Médecine, corps et anthropologie
- Par David Le Breton
Pages 74 à 83
Citer ce chapitre
- LE BRETON, David,
- HIRSCH, Emmanuel,
- Le Breton, David.
- Le Breton, D.
- E. Hirsch
https://doi.org/10.3917/eres.hirsc.2010.02.0074
Citer ce chapitre
- Le Breton, D.
- E. Hirsch
- Le Breton, David.
- LE BRETON, David,
- HIRSCH, Emmanuel,
https://doi.org/10.3917/eres.hirsc.2010.02.0074
Notes
-
[1]
Cf. D. Le Breton, Anthropologie du corps et modernité (1990), Paris, puf, 2008.
-
[2]
« La médecine est une science des pannes… Personne ne demande que la machine soit remise en marche pour toujours… il suffit qu’elle marche de façon acceptable et pour un temps », cf. L. Israël, La décision médicale, Paris, Calmann-Lévy, 1980, p. 54.
-
[3]
Cf. M. Balint, Le médecin, son malade et la maladie, nouvelle éd. traduite de l’anglais par J.-P. Valabrega, Paris, Payot, coll. « Petite bibliothèque », 1966.
-
[4]
D. Le Breton, Anthropologie de la douleur, Paris, Métailié, 2004, et Expériences de la douleur. Entre destruction et renaissance, Paris, Métailié, 2010.
-
[5]
Hippocrate, Œuvres complètes, vol. 9, éd. nouvelle traduite par É. Littré, Paris, 1839-1861, p. 258.
-
[6]
La douleur en est un exemple saisissant, cf. D. Le Breton, Anthropologie de la douleur, op cit., et Expériences de la douleur, op. cit.
-
[7]
Cf. G. Canguilhem, Le normal et le pathologique, Paris, puf, 1966.
-
[8]
J. Hamburger, La puissance et la fragilité, Paris, Flammarion, 1990, p. 109.
-
[9]
Cf. M. Balint, op. cit.
-
[10]
M. Torga, En franchise intérieure. Pages de journal 1933-1977, traduit du portugais par C. Cayron, Paris, Aubier-Montaigne, 1982, p. 297.
-
[11]
Cf. D. Le Breton, Anthropologie du corps et modernité, op. cit.
-
[12]
L. Tolstoï, La mort d’Ivan Illitch, traduit du russe par M.R. Hofmann, Paris, Librairie générale française, coll. « Le Livre de poche », 1976, p. 204.
-
[13]
Situation particulièrement difficile dans les cas de douleurs chroniques, cf. D. Le Breton, Anthropologie de la douleur, op. cit.
-
[14]
R. Schaerer, dans E. Hirsch, L’éthique à l’épreuve de la maladie grave. Confrontation au cancer et à la maladie d’Alzheimer, Paris, Vuibert, coll. « Espace éthique », 2005, p. 26.
Le savoir biomédical est un savoir sur l’organisme, il fait de l’homme un double sans importance. Le socle épistémologique de la médecine repose sur une étude rigoureuse du corps, mais en détachant celui-ci d’un homme souvent perçu comme un intrus avec lequel le médecin doit composer (le rituel de la visite médicale à l’hôpital en est parfois une illustration pénible et caricaturale). Il fait de l’homme le propriétaire plus ou moins heureux d’un corps qui poursuit ses bio-logiques propres. La maladie n’est ni perçue, ni traitée comme l’effet de l’aventure personnelle d’un homme inscrit dans une société et en un temps donné, mais comme la faille anonyme d’une fonction ou d’un organe. L’homme lui-même est atteint par ricochet, sans être directement en cause, hormis sous la fiction de la moyenne épidémiologique à travers ses habitudes alimentaires, son rythme de vie, sa consommation de tabac et d’alcool, et autres données. La médecine néglige structurellement l’épaisseur de l’homme, son cheminement personnel, son contexte familial ou relationnel, son angoisse, pour considérer essentiellement le « mécanisme corporel » qu’il donne à voir à l’examen du médecin ou à celui des techniques d’imagerie. L’homme est conçu in abstracto comme le fantôme régnant sur un archipel d’organes et de fonctions méthodologiquement isolées les unes des autres. En outre, à travers l’héritage de la philosophie mécaniste, le corps est assimilé à une machine sophistiquée et la médecine peut être perçue comme « la science des panne…
Ce chapitre est en accès conditionnel
Acheter cet ouvrage
13,99 €
Acheter ce chapitre
3,00 €