Chapitre d’ouvrage

4. Identités à fleur de peau : significations du tatouage et du piercing

Pages 81 à 147

Citer ce chapitre


  • Le Breton, D.
(2002). 4. Identités à fleur de peau : significations du tatouage et du piercing. Signes d'identité : Tatouages, piercings et autres marques corporelles (p. 81-147). Éditions Métailié. https://shs.cairn.info/signes-d-identite--9782864244264-page-81?lang=fr.

  • Le Breton, David.
« 4. Identités à fleur de peau : significations du tatouage et du piercing ». Signes d'identité Tatouages, piercings et autres marques corporelles, Éditions Métailié, 2002. p.81-147. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/signes-d-identite--9782864244264-page-81?lang=fr.

  • LE BRETON, David,
2002. 4. Identités à fleur de peau : significations du tatouage et du piercing. In : Signes d'identité Tatouages, piercings et autres marques corporelles. Paris : Éditions Métailié. Traversées, p.81-147. URL : https://shs.cairn.info/signes-d-identite--9782864244264-page-81?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Dans une enquête effectuée dans la région de San Francisco, Sanders observe le même phénomène (1988).
  • [2]
    Sur les formes radicales de body art voir Quasimodo, « L'art à contre corps », n° 5, 1998.
  • [3]
    Sur ces modulations particulières des relations entre douleur et souffrance nous renvoyons à Le Breton (1995).
  • [4]
    Si certains professionnels valorisent la douleur de leurs clients comme condition d'une expérience pleine, d'autres, à l'image de Crass, s'insurgent contre de telles idées même si lors des performances ils sont loin de la refuser pour eux-mêmes. « J'éprouve toujours énormément de satisfaction de ne pas avoir fait mal à la personne, déclare Crass. Je ne supporte pas d'imposer la douleur à quelqu'un. Je connais des pierceurs qui le font et te disent que pour avoir une modification corporelle il faut la sentir. Je trouve ça débile, car souvent elles ont été faites dans d'autres sociétés avec des drogues. J'aime l'idée de les faire en montrant à la personne qu'on ne souffre pas. »
  • [5]
    Dans le film de Y. Takabayashi La Femme tatouée (1981), l'enchevêtrement de la jouissance et de la douleur, dans un tout autre contexte que celui du contrat sadomasochiste est illustré par l'ambivalence de l'expérience du tatouage. Pour satisfaire le désir de son amant Akane accepte de se faire tatouer une fresque symbolique. Le vieux maître exige que la jeune femme fasse l'amour avec son assistant lors de l'exécution du dessin afin de rendre sa peau plus fluide et plus pénétrante aux produits. La douleur se mêle sans fin à la jouissance, le jeune homme absorbe dans son corps les contractions douloureuses de la femme dont le corps ne fait plus la différence entre le sexe et les aiguilles qui la pénètrent pour une même transfiguration.
  • [6]
    Au-delà des éventuelles infections ou des difficultés de cicatrisation, certains lieux du corps demandent un peu de patience pour tolérer le bijou : sur la langue par exemple, il est un moment difficile de parler, de manger ou de fumer. Il faut plusieurs jours pour qu'il s'intègre harmonieusement dans l'image du corps et ne soulève plus aucune gêne.
  • [7]
    Cette recherche de stress, d'adrénaline, de jeux avec la mort dans le sport extrême nous l'avons analysée dans Passions du risque, Paris, Métailié, 2000 et dans Conduites à risque. Des jeux de mort au jeu de vivre, Paris, PUF, 2002.
  • [8]
    Le tatouage est souvent un mémorial, une manière de garder en soi l'empreinte de la personne aimée : « J'ai vu des hommes ou des femmes en larmes me supplier de reproduire fidèlement les traits de l'être cher afin que par-delà la mort ou la séparation il reste présent », écrit ainsi Bruno (1974, 58). Voir aussi Castellani (1995, 126).
  • [9]
    Voir à ce propos le nombre croissant de marques commerciales imprimant leur logo sur la peau des personnages mis en scène lors des campagnes publicitaires comme s'ils n'étaient que les clones de la marchandise. Ou le nombre important de jeunes qui par goût se tatouent ces mêmes logos. « La marque n'est plus le signe qui individualise et différencie l'individu, écrit B. Heilbrunn, mais au contraire celui qui l'indifférencie et l'inclut au sein d'une communauté d'individus-consommateurs à laquelle il devient de plus en plus difficile d'échapper » (Heilbrunn, 2001, 49).
  • [10]
    Sur la dimension érotique des tatouages dans les sociétés traditionnelles cf. Maertens (1978, 56-57). Pons rappelle, dans le Japon du XVIe siècle, le tatouage d'un point d'encre à l'intérieur d'un poignet. Lorsque les amants joignent leurs mains, les “grains de beauté” se recouvrent. Ou encore les tatouages avec un pigment presque invisible (irozumi) qui ne se découvrent que sous l'effet d'un bain chaud ou de l'alcool (Pons, 2000, 27 et 105).
  • [11]
    Toute une panoplie de piercings génitaux sont aujourd'hui disponibles. Pour les hommes au niveau du gland (prince Albert, ampallang, apadravya, dydoe, prince Albert inversé), du prépuce, du frein, du périnée (guiche) ; du scrotum (hafada). En outre, des implants peuvent également être incorporés sous la peau du pénis. Pour les femmes : sur le capuchon du clitoris, le clitoris, les grandes lèvres ou les petites lèvres. Voir les travaux de B. Rouers sur les piercings génitaux féminins (2001). Chez l'homme des implants peuvent également être incorporés sous la peau du pénis.
  • [12]
    « Il dit au garçon d'hôtel d'aller dans le quartier et de lui ramener deux tatoués [...]. On vit bientôt le garçon qui revenait avec 27 personnes des deux sexes. Il nous dit que ce n'était pas de sa faute. Il avait seulement crié dans la rue des Fabres : “Le professeur d'Aignan demande deux sujets à détatouer pour rien”. Il nous expliqua qu'alors il en sortit de toutes les maisons » (Londres, 1994, 74). L'humour d'Albert Londres est évident mais il n'en reste pas moins que le souci du détatouage était en effet assez répandu autrefois quand les tatouages renvoyaient souvent à des décisions un peu trop rapides. Sur le détatouage voir par exemple Locard (1932), Bruno (1974), Grognard (1992).

