
    Selon un sondage IFOP réalisé pour le CRIF les 3 et 4 septembre 2024, Reconnaissance d’un État palestinien et antisémitisme : le regard des Français, 19 % des Français estiment qu’il est légitime de s’en prendre à des Français juifs au nom du conflit à Gaza, une proportion qui atteint 31 % chez les 18-24 ans.
  • [11]
    Nous en avons cité quelques-uns dans l’introduction de Joëlle Allouche-Benayoun, Claudine Attias-Donfut, Gunther Jikeli et Paul Zawadzki dir. L’antisémitisme contemporain en France. Rémanences ou émergences ?, Paris, Hermann, 2022. En nous limitant aux événements les plus récents, survenus au moment où s’achevait la rédaction de ce texte, signalons que le 24 août 2025, un sondage intitulé « Les juifs, pour ou contre ? » est apparu dans une conversation WhatsApp étudiante de l’Université de Paris 1-Panthéon-Sorbonne. Le 15 septembre, dans la même université, des étudiants supposés juifs, identifiés comme tels à partir de leur nom, ont été exclus d’un groupe Instagram, au motif de leur prétendue affiliation sioniste ou religieuse. En réaction, des membres de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) ont placardé sur les murs de l’université des affiches portant, en lettres capitales, cette interpellation : « Traquer des noms juifs et les supprimer, ça ne vous rappelle pas quelque chose ? ». S’agissant plus largement de l’évolution du monde scolaire, voir Jean-Pierre Obin, « La déscolarisation des élèves juifs de l’enseignement public fran-çais », in Dominique Schnapper, Paul Salmona, Perrine Simon-Nahum dir., Réflexions sur l’antisémitisme, Paris, Odile Jacob, 2016, p. 207-214.
  • [12]
    Liliane Kandel, « Au pays du silence déconcertant », Les Temps modernes, n° 618, mars-avril-mai 2002 ; Pierre-André Taguieff, La nouvelle judéophobie, Paris, Fayard/Mille et une Nuits, 2002, p. 173 et plus largement les textes d’Éric Marty, Jacques Tarnero, Georges Bensoussan
  • [13]
    Les Antifeujs. Le livre blanc des violences antisémites en France depuis septembre 2000, Paris, Calmann-Lévy, 2002, p. 11-13.
  • [14]
    Voir la recherche en cours de Valérie Boussard, « Mais de quoi se plaignent-ils ? Enjeux de qualification de l’hostilité antijuive à l’université », La revue K, 23 octobre 2024 (en ligne). Le malaise ressenti en France par de nombreux étudiants juifs – souvent poussés vers le silence et l’isolement –, tout comme l’inertie de plusieurs institutions universitaires, font écho aux phénomènes similaires observés à Columbia, à l’Université de Lausanne (UNIL), ou encore à l’Université libre de Bruxelles. S’agissant de la Belgique, on se reportera au travail de documentation produit par l’Institut Jonathas présidé par Joël Kotek.
  • [15]
    « Une partie de la gauche radicale a disséminé un antisémitisme virulent et subverti les valeurs qu’elle prétend défendre », Le Monde, 21 juin 2024.
  • [16]
    Dans le tout premier numéro du Débat, Marcel Gauchet avait, non sans humour, attiré l’attention sur l’opération consistant à anéantir la réalité par les mots, « De l’inexistentialisme », Le Débat, n° 1/1980, p. 23-24.
  • [17]
    Après l’enlèvement et la mort d’Ilan Halimi (2006), le premier procès Fofana, du nom du chef du gang des Barbares, s’est déroulé à huis clos. La justice a dans un premier temps procédé « à une élision totale de l’acte antisémite », cf. Alexandre Adler, « Ce que révèle l’affaire Fofana », Le Figaro du 3 août 2009. Il a aussi fallu beaucoup de batailles juridiques pour requalifier les tortures et le meurtre de Madame Sarah Halimi en acte antisémite.
  • [18]
    Comment ça va pas ? Conversations après le 7 octobre, Grasset, 2024, p. 69.
