Chapitre d’ouvrage

5. Se connecter en plein conflit

Parler d’armes à l’ennemi

Pages 169 à 204

Citer ce chapitre


  • Duhigg, C.
(2026). 5. Se connecter en plein conflit Parler d’armes à l’ennemi. Supercommunication : Mieux écouter pour mieux se faire entendre (p. 169-204). Flammarion. https://shs.cairn.info/supercommunication--9782080141163-page-169?lang=fr.

  • Duhigg, Charles.
« 5. Se connecter en plein conflit : Parler d’armes à l’ennemi ». Supercommunication Mieux écouter pour mieux se faire entendre, Flammarion, 2026. p.169-204. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/supercommunication--9782080141163-page-169?lang=fr.

  • DUHIGG, Charles,
2026. 5. Se connecter en plein conflit Parler d’armes à l’ennemi. In : Supercommunication Mieux écouter pour mieux se faire entendre. Paris : Flammarion. Champs, p.169-204. URL : https://shs.cairn.info/supercommunication--9782080141163-page-169?lang=fr.

Notes

  • [1]
    le confinement était levé : Jeffcoat m’a raconté que le confinement avait été provoqué par une altercation près du campus, mais pas dans l’enceinte de l’établissement.
  • [2]
    elle emmena ses filles au cinéma : Plus tôt dans l’année, un tireur avait ouvert le feu dans une salle de cinéma à Aurora, dans le Colorado, et tué douze personnes.
  • [3]
    une figure reconnue de la lutte en faveur du contrôle des armes à feu : Jeffcoat préfère les termes « sécurité des armes à feu » à « contrôle des armes à feu ».
  • [4]
    la dernière saison de Lost : Si jamais vous vous posez la question, elle était géniale.
  • [5]
    La moitié du pays environ : Charles Duhigg, « The Real Roots of American Rage », The Atlantic, janvier/février 2019 ; « Political Polarization », Pew Research Center, 2014.
  • [6]
    À peu près quatre électeurs sur dix : « Political Polarization and Media Habits » Pew Research Center, 21 Octobre 2014.
  • [7]
    Plus de quatre-vingts pour cent : Jeff Hayes, « Workplace Conflict and How Businesses Can Harness It to Thrive », CPP Global Human Capital Report, 2008.
  • [8]
    La paix, ce n’est pas l’absence de conflit : Cette citation a aussi été attribuée à Gandhi. Sa provenance, comme celle de nombreuses maximes fréquemment citées, est quelque peu obscure.
  • [9]
    La manifestation à laquelle Jeffcoat avait accepté de participer : Les organisateurs de ce projet comprenaient entre autres Spaceship Media, Advance Local, Alabama Media Group, Essential Partners et des journalistes de divers journaux.
  • [10]
    mener une expérience : En réponse aux vérificateurs de faits, John Sarrouf d’Essential Partners a écrit : « Je dirais que la question était de savoir si nous pouvions suffisamment pousser les participants à engager un dialogue dans les deux sens, et leur enseigner un savoir-faire qui leur permette de poursuivre cette conversation pendant un mois sur internet en conservant le même type d’échanges ouverts et complexes que nous étions parvenus à bâtir quand les personnes s’étaient rencontrées physiquement. »
  • [11]
    une vaste majorité d’Américains : « The Vast Majority of Americans Support Universal Background Checks. Why Doesn’t Congress? », Harvard Kennedy School, 2016.
  • [12]
    Une grande majorité d’entre soutient aussi l’interdiction : « Polling Is Clear : Americans Want Gun Control », Vox, 1er juin 2022.
  • [13]
    Ils se focalisent tous : Sarrouf a précisé qu’il croit qu’il y a « un manque de confiance mutuel et que […] la façon dont on parle de ces problèmes éloigne les gens les uns des autres ». Il espère « illustrer la puissance d’une communication intentionnelle et structurée en matière de restauration de la confiance, de construction de relations basées sur une compréhension mutuelle et d’augmentation de la résilience nécessaire à une action collective face aux forces de polarisation ».
  • [14]
    Sheila Heen, une professeure : Heen est co-autrice de l’un de mes livres préférés sur la communication : Difficult Conversations: How to Discuss What Matters Most (New York: Penguin, 2010).
  • [15]
