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Sur la pratique des théoriciens

Pages 131 à 146

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  • Latour, B.
(2011). Sur la pratique des théoriciens. Dans
  • J. Barbier
Savoirs théoriques et savoirs d'action (p. 131-146). Presses Universitaires de France. https://doi.org/10.3917/puf.barbi.2011.01.0131.

  • Latour, Bruno.
« Sur la pratique des théoriciens ». Savoirs théoriques et savoirs d'action, Presses Universitaires de France, 2011. p.131-146. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/savoirs-theoriques-et-savoirs-d-action--9782130589990-page-131?lang=fr.

  • LATOUR, Bruno,
2011. Sur la pratique des théoriciens. In :
  • BARBIER, Jean-Marie,
Savoirs théoriques et savoirs d'action. Paris cedex 14 : Presses Universitaires de France. Éducation et formation, p.131-146. DOI : 10.3917/puf.barbi.2011.01.0131. URL : https://shs.cairn.info/savoirs-theoriques-et-savoirs-d-action--9782130589990-page-131?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/puf.barbi.2011.01.0131


Notes

  • [1]
    Quelques exemples de cette expulsion du savoir hors de la tête : Karin Knorr, The Manufacture of Knowledge. And Essay on the Constructivist and Contextual Nature of Science, Oxford, Pergamon Press (1981) ; Bruno Latour et Jocelyn De Noblet (ouvrage dirigé par), Les « vues » de l'esprit. Visualisation et connaissance scientifique, Paris, Culture technique (1985) ; Bruno Latour et Steve Woolgar, La vie de laboratoire, Paris, La Découverte (1988) ; Donald Norman, Things that Make Us Smart, New York, Addison Wesley Publishing Company (1993).
  • [2]
    Ed. Hutchins, Cognition in the Wild, Cambridge, Mass, MIT Press (1995), Voir aussi en français : Ed. Hutchins (1994), Comment le cockpit se souvient de ses vitesses, Sociologie du travail, vol. (4), p. 451-474.
  • [1]
    Il en est de même du bateau océanographique de Charles Goodwin (1995), Seeing in depth, Social Studies of Science, vol. 25 (2), p. 237-284 comme de la photocopieuse de Lucy Suchman, Plans and Situated Actions. The Problem of Human Machine, Cambridge, Cambridge University Press (1987), ou des tartelettes de Conein, voir le numéro spécial de Raison pratique, n° 4, 1993.
  • [2]
    Andrew Warwick (1992), Cambridge Mathematics and Cavendish Physics : Cunningham, Campbell and Einstein's Relativity, 1905-1911. Part I : The Uses of Theory, Studies in History and Philosophy of Science, p. 625-656.
  • [1]
    Pour la théorie physique le meilleur exemple est probablement celui de Faraday étudié en particulier par David Gooding (1990), Mapping Experiment as a Learning Process : How the First Electromagnetic Motor was Invented, Science, Technology and Human Values, vol. 15 (2), p. 165-201. Voir pour un très passionnant exemple de travail théorique : Bernadette Bensaude-Vincent, Mendeleïev, histoire d'une découverte, in Michel Serres (ouvrage dirigé par), Éléments d'histoire des sciences, Paris, Bordas (1989), p. 447-468. On lira avec profit les numéros des Cahiers de science et vie de l'année 1994-1995 sur les grandes expériences pour d'innombrables exemples de sciences théoriques remise en pratique.
  • [2]
    On trouvera dans Isabelle Stengers, L'invention des sciences modernes, Paris, La Découverte (1993), quelques-unes des raisons politiques de cette politique de la raison.
  • [1]
    Jack Goody, La raison graphique, Paris, Éditions de Minuit (1979), et même encore auparavant Jacques Derrida, De la grammatologie, Paris, Éditions de Minuit (1967).
  • [2]
    Voir la belle analyse de Pierre Bourdieu, Esquisse d'une théorie de la pratique, Genève, Droz (1972) sur le cas de l'ethnographie kabyl.
  • [3]
    Sur l'accusation d'irrationalité et de « simple pratique » ainsi que sur les transports de formulaire, voir Bruno Latour, La science en action – introduction à la sociologie des sciences (réédition), Paris, Gallimard, « Folio-Essais » (1995). Sur les inscriptions en général voir Bruno Latour, La clef de Berlin – et autres leçons d'un amateur de sciences, Paris, La Découverte (1993).