  • [19]
    Rassemblé notamment dans Richard Malka, Passion antisémite, Paris, Grasset 2025, qui reprend sa plaidoirie au procès intenté à Raphaël Enthoven par LFI (audience du 23 septembre 2025, Paris, 17e chambre) ; voir aussi Marc Knobel, < laregledujeu.org/2024/10/02/40957/comment-jean-luc-melenchon-flirte-dangereusement-avec-lantisemitisme/ >; et Pierre Birnbaum, « Jean-Luc Mélenchon instaure explicitement un fossé entre le peuple français et Yaël Braun-Pivet », Le Monde, 2 novembre 2023.
  • [20]
    François Dosse, « L’événement historique : une énigme irrésolue », Nouvelle revue de psychosociologie n° 1/2015.
  • [21]
    Paul Lendvaï, L’antisémitisme sans juifs, trad. J. Rovet, Paris, Fayard, 1971. Dans la perspective de ce qui va suivre, signalons qu’une grande partie de cet ouvrage est consacré à la campagne dite antisioniste en Pologne (1967/68), chasse aux sionistes imaginaires poussant vers l’exil quelques 15 000 descendants des rescapés de la Shoah.
  • [22]
    Léon Poliakov, Histoire de l’antisémitisme, t. 1 : du Christ aux juifs de Cour, Paris, Calmann-Lévy, 1955, p. 193-228.
  • [23]
    Raymond Aron, « La haine, ses origines religieuses et sociales », Évidences, n° 12/1955, p. 45.
  • [24]
    Isabelle de Mecquenem, « Retour à la Rochelle. Un cas d’antisémitisme sans antisémites », in L’antisémitisme contemporain en France, op. cit.
  • [25]
    Michel Goldberg, L’Antisémitisme en toute liberté, préface de Daniel Mesguich, postface de Serge Klarsfeld, Paris, Le Bord de l’eau, 2014.
  • [26]
    Georges-Elia Sarfati, « Pour servir d’excursus à l’analyse d’un scandale ordinaire : entours et atours d’une pièce antisémite », Les Études du Crif, n° 25/2013, p. 47. L’attitude de ces étudiants, qui semblent entretenir un rapport d’extériorité totale avec l’expérience historique, ne se laisse pas aisément analyser, du moins au premier abord, en termes « d’antisémitisme secondaire » (Peter Schönbach) ou d’antisémitisme du rejet de la culpabilité (Theodor W. Adorno). Ces notions forgées dans le sillage de l’École de Francfort dans les années soixante visaient à rendre compte des nouvelles formes prises par l’antisémitisme après l’extermination. Cf. Bruno Quelennec, « “ Les Allemands ne pardonneront jamais Auschwitz aux Juifs ” (Zvi Rex). Genèse, portée et limites du concept “ d’antisémitisme secondaire ” », Cités n° 87/2021, p. 33-50.
  • [27]
    Nonna Mayer, entretien publié par Libération le 6 octobre 2025 : « Des étudiants juifs racontent qu’on ne vient plus s’asseoir à côté d’eux, qu’ils sont exclus des réseaux sociaux, victimes de plaisanteries ou de remarques antisémites. De la critique d’Israël et de sa politique, on glisse à la mise au ban des juifs, essentialisés, stigmatisés parce que juifs. »
  • [28]
    Je remercie Alain David de m’avoir signalé cette lettre que Levinas cite dans « Leçon talmudique », in Jeunesse et révolution dans la conscience juive. Données et débats, Xe et XIe Colloques d’Intellectuels juifs de Langue française, préf. J. Halpérin, Paris, PUF, 1972, p. 77.
  • [29]
    L’idée d’un déplacement de l’agressivité, que l’on trouve dans les anciens travaux de John Dollard sur le racisme est commune à certains travaux de sociologie ou de psychologie, voir par exemple le recueil Werner Bergmann éd., Error Without Trial. Psychological Research on Antisemitism, Berlin, New York, de Gruyter, 1988. Plus récemment, Werner Bergmann, « Psychological and Sociological Theories of Antisemitism », Patterns of Prejudice, n° 1…2/1992. <doi.org/10.1080/0031322X.1992.9970083>.