    si vous ne prenez pas acte des émotions : Heen a développé : « Le problème le plus profond, c’est celui de la relation, qui est aiguisé par le sentiment que nous avons de la façon dont les autres nous traitent. Cela implique des sentiments, certes, mais ces sentiments sont un symptôme plutôt que le problème […] Le principal problème, c’est notre perception de la façon dont les autres nous traitent. Cela produit de la frustration, un sentiment de solitude, d’incompréhension et de rejet […] Je pense que les gens qui ont tendance à dire “Vous ne devriez pas être aussi émotif” ne se rendent pas compte que le problème, c’est la façon dont vous traitez l’autre personne, et que la solution se trouve également là ».
  • [16]
    furieux, tristes et inquiets : Heen a ajouté qu’il ne suffit pas que les gens en conflit prennent acte de leurs émotions. La façon dont ils le font compte aussi : « Les deux peuvent très bien dire qu’ils sont furieux et se faire mutuellement des reproches. Mais alors, ils ne sont pas encore arrivés à : “D’accord, je t’écoute, laisse-moi essayer de comprendre pourquoi tu es à ce point en colère”. »
  • [17]
    un deuxième objectif, tout aussi essentiel : Sarrouf décrit ses objectifs de la façon suivante : « Créer un espace où l’on invite les gens à écouter intensément, à se montrer curieux, désireux de comprendre et d’être compris, ainsi qu’à faire l’expérience de nouvelles manières d’aborder ces sujets ; et où l’on enseigne aux participants des méthodes de communication. » Sarrouf a également souligné que les objectifs de tous les organisateurs avaient été expliqués aux participants avant le début de la manifestation.
  • [18]
    un sentiment de sécurité du point de vue psychologique : Dotan R. Castro et al., « Mere Listening Effect on Creativity and the Mediating Role of Psychological Safety », Psychology of Aesthetics, Creativity, and the Arts 12, no. 4 (2018) : 489.
  • [19]
    quelqu’un vous dévoile ses émotions : Sarrouf a expliqué que même si les sentiments font partie de ce dialogue, son but est « d’amener les gens à parler des raisons qui les motivent. Je veux entendre leur histoire. Je veux entendre parler des valeurs qui sous-tendent leurs croyances, et de la complexité de ces dernières. Les émotions ne sont qu’une partie de ce qui ressort quand les gens discutent de ça […] Je ne souhaite pas que quelqu’un dévoile une émotion qui le mettrait mal à l’aise. Ce que je cherche, c’est leur faire raconter leur propre histoire plutôt que laisser d’autres s’en charger, car c’est souvent ce qui se produit quand nous entrons en conflit. J’ai une histoire à votre propos, vous en avez une autre sur moi et, en général, ces histoires sont inexactes. Nous avons alors la possibilité de nous réapproprier notre récit ».
  • [20]
    la boucle de compréhension : J’ai entendu parler de cette méthode pour la première fois dans le merveilleux livre d’Amanda Ripley, High Conflict: Why We Get Trapped and How We Get Out (New York: Simon and Schuster, 2021). Pendant la formation à la communication à Washington, les organisateurs n’y faisaient pas référence sous le nom de « boucle de compréhension », et enseignaient une approche plus générale de cette technique. Sarrouf explique qu’il nomme son approche « l’écoute à large spectre » et qu’on l’utilise souvent dans un « exercice où quatre personnes se réunissent […] Vous racontez une histoire et trois personnes vous écoutent. L’une se concentre sur ce qui se passe, c’est-à-dire les faits de votre récit. La deuxième se concentre sur vos valeurs, les choses qui vous tiennent le plus à cœur dans cette histoire […] Et la troisième se focalise sur vos émotions […] Puis chacune des trois rapporte ce qu’elle a entendu – et on ne leur dit pas si ce qu’elles rapportent est correct ou pas (bien que ça transparaisse toujours un peu dans les échanges). En outre, le locuteur apprend des trois personnes qui l’ont écouté des choses à son propos – des choses le concernant dont il ne savait même pas qu’elles étaient vraies, mais comme les gens écoutaient très intensément en se concentrant sur différent canaux et différents éléments, il en tirait de nouvelles idées sur lui-même […] Si vous apprenez à percevoir tous les types de messages que les gens vous adressent quand ils parlent avec vous, vous pourrez non seulement découvrir des faits sur leur vie, mais aussi ce qui compte pour eux, ce qui est important, quelles relations ils ont eues, quels ont été leur parcours émotionnel, leurs engagements, leurs dilemmes ».
  • [21]
