La griserie de l’écriture
- Par Dominique Arban
Pages 66 à 69
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- Arban, D.
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Tout en étant une libération, le surréalisme présentait des dangers terrifiants quand il fallait « arracher les couteaux des mains » des dormeurs, et que ces expériences menaçaient de « les emporter vers un large où croisent les requins de la folie ». Breton le soulignait mais par une écriture empreinte de rigueur qui instaurait une distance alors que la prose aragonienne vise à recréer ces instants d’épouvante et le vertige qui peut conduire à la mort. Quand le Manifeste s’inscrit dans une perspective de reconquête qui vise à affirmer la nécessité d’une nouvelle morale, à annoncer le triomphe du surréalisme sur l’angoisse de mort et la résignation, Une vague de rêves célèbre Phaéton : « Qu’importe. Il a eu le goût du vertige et il est tombé ! » et la fascination du rêve se confond avec une aspiration au naufrage et à l’échec. Les « Rivieras de l’irréel » s’ouvrent « à ceux qui veulent perdre ! » Aragon n’avait-il pas mesuré l’évolution de Breton ? La position d’Aragon manifeste-t-elle une propension à la surenchère – qu’on lui a souvent reprochée – à un moment où les surréalistes semblaient s’enfermer dans le refus du compromis ? L’explication resterait superficielle. Nul doute qu’il n’y ait chez Aragon ce goût du désastre qui hante La Défense de l’infini, et le conduira à l’autodafé de ces centaines de pages du roman interdit, mais Une vague de rêves témoigne surtout d’un déchirement intérieur, d’une incapacité à ce moment de sa vie à supporter la contradiction entre son implication dans le mouvement surréaliste avec les diktats littéraires qu’il impose et l’aspiration à l’écriture romanesque…
Date de mise en ligne : 09/12/2024
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