  • [30]
    Pierre Birnbaum, Un mythe politique. « La république juive » : de Léon Blum à Pierre Mendès – France, Paris, Fayard, 1988 ; « La France aux Français ». Histoire des haines nationalistes, Paris, Seuil, 1993.
  • [31]
    Norbert Elias, « Notes sur les juifs en tant que participant à une relation établis-marginaux » [1984], Norbert Elias par lui-même, trad. Jean-Claude Capèle, Paris, Fayard, 1991, p. 150-160.
  • [32]
    Robert S. Wistrich, Antisemitism : The Longest Hatred, 1992.
  • [33]
    Léon Poliakov revient sur ce point crucial dans ses Mémoires, op. cit., p. 188.
  • [34]
    « Les juifs sont l’anti-nation, le dissolvant de toute nation, en même temps que la nation par excellence » observe Marcel Gauchet, L’avènement de la démocratie, t. 3 : À l’épreuve des totalitarismes, 1914-1974, Paris, Gallimard, 2010, p. 203.
  • [35]
    Gérard Bensussan, Des sadiques au cœur pur. Sur l’antisionisme contemporain, Paris, Hermann, 2025, p. 56
  • [36]
    Résumé notamment dans Le nœud démocratique. Aux origines de la crise néolibérale, Paris, Gallimard, 2024.
  • [37]
    « Pardonner ? » (1971) repris dans Vladimir Jankélévitch, L’Imprescriptible. Pardonner ? Dans l’honneur et la dignité, Paris, Seuil, 1986, p. 19-20. On peut rapprocher l’intuition de Jankélévitch sur le retournement de l’accusation et la nazification des Juifs des réflexions amères de Hobbes sur la haine : « Avoir fait à un homme un mal plus grand que celui qu’on a le pouvoir ou la volonté de réparer, c’est une chose qui incline son auteur à haïr la victime. Car il doit attendre la vengeance ou le pardon, choses toutes deux odieuses. », Léviathan, xi, trad. F. Tricaud, Paris, Dalloz, 1999, p. 98.
  • [38]
    Voir le recueil de Jean Améry, Le nouvel antisémitisme, op. cit. ; Arnold Forster, Benjamin R. Epstein, The New Anti-Semitism, New York, McGraw-Hill, 1974 ; Michael R. Marrus, « Is There a New Antisemitism ? », in Michael Curtis (dir.), Antisemitism in the Contemporary World, Boulder, CO, Westview, 1986. En 1969, Léon Poliakov penchait vers une thèse continuiste : « Notre propos essentiel est de montrer comment, sous le prétexte d’une attitude critique envers l’État juif et ses partisans, une antique passion inspirée par la haine continue de se frayer son chemin », De l’antisionisme à l’antisémitisme, Paris, Calmann-Lévy, 1969, p. 11.
  • [39]
    Gérard Bensussan, Des sadiques au cœur pur… op. cit., p. 56. Le chercheur d’Indiana, Günther Jikeli a analysé comment, après le 7 – octobre : « l’accusation de génocide, qui existait dans des cercles marginaux, est devenue instantanément mainstream et s’est élargie par contamination sémantique : du gouvernement israélien vers Israël, puis vers tous les Israéliens, enfin vers quiconque refuse la condamnation totale – désormais “ complice de génocide ” », entretien donné au Point, le 02/10/2025. Selon Paul Audi, cette « inversion accusatoire » ajoute une volonté délibérée de rompre avec le caractère unique de la Shoah. Elle « s’apparente à une profanation : celle du malheur des Juifs », Tenir tête, Paris, Stock, 2024, p. 181.
  • [40]
    Nul besoin de nazifier l’État d’Israël, pour avancer, comme le fait par exemple le philosophe Michael Walzer, « que le siège imposé à Gaza – même partiel, interrompu puis rétabli – était une faute politique, militaire et morale dès le départ », (Le Figaro, 15 septembre 2025).