    L’idée n’est pas de répéter : G. Itzchakov, H. T. Reis et N. Weinstein, « How to Foster Perceived Partner Responsiveness: High-Quality Listening Is Key », Social and Personality Psychology Compass 16, no. 1 (2021) ; Brant R. Burleson, « What Counts as Effective Emotional Support », Studies in Applied Interpersonal Communication (2008) : 207–27.
  • [22]
    début d’une conversation : Dans cet article, les chercheurs étudiaient la réceptivité à une conversation, dont on peut considérer que des méthodes telles que la boucle de compréhension font partie, mais cela ne représente pas notre approche dans sa totalité. La citation complète est la suivante : « À partir de données récupérées sur le terrain dans un cadre où la gestion du conflit est endémique à la productivité, nous montrons que la réceptivité conversationnelle au début d’une conversation entrave une escalade ultérieure du conflit. Plus spécifiquement, les éditeurs de Wikipédia qui rédigent des messages plus réceptifs font l’objet de moins d’attaques personnelles de la part d’éditeurs en désaccord avec eux. » Michael Yeomans et al., « Conversational Receptiveness: Improving Engagement with Opposing Views », Organizational Behavior and Human Decision Processes 160 (2020) : 131–48.
  • [23]
    Heen enseigne à ses étudiants des approches : Heen a écrit : « Je pense qu’il y a fondamentalement trois raisons pour engager une boucle de compréhension (ou une écoute active maîtrisée). 1. Pour aider le locuteur à mieux se comprendre lui-même (!). Dans un conflit complexe, je vous explique ma perspective, mais lorsque vous me la résumez, je me dis souvent : “Eh bien, oui, mais d’après moi, il y a autre chose… On peut aussi dire que…” Alors, quand je parle, celui qui m’écoute m’aide à faire le tri dans les strates de raisons pour lesquelles ce sujet a de l’importance pour moi, et à préciser quels sont mes intérêts, mes préoccupations et mes sentiments en la matière. 2. Pour aider l’auditeur à comprendre mieux et plus pleinement. (Parfois, je demande à chaque camp : “D’après vous, qu’est-ce qui échappe à l’autre camp dans votre façon de voir ?” Et une fois que ce point est éclairci, l’auditeur s’exclame souvent “Ah oui ! Je n’avais pas compris ce point-là !”). 3. Pour faire savoir au locuteur que l’auditeur le comprend plus pleinement – ce qui MONTRE aussi au locuteur que l’auditeur se soucie suffisamment du problème et de la relation entre eux pour s’acharner à comprendre ce qui est important pour lui. La boucle effectue tout ce travail, et c’est pour cela qu’elle peut à ce point modifier la dynamique quand elle est mise en œuvre avec sincérité – et dans les deux sens. »
  • [24]
    débuta de façon curieuse : Sarrouf a écrit : « Ce que je décris ici, c’est la première des trois questions qui avaient été posées et auxquelles les participants avaient répondu dans cette expérience de dialogue. 1. Pourriez-vous nous raconter une expérience vécue qui a façonné votre perspective ou vos opinions sur les armes à feu ? 2. Qu’est-ce qui se trouve au cœur du débat quand vous réfléchissez au rôle des armes à feu dans notre pays ? 3. De quelle façon êtes-vous émotionnellement affecté ou partagé vis-à-vis de ce problème ? D’après vous, sur quels points vos propres valeurs entrent-elles en conflit avec d’autres quand vous réfléchissez à ce problème ? Nous demandons aux gens de répondre chacun leur tour à ces questions, puis nous ouvrons les débats et les gens posent des questions motivées par une véritable curiosité. L’objectif de ces dernières est d’approfondir la compréhension, d’assouvir sa curiosité, d’inviter à la nuance et de chercher la complexité, pas simplement la clarté. »
  • [25]
    environ huit pour cent : « How and Why Do American Couples Argue? », YouGov America, 1er juin 2022.
  • [26]
    quand ça se produirait : En réponse aux vérificateurs de faits, Benjamin Karney a écrit : « Entre les conflits conjugaux tels qu’on les observe en laboratoire et la satisfaction conjugale concomitante, son évolution et le divorce, il est exact qu’on trouve des associations significatives, mais pas si fortes que cela. Ce qui veut dire qu’en moyenne, plus les couples sont en conflit, plus leur mariage risque une fin malheureuse, mais il y a quand même beaucoup de couples qui se disputent souvent et qui restent néanmoins ensemble pendant de très longues périodes. Pourquoi ? Parce que les conflits ne sont pas l’unique facteur important dans les sentiments que leur relation leur inspire. Ce n’est qu’un élément parmi tant d’autres (la personnalité, le contexte familial, le stress dû à des causes externes, le statut financier) qui contribuent à comprendre pourquoi certains mariages réussissent et d’autres pas. »
