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Chapitre 5

Pages 57 à 72

Citer ce chapitre


  • De Lagasnerie, G.
(2024). Chapitre 5. Se méfier de Kafka (p. 57-72). Flammarion. https://shs.cairn.info/se-mefier-de-kafka--9782080439383-page-57?lang=fr.

  • De Lagasnerie, Geoffroy.
« Chapitre 5 ». Se méfier de Kafka, Flammarion, 2024. p.57-72. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/se-mefier-de-kafka--9782080439383-page-57?lang=fr.

  • DE LAGASNERIE, Geoffroy,
2024. Chapitre 5. In : Se méfier de Kafka. Paris : Flammarion. Nouvel avenir, p.57-72. URL : https://shs.cairn.info/se-mefier-de-kafka--9782080439383-page-57?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Franz Kafka « Le coup à la porte du domaine », in La Muraille de Chine et autres récits, Paris, Gallimard, 1948, p. 172.
  • [2]
    Et c’est ainsi que le pouvoir discrétionnaire des juges dans la fixation des peines est aussi l’instrument qui permet la gestion différentielle des illégalismes selon qu’ils émanent des fractions dominantes ou dominées de la société – et donc le fonctionnement de la justice comme justice de classe.
  • [3]
    À Marseille en juillet 2023, alors que quatre policiers ont été mis en examen pour avoir tabassé un jeune Arabe et l’avoir laissé pour mort dans la rue, et que l’un d’eux a été placé en détention provisoire, presque 600 de leurs collègues se sont mis en arrêt maladie pour protester contre ces poursuites judiciaires (les policiers n’ont pas le droit de grève et ils recourent donc à ce moyen pour faire entendre leur colère), confirmant d’une manière saisissante l’analyse de Paul Butler. Dans un article consacré à cette affaire, on peut lire ce témoignage d’un policier solidaire de ses collègues : « Je suis en arrêt maladie, parce que réellement on est au bout, je n’en peux plus. Je me demande même si je vais continuer (dans) la police. […] On est policier pour protéger notre pays, les personnes et les biens. On ne nous donne plus les moyens de le faire. On n’est pas soutenu, ni hiérarchiquement, ni politiquement. Donc à un moment, ça suffit. » Et d’ajouter concernant le policier placé en détention provisoire : « Christophe, il y a un moment, il faut qu’il sorte, il n’a rien à y faire. Ce n’est pas un voyou, c’est un flic qui a fait son boulot, comme on lui a demandé. » https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/les-infos-de-6h-emeutes-a-marseille-le-temoignage-d-un-policier-en-arret-maladie-7900284239
  • [4]
    Dans une analyse célèbre du Château, Hannah Arendt écrit que ce roman illustre d’une manière exemplaire la situation du juif paria, c’est-à-dire du juif qui, pour elle, n’appartient à aucune communauté et ne se sent nulle part chez lui. En témoigne selon elle cette phrase décrivant la situation de l’arpenteur qui arrive dans un village et qui ne parvient pas à trouver le château pour lequel il est censé travailler et qui doit lui donner l’autorisation de rester là – ce qui fait qu’il erre, entre le Château et le village, ne sachant jamais vraiment à quel monde il appartient : « vous n’êtes pas du château, vous n’êtes pas du village, vous n’êtes rien ». Or être un juif soumis à l’antisémitisime, est-ce vivre comme le dit Arendt à la suite de Kafka dans l’indétermination ? N’est-ce pas au contraire appartenir à une catégorie extrêmement précise et être soumis à un ensemble de pouvoirs qui limitent strictement les possibilités de l’existence ? Vouloir décrire la situation d’une minorité opprimée en l’associant au langage du flou et de l’incertain (« vous n’êtes rien ») et ne parvenir donc à la caractériser qu’à travers une double négation, c’est passer à côté des effets de limitation et de régulation qui découlent d’une telle situation (en termes d’accès aux professions et aux droits, de liberté concrète, de mariage, de vie politique, de circulation dans l’espace public…) – et c’est donc s’interdire de dégager la forme de vie, tout sauf indéterminée et indéterminable, qui en découle. Hannah Arendt, « Le juif comme paria », in Écrits Juifs, Paris, Fayard, 2011, p. 450.

Il est possible de pousser plus loin l’analyse, et de ne pas la limiter à une mise en question de l’identification établie par Kafka entre la catégorie d’arbitraire et la négativité du pouvoir. En fait, c’est la pertinence même du concept d’arbitraire pour décrire les opérations du pouvoir qui doit être interrogée.
Agamben mentionne souvent une courte nouvelle intitulée « Le coup à la porte du domaine » pour illustrer la manière dont la littérature de Kafka aurait voulu nous rendre attentifs, en exagérant sa réalité afin de nous interpeller, à l’arbitraire du pouvoir d’État auquel nous serions tous exposés. Un jour, alors qu’ils se promènent, un homme passe avec sa sœur devant la porte d’un domaine. Celle-ci frappe à cette porte de manière furtive, comme ça, en passant – ou peut-être même, nous dit son frère (le narrateur de l’histoire), ne fait-elle que la menacer du poing. Il ne se souvient plus très bien tant l’action était insignifiante. Continuant leur chemin, ils entrent dans un petit village, et les villageois leur font signe de s’arrêter : une instruction est en cours à propos de ce coup, leur disent-ils. L’homme ne prend pas la situation au sérieux : « nulle part au monde on instruit une telle affaire ». Mais il a tort. On lui dit que sa sœur et lui vont être accusés. Il incite sa sœur à aller se changer pour comparaître dans une tenue correcte. Alors qu’elle est partie, des cavaliers armés arrivent et entourent l’homme, ils lui ordonnent d’entrer dans une salle où il va se retrouver devant un juge…


Date de mise en ligne : 04/06/2026

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