  • [41]
    En précisant que « la cause palestinienne s’arroge les deux prestiges de la Résistance (puisqu’elle combat l’Occupation) et de l’Étoile jaune (puisque les Palestiniens sont les Juifs d’Israël), tandis que l’État hébreu, dans son arrogance et sa férocité, ressuscite ce mal absolu qu’était le nazisme », L’avenir d’une négation. Réflexion sur la question du génocide, Paris Seuil, 1982, p. 141. Dans De Moscou à Beyrouth. Essai sur la désinformation, Paris, Calmann-Lévy, 1983, Léon Poliakov relève également que « BeyrouthOuest se vit couramment comparé au ghetto de Varsovie et les Israéliens aux nazis », p. 9.
  • [42]
    Eva Illouz, Le 8 octobre. Généalogie d’une haine vertueuse, Paris, Gallimard, 2024, p. 3.
  • [43]
    Éclairer l’obscur. Entretiens avec Gabrielle et Alfred Dufour, Lausanne, l’Âge d’Homme, 1986, p. 161.
  • [44]
    Jean Pierre Faye, Migrations du récit sur le peuple juif, Paris, Belfond, 1974 ; voir aussi plus récemment Gérard Rabinovitch, D’une permanence païenne. Sur quelques invariants anti-judaïques, Paris, Le Bord de l’Eau, 2025. Doit-on considérer que les formes de l’antisémitisme relèvent d’une superstructure qui voile les invariants ? Ou au contraire, faut-il les prendre au sérieux, au même titre que les traits essentiels qui distinguent, y compris dans le monde occidental, les différentes sociétés les unes des autres ? L’attention portée aux variables socio-historiques conduit par exemple Pierre Birnbaum à souligner « qu’une théorie générale de l’antisémitisme moderne valable pour les pays occidentaux néglige l’essentiel », cf. Un mythe politique, op. cit., p. 18.
  • [45]
    David Nirenberg, Antijudaïsme. Un pilier de la pensée occidentale (2013), trad. J. E. Jackson, Genève, Labor et Fides, 2023. Voir la discussion de cet ouvrage par Walzer Michael, « Imaginary Jews », New York Review of Books, 20 mars 2014 et par Kriegel Maurice, « L’esprit tue aussi. Juifs “ textuels ” et Juifs “ réels ” dans l’histoire », Annales HSS, n° 4 / 2014, p. 875-899.
  • [46]
    « Antisémitisme et psychopathologie de masse » (1946), trad. F. H. Legrand, Prismes, Antisémitisme et théorie critique, volume 5/2023, p. 57.
  • [47]
    Ibid., p. 60. Simmel « considère l’antisémitisme comme une perturbation psychopathologique de la personnalité manifestant une régression au stade ontogénétique ainsi qu’au stade phylogénétique du développement du moi lorsque la haine, prédécesseur de la capacité d’aimer, gouvernait les relations de ce dernier à son environnement ».
  • [48]
    Psychanalyse de l’antisémitisme, Paris, PUF, 1952, p. 8-9.
  • [49]
    S’agissant de la discussion avec les sciences sociales, Raymond Aron avait identifié les dilemmes de l’épistémologie wébérienne et certaines de leurs conséquences dans l’écriture de l’histoire : « Fidèle à la séparation radicale du fait et des valeurs, au postulat d’un réel univoque, Weber aurait voulu, ce qui au fond est paradoxal, que l’historien ignorât, dans les êtres du passé, la volonté de valeur ou de vérité, sans laquelle l’historien lui-même n’existerait pas, sans laquelle l’artiste ou le savant contemporain deviendrait-il intelligible. […] Si l’on admettait la conception de Weber, la Critique de la raison pure et les imaginations délirantes d’un paranoïaque devraient être mises sur le même plan. », Introduction à la philosophie de l’histoire. Essai sur les limites de l’objectivité historique (1938), nouvelle édition revue et annotée par Sylvie Mesure, Paris, Gallimard, 1986, p. 120.