  • [27]
    se disputaient à propos des même problèmes : Bien que l’on considère en général que les couples, quel que soit leur groupe démographique, se disputent sur les mêmes problèmes, certains travaux indiquent que les plus pauvres se disputent plus souvent sur des facteurs de stress liés à la pauvreté, et que ceux qui ont des problèmes spécifiques – liés à la santé, ou à l’addiction, par exemple – se disputent plus souvent sur ces sujets. En outre, Karney souligne que « la plupart de ces premières études (pour ne pas dire toutes) furent menées sur des couples blancs relativement aisés. Nous en avons appris bien davantage au cours des dernières années en étendant nos recherches, et notamment en étudiant des couples vivant dans des quartiers défavorisés. Nous avons découvert que la façon dont les couples gèrent les conflits est profondément affectée par des facteurs sur lesquels les conjoints n’exercent aucun contrôle. Souvent, les couples ne sont pas en mesure de choisir les sources de leurs désaccords ni leur gravité. Il faut être très privilégié pour pouvoir choisir le moment d’un conflit, et pour avoir le temps de le gérer. Nous avons aussi appris qu’il est très difficile d’apprendre aux couples à avoir de meilleurs conflits, et que s’améliorer en la matière… n’améliore pas toujours les relations, particulièrement quand celles-ci sont soumises à des contraintes que notre intervention ne touche pas. La sagesse de la thérapie comportementale intégrative de couple n’est pas tant qu’elle enseigne le contrôle de soi, mais qu’elle encourage à accepter pleinement votre conjoint en tant que personne, avec une histoire et des limites ».
  • [28]
    Benjamin Karney : Karney a écrit : « Tels que je les comprends, ces articles indiquent qu’il existait des différences significatives entre les couples satisfaits et ceux qui étaient en détresse dans la façon d’aborder [les discussions sur leurs désaccords]. D’une part, les couples en détresse se faisaient part de leurs comportements négatifs plus souvent que les couples satisfaits. D’autre part, certains travaux basés sur une approche collaborative qui, pour chaque conjoint, séparait les intentions qui motivaient son comportement des conséquences qu’il entraînait, ont montré que les couples satisfaits et ceux qui ne l’étaient pas ne différaient pas dans leurs intentions, mais différaient énormément en ce qui concernait les conséquences. C’est-à-dire que dans les couples satisfaits, les intentions étaient en rapport avec les conséquences, mais dans les couples en détresse, elles ne l’étaient pas ».
  • [29]
    moins de contrôle : Il est important de remarquer que le contrôle n’est qu’un des facteurs qui exercent une influence sur les conflits dans les couples. Karney a écrit : « Beaucoup de choses jouent un rôle dans les conflits conjugaux, et les combats pour tenter de prendre le contrôle n’en sont qu’une mince partie […] Quand deux conjoints ne sont pas d’accord, c’est rarement un effet dû à une seule cause […] Les conflits surgissent quand chacun souhaite quelque chose de différent et que chacun veut amener l’autre à changer d’avis ou à faire un compromis. Vous pouvez appeler ça du contrôle, ou vous pouvez appeler ça une tentative d’obtenir ce que vous voulez. »
  • [30]
    un des entretiens enregistrés : Les transcriptions m’ont été confiées à la condition que les identités des participants, ainsi que d’autres détails qui pourraient permettre de les identifier, comme les endroits où ces conversations ont eu lieu, restent confidentiels.
  • [31]
    quand tout le monde sent qu’il contrôle la situation : Stanley a écrit : « Si j’amène un couple à se structurer un peu, et que je me montre assez directif quant à leur comportement, en veillant à ce qu’ils parlent à tour de rôle et à ce qu’ils s’écoutent (et en désamorçant les piques), les gens se calment rapidement et les bonnes choses commencent à sortir. Un couple peut arriver à mettre en application toutes ces bonnes choses. »
  • [32]
    beaucoup de méchanceté : Tout au long de ce chapitre, les citations tirées de la discussion Facebook comprennent les messages postés sur la page privée dédiée au groupe et les messages privés que les participants m’ont transférés.