  • [1]
    Responsable du stage ouvrier de l'École des mines, je lis chaque année 90 journaux de bord qui forment un matériel d'une incomparable richesse pour l'étude des malentendus entre ingénieurs et ouvriers. Cette prise empirique mériterait l'attention de mes collègues ergonomes et sociologues du travail.
  • [1]
    Michel Serres, Gnomon : les débuts de la géométrie en Grèce, in Michel Serres (ouvrage dirigé par), Éléments d'histoire des sciences, Paris, Bordas (1989), p. 63-100, voir aussi Michel Serres, L'origine de la géométrie, Paris, Flammarion (1993).
  • [1]
    Bruno Latour (1985), Les « vues » de l'esprit. Une introduction à l'anthropologie des sciences et des techniques, Culture technique, vol. (14), p. 4-30. Voir aussi pour de nombreux exemples, David Gooding, Trevor Pinch et Schaffer Simon (ouvrage dirigé par), The Uses of Experiment. Studies in the Natural Sciences, Cambridge, Cambridge University Press (1989) ; Mike Lynch et Steve Woolgar (ouvrage dirigé par), Representation in Scientific Practice, Cambridge, Mass., MIT Press, (1990).
  • [2]
    Michael Power (ouvrage dirigé par), Accounting and Science : National Inquiry and Commercial Reason, Cambridge, Cambridge University Press (1995).
  • [3]
    Eric Livingston, The Ethnomethodological Foundations of Mathematical Practice, Londres, Routledge (1985). Andrew Pickering et Adam Stephanides, Constructing Quaternions : On the Analysis of Conceptual Practice, in A. Pickering (ouvrage dirigé par), Science as Practice and Culture, Chicago, Chicago University Press (1992), p. 139-165 ; Elinor Ochs, Sally Jacoby et Patrick Gonzales (1994), Interpretive Journeys : How Physicists Talk and Travel through Graphic Space, Configurations, vol. 2 (1), p. 151-171.
  • [4]
    Ewin Coleman, The Role of Notation in Mathematics, thèse de doctorat, University of Adelaide South Australia (1988).
  • [5]
    La notion clef de re-représentation a été proposée et mise en œuvre par Susan Leigh Star (1989), Layered Space, formal representations and long-distance Control : The politics of information, Fundamenta Scientae, vol. 10 (2), p. 125-155.
  • [1]
    Le terme est de Pierre Lévy et se trouve illustré par un livre qui devrait grandement servir aux ergonomes des programmeurs : De la programmation considérée comme un des beaux arts, Paris, La Découverte (1992).
  • [2]
    On pourra suivre dans Bruno Latour, op. cit., p. 171-225 (1992), les étapes de transformation d'une « évidence » dans le cas d'une science de terrain.
  • [3]
    Il reste un travail considérable de description de ces postes, la question épistémologique de LA différence entre théorie et pratique ayant paralysé et parasité pendant des années la description empirique. La situation est heureusement en train de changer rapidement.
  • [1]
    On lira avec profit Christian Jacob, L'empire des cartes. Approche théorique de la cartographie à travers l'histoire, Paris, Albin Michel (1992), pour suivre les cheminements des cartographes, théoriciens « plats » s'il en fut jamais.
  • [1]
    Claude Rosental, thèse en cours de préparation sur le travail des logiciens, École nationale supérieure des mines de Paris.
  • [2]
    Michel Mercier (1987), Recherches sur l'image scientifique genèse du sens et signification en microscopie électronique, Thèse de doctorat d'État, Bordeaux I (1991), et aussi Les images de microscopie électronique ; construire un réel invisible, Culture technique, vol. (22), p. 25-34.
  • [1]
    Les sciences physiques ne semblent plus « épistémologisables » – à vilaine chose vilain mot – depuis le travail des historiens ; voir un exemple entre cent dans Crosbie Smith et Norton Wise, Energy and Empire. A Biographical Study of Lord Kelvin, Cambridge, Cambridge University Press (1989), et bien sûr le livre princeps Steve Shapin et Simon Schaffer, Le Léviathan et la pompe à air. Hobbes et Boyle entre science et politique, Paris, La Découverte (1994).
  • [2]
    L'expression est de Feyerabend qui voulait que l'on sépare enfin la Science de l