  • [50]
    Histoire d’un mythe. La conspiration juive et les Protocoles des Sages de Sion, trad. L. Poliakov, Paris, Gallimard, 1967, p. 262 ; voir aussi la discussion de ce point par Saul Friedländer, L’antisémitisme nazi. Histoire d’une psychose collective, Paris, Seuil, 1971.
  • [51]
    Henri Baruk, « Le problème psychologique et psychopathologique de l’antisémitisme », Bulletin de psychologie, n° 6/1952, p. 80.
  • [52]
    Theodor W. Adorno, Combattre l’antisémitisme, conférence donnée le 2 novembre 1962, trad. A. Croissant, Paris, Allia, 2025, p. 24.
  • [53]
    Sigmund Freud, Malaise dans la civilisation, trad. Ch et J. Odier, Paris, PUF, 1971, p. 68.
  • [54]
    Ibid, p. 75.
  • [55]
    Lucien Lévy-Bruhl, Carnets, (1949) présentation B. Karsenti, préf. M. Leenhardt, Paris, PUF, « Quadrige », 1998, p. 131.
  • [56]
    Préface à Léon Poliakov (éd), Ni juif, ni grec, entretiens sur le racisme, Paris, La Haye, EHESS, Mouton, 1978, p. 9. Joshua Trachtenberg, The Devil and the Jews. The Medieval Conception of the Jew and Its Relation to Modern Anti-Semitism [1943], préface de Marc Saperstein, Philadelphia, The Jewish Publication Society, 3rd ed. 1993.
  • [57]
    Danny Trom, La France sans les juifs. Émancipation, extermination, expulsion, Paris, PUF, 2019, p. 71.
  • [58]
    Balázs Berkovits, « De quelle couleur sont les juifs ? », La revue K, 14 et 21 juin 2021 (en ligne).
  • [59]
    Politiques de la destruction. Trois figures de l’hallucination en politique, Paris, Hermann, 2021, p. 100.
  • [60]
    Selon Pierre Vidal-Naquet, l’alliance entre l’ultra gauche et l’extrême-droite nouée en France autour du négationnisme est une particularité française, cf. « Qui sont les assassins de la mémoire ? » (1992), repris dans Réflexions sur le génocide. Les Juifs, la mémoire, le présent, t. 3, Paris, La Découverte, 1995, p. 278. Il souligne également le rôle de l’antisionisme : « Tous les révisionnistes sont des antisionistes déterminés. Les uns glissent de l’antisionisme à l’antisémitisme, ce qui est le cas d’une certaine ultragauche. D’autres accomplissent le chemin inverse », « Thèses sur le révisionnisme », in L’Allemagne nazie et le génocide juif, Colloque de l’École des hautes Études en Sciences sociales, Paris, Hautes Études, Gallimard, Le Seuil, 1985, p. 502.
  • [61]
    Camilla Brenni, Memphis Krickeberg, Léa Nicolas-Teboul, Zacharias Zoubir, « Le non-sujet de l’antisémitisme à gauche », Vacarme, n° 1/2019.
  • [62]
    Devant l’histoire. Les documents de la controverse sur la singularité de l’extermination des Juifs par le régime nazi, préf. L. Ferry, introduction J. Rovan, Paris, Cerf, 1988.
  • [63]
    La première partie de la loi adoptée le 1er février 2018 interdisait l’usage de l’expression « camps polonais de la mort » ; la seconde prévoyait jusqu’à trois ans de prison pour quiconque « attribuerait à la République de Pologne ou à la Nation polonaise, publiquement et contrairement à la réalité des faits, la responsabilité ou la coresponsabilité de crimes nazis perpétrés par le IIIe Reich allemand ». Sous la pression internationale, les députés ont amendé la loi controversée le 27 juin 2018 en supprimant les passages qui sanctionnaient par des peines d’amendes et de prison les auteurs des textes irrévérencieux à l’égard de la réputation nationale. Sur ces points voir Jan Grabowski, Wybielanie : Polska wobec zagłady Żydów, Cracovie, Etiuda, 2024 et plus largement Paul Zawadzki, « Les équivoques du concept de “nationalisme religieux” au prisme de la Pologne contemporaine. », Archives de sciences sociales des religions, n° 210-211/2025.
