1. La fabrique d'identité
- Par David Le Breton
Pages 15 à 22
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- LE BRETON, David,
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- Le Breton, D.
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Le monde contemporain témoigne du déracinement des anciennes matrices de sens. Fin des grands récits (marxisme, socialisme, etc.), éparpillement des références de la vie quotidienne, fragmentation des valeurs. Dans ce contexte de désorientation du sens, l'individu trace lui-même ses limites pour le meilleur ou pour le pire, il érige de manière mouvante et délibérée ses propres frontières d'identité, la trame de sens qui oriente son chemin et lui permet de se reconnaître comme sujet. Certes, la souveraineté personnelle est limitée, bornée par les pesanteurs sociologiques, l'ambiance du temps, la condition sociale et culturelle, l'histoire propre, mais l'individu a l'impression, lui, de se mettre au monde, de décider de sa condition.
Nous ne sommes plus des héritiers. Les ruptures sociales, générationnelles ou culturelles rendent le monde plus confus, plus incertain. Chaque acteur est aujourd'hui amené à une production de sa propre identité à travers un bricolage dont la mondialisation culturelle, c'est-à-dire la transformation en signes, en esthétique, de la culture des autres, multiplie les matériaux possibles. Nous sommes désormais les artisans de nos existences, avec une marge de manœuvre plus ou moins étendue. En d'autres termes, l'individualisme élargit son emprise. Il ne s'agit pas là d'égoïsme, au sens moral du terme, mais d'un individualisme, au sens sociologique qui libère l'individu de son allégeance morale au social. Non que l'individu s'en affranchisse totalement, il en reste tributaire à maints égards, mais sa marge de création s'amplifie d'autant plus que la culture ambiante est sans épaisseur réelle et fonctionne à la manière d'un vaste supermarché de biens matériels et symboliques…
Date de mise en ligne : 03/10/2016
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