  • [33]
    Les gens se traitaient d’imbéciles : Sarrouf a écrit : « L’un des défauts de conception de notre expérience était que nous avions ramené dans le groupe six fois plus de participants sans aucune formation sur nos travaux […] Je pense que c’est devenu plus difficile quand ces personnes sans expérience sont arrivées. Les personnes que nous avions formées ont utilisé certaines méthodes pour aider les autres, mais ce n’était pas la même chose. »
  • [34]
    modèle en matière de curiosité : « Dialogue Journalism: The Method », Spaceship Media ; « Dialogue Journalism Toolkit », Spaceship Media.
  • [35]
    se parler poliment : Sarrouf a écrit que les modérateurs ont aussi travaillé à « souligner fermement l’objectif de leur engagement. L’objectif est très important pour nous. Nous rappelions aux gens que l’objectif était d’aider à se comprendre les uns les autres, d’apprendre les uns des autres plutôt que de se convaincre. C’est un élément fondamental de ce travail, alors nous intervenions pour le réaffirmer. Nous intervenions aussi pour rappeler certaines méthodes de communications sur lesquelles les participants s’étaient mis d’accord, et qui étaient destinées à aider les gens à atteindre leurs objectifs. Et aussi certaines techniques que nous enseignions, comme écouter pour comprendre, parler pour être compris, poser des questions motivées par une véritable curiosité. Souvenons-nous de poser des questions motivées par une véritable curiosité, plutôt que des questions pour coincer nos interlocuteurs, ou des questions rhétoriques ».
  • [36]
    batailles pour le contrôle : Comme je le précise dans ce chapitre, au-delà de ces batailles pour le contrôle, de multiples dynamiques en jeu se révélaient néfastes à la conversation en ligne. Comme Sarrouf l’a noté en réponse aux vérificateurs de faits, ces autres facteurs comprenaient la marginalisation de certains participants ; les fois où les participants n’adhéraient pas aux conventions de communication que le groupe avait mises en place. Il écrit : « L’objectif est de créer une égalité de parole, d’inviter les gens à aller droit au but, d’aider les gens qui écoutent à rester dans la conversation. »
  • [37]
    Il est difficile de métaboliser : Heen a ajouté que ce processus peut prendre un long moment, parce que « nos propres perspectives évoluent avec le temps, et au fur et à mesure que nous intégrons celles des autres, les nôtres changent ».
  • [38]
    Ce groupe m’intéresse de moins en moins : Ceci est une version éditée de la citation, qui était la suivante : « Ce groupe m’intéresse de moins en moins. Il n’y a rien à discuter. Personne n’a envie de changer d’avis. Soit vous croyez au droit le plus fondamental de l’être humain – le droit de se défendre, de protéger sa famille, sa communauté et son pays –, soit vous croyez en la négation de ce droit fondamental et en la concentration des armes et du monopole de la force entre les mains de l’élite politique et de ses sbires. Je sais que mon opinion sur la question est arrêtée, et que la vôtre l’est probablement aussi. C’est OK. J’aime bien la civilité des échanges dans ce forum, mais je crois qu’en fin de compte, on se retrouvera devant les urnes. »
  • [39]
    Je me suis servi de ce savoir-faire : Ces citations sont tirées de diverses enquêtes menées par Essential Partners.
  • [40]
    Avant, j’étais intolérant : Sarrouf a écrit : « Je pense que ce qu’il faut comprendre ici, c’est qu’il s’agit moins de personnes qui s’élèvent au-dessus d’autres ou qui ne le font pas, et plutôt de construire des schémas de fonctionnement et des tendances qui favorisent une écoute ouverte et des questions honnêtes […] Je crois que nous savons, et ce depuis longtemps, que nous avons les outils et les structures pour aider les gens à parler de sujets extrêmement difficiles […] Nous avons appris que lorsque les gens passent sur un espace en ligne avec une bonne formation, une attitude attentive, des normes de communication, de bons modérateurs et des journalistes qui contribuent au débat en le rapportant de façon équilibrée [et que] des personnes comme Melanie et Jon sont vraiment impliquées [alors] vous pouvez engager une conversation de meilleure qualité. »
  • [41]
    National Rifle Association. Organisme qui défend le droit de posséder et porter une arme.