  • [64]
    Octave Mannoni, « Je sais bien, mais quand même », Les Temps Modernes, n° 215, 1963/1964, repris notamment dans Clefs pour l’Imaginaire ou l’Autre Scène, Paris, Le Seuil, 1969.
  • [65]
    Familier pourtant avec l’histoire juive, ce dernier évoquait « “ une vague d’antisémitisme ” dont la réalité en tant que telle reste pourtant sujette à caution », Le rappel à l’ordre. Enquête sur les nouveaux réactionnaires, Paris, Seuil, 2002, p. 62.
  • [66]
    <radicalarchives.org/2010/03/28/jbutler-on-hamas-hezbollah-israel-lobby>. Cette phrase est une réponse de Judith Butler à une série de questions posées lors d’une conférence à l’Université de Californie à Berkeley en 2006, sur la guerre entre Israël et le Hezbollah. Étant donné que J. Butler a estimé plus tard que ses propos avaient été sortis de leur contexte, citons sa phrase suivante qui précise : « Cela ne nous empêche pas d’être critiques à l’égard de certaines dimensions de ces deux mouvements ».
  • [67]
    Hannah Arendt, « Préface à la troisième partie » des Origines du totalitarisme, in Les Origines du totalitarisme Eichmann à Jérusalem, éd. P. Bouretz, Paris, Gallimard, 2002, p. 207.
  • [68]
    Le plus frappant, dans la conférence de Judith Butler à Pantin le 3 mars 2024 <youtube.com/watch?v=rlQNBJOq-0E>, réside dans sa manière de faire passer l’expérience à la trappe. Il est question des mots, de leurs significations et de leurs instrumentalisations, mais pas de la réalité du massacre du 7 octobre accompli dans la jubilation.
  • [69]
    Eva Illouz, « Les propos de Judith Butler sur le Hamas nous rappellent que les intellectuelles aussi peuvent se livrer à la supercherie », Le Monde, 14 mars 2024.

« L’antisémitisme auquel nous avons affaire aujourd’hui ne dit pas son nom. Au contraire : veut-on le renvoyer à ses responsabilités, il se renie. […] Que dit le nouvel antisémite ? Quelque chose d’on ne peut plus simple et même d’éclairant pour le regard hâtif. Qu’il n’est pas celui pour qui on le fait passer, qu’il n’est donc pas antisémite mais antisioniste ! »
Jean Améry, 1976
Dans un texte ancien consacré à l’intelligentsia progressiste, le philosophe Robert Misrahi, récemment disparu, écrivait : « La question juive n’est pas seulement la question, assez étrange, que les autres posent aux Juifs sur leur identité et leur liberté ; elle est encore la négation qu’il n’y ait jamais eu une telle question. » C’est que l’étude de l’antisémitisme ne porte pas seulement sur sa réalité, ses causes ou ses effets. Elle se double d’une seconde énigme, distincte de la première : pourquoi, lorsqu’il se manifeste, l’antisémitisme est-il si souvent dénié, déréalisé ou invisibilisé ? Cette énigme prend une acuité particulière à l’ère post-Shoah, là où consensus démocratique et normes antiracistes devraient, en principe, en faciliter le repérage et la critique. Or, l’étonnement dont procèdent les pages qui suivent repose sur le constat qu’en dépit de ce cadre normatif, la recrudescence de l’antisémitisme en France, au cours du dernier quart de siècle, s’est accompagné de dénis quelquefois silencieux, quelques fois passionnés. Son identification demeure brouillée.
Nous ne traiterons pas ici du « négationnisme des négationnistes », auquel Pierre Vidal-Naquet, Henri Rousso et, plus récemment, Valérie Igounet ou Stéphanie Courouble Share, ont consacré des analyses décisives…


Date de mise en ligne : 29/05/2026

https://doi.org/10.3917/herm.bafoi.2026.01.0269

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