Pour les jeunes générations d'aujourd'hui les anciens tatouages hâtivement faits à la sauvette dans les toilettes de l'école ou du collège, chez soi, ou chez un copain, ont perdu leur sens (sans disparaître tout à fait) au profit d'une décision longuement mûrie de se faire ouvrager par un professionnel ou par un ami se destinant plus ou moins au métier de tatoueur ou revendiquant son habileté en la matière. Certes, dans les cellules des prisons, le bricolage demeure, quand le tatouage est encore associé dans l'esprit du jeune à une dissidence personnelle (infra) , signification que celui effectué dans les boutiques a perdu pour l'essentiel. La diffusion sociale des modifications corporelles rend leur recours facile et élimine l'idée de transgression, même si celle-ci demeure parfois en arrière-fond. Mais du scandale il ne subsiste plus aujourd'hui qu'un agréable parfum. Le tatouage est moins connoté négativement, on peut donc y réfléchir un moment en attendant d'avoir les économies pour se l'offrir ou convaincre un ami talentueux de se prêter à un bon entraînement.
Les uns attendent longuement des circonstances propices après avoir pris une décision car ils hésitent encore, craignant de regretter par la suite un tatouage impossible à effacer, ils cherchent un motif retenant vraiment leur attention ou ils peinent à faire le choix de la boutique, n'ignorant pas que le talent du tatoueur est un gage de la réussite de leur projet. Ils se renseignent sur les qualités des professionnels de leur région, attendent d'avoir élaboré un motif n'appartenant qu’à eux ou bien d'avoir une inspiration forte sur celui qui ralliera leur suffrage…


Date de mise en ligne : 03/10/2016

Ce chapitre est en accès conditionnel

Cairn Pro Gestion - Ouvrages + Revues

380 € par an

10 000 ouvrages et 300 revues au cœur de votre métier

Acheter ce chapitre

7,00 €

67 pages format électronique (HTML, PDF et feuilletage)
Déjà abonné(e) à Cairn Pro ? Membre d'une institution cliente ?