34. Papini et Leopardi
- Par Roland Jaccard
Pages 135 à 139
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Ce qui m’a d’emblée rendu Giovanni Papini proche, c’est qu’à quinze ans il projetait d’écrire une histoire du pessimisme qui devait se conclure par une stoïque proposition de suicide universel. Il y a du Leopardi chez cet homme, me suis-je dit, et les tribulations de son double, le milliardaire américain Gog, ne m’ont pas détrompé. Je partage avec lui l’instinct de nuire plutôt que de secourir, tout en ne me résignant pas à l’obscurité définitive, au plongeon dans le silence.
Papini parle du christianisme en des termes que Nietzsche n’aurait pas désavoués, mais il y met plus d’ironie : le christianisme l’épouvante, car il condamne ses instincts les plus enracinés. « Je déteste les hommes, et le christianisme m’impose de les aimer. Je supporte difficilement les amis, et le christianisme m’enjoint d’embrasser mes ennemis. Je suis enclin à trouver une jouissance dans la cruauté, et le christianisme m’impose la douceur et m’invite à pleurer sur le martyre de son crucifié. » Bref, c’est une religion trop élevée pour des êtres de son espèce, ce qui ne le dissuadera pas de s’y convertir, l’âge venant.
J’ai souri en découvrant que Gog se trouve à Berlin l’année même où Louise Brooks tourne Loulou sous la direction de Pabst. Berlin, fait-il observer, a alors supplanté Paris comme capitale du vice européen. Tous les goûts y sont admis et la corruption même y est organisée à la perfection. Pourtant, il ne parvient pas à s’y distraire – faute d’avoir rencontré Louise Brooks, sans doute…
Date de mise en ligne : 19/11/2014
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