Melanie Jeffcoat, qui était en première à Las Vegas, dans le Nevada, se trouvait dans un couloir de son lycée quand elle entendit le son, pop-pop, à l’intérieur d’une des classes voisines. Quelqu’un avait-il fait tomber des livres ? se demanda-t‑elle. Alors, elle vit un élève qui courait. Puis un autre. Et un troisième qui détala devant elle, les yeux écarquillés de peur.
C’est à ce moment-là que les cris commencèrent. Soudain, un flot d’élèves se précipita dans le couloir en hurlant, et ils fonçaient vers l’auditorium sans vraiment comprendre ce qui se passait au-delà des quelques bribes d’info qui circulaient : une arme à feu. Monsieur Piggott s’est fait tirer dessus. Du sang sur mes baskets. On était en 1982, des années avant la tragédie de Columbine et tant d’autres depuis, avant que des expressions comme tueur de masse ou protocole de confinement deviennent courantes dans les établissements scolaires.
Pendant des années, Jeffcoat allait lutter pour se faire à l’idée de ce qui s’était passé : un élève mécontent s’était servi d’une arme de poing pour tirer sur un professeur d’histoire et deux camarades de classe de Jeffcoat. L’enseignant était mort ; les élèves avaient survécu. Rétrospectivement, ça semblait incroyable, comme une histoire qu’elle aurait entendue plutôt que de l’avoir vécue. Mais au cours des décennies suivantes, la liste des écoles ayant subi le même cataclysme n’avait jamais cessé de s’allonger – Heritage High, Buell Elementary, Virginia Tech, Sandy Hook –, et Jeffcoat se rendit compte qu’elle n’était pas un cas isolé, mais simplement précoce…


Date de mise en ligne : 31/03/2026

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