Stendhal le dit…
- Par Philippe Forest
Pages 85 à 86
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- Forest, P.
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Stendhal le dit. Il lui consacra un petit livre dans lequel il affirmait la supériorité de son théâtre sur celui de Racine et où il faisait de lui l’anachronique pionnier, le perpétuel champion du romantisme. Mais c’est à un autre ouvrage de lui que je pense maintenant, cette très étrange autobiographie dont, contre toutes les règles du genre, le héros porte un autre nom que le nom que son auteur porte. Dans Vie de Henry Brulard, Stendhal confie comment, engagé dans l’entreprise de reconstituer son propre passé, il vit d’abord apparaître sous ses yeux, depuis longtemps oubliés, « de grands morceaux de fresques sur un mur » avec, à côté d’eux, entre eux, « de grands espaces où l’on ne voit que la brique du mur ». Il constate : « L’éparvérage, le crépi sur lequel la fresque était peinte est tombé, et la fresque est à jamais perdue. » Et même, pour le peu qui en reste, ici ou là, les dates font défaut.Restaurer la fresque de la mémoire, la reconstituer, Stendhal s’y emploie. Sachant bien que ce qui manque à sa mémoire en morceaux, il l’invente. L’imagination, d’elle-même, spontanément et sans toujours en avoir une claire conscience, supplée aux souvenirs. Elle bouche les trous. Et sur la fresque où presque rien ne reste, l’œil suscite le spectacle que lui offrent quelques figures et quelques formes, autant de spectres et de fantômes. Selon la célèbre leçon de Léonard de Vinci invitant le peintre à laisser son regard errer et s’arrêter longuement sur les taches des murs, sur les pierres qui les forment jusqu’à ce qu’en sortent des paysages avec leurs montagnes et leurs vallées, des scènes de fêtes ou bien de batailles…
Date de mise en ligne : 06/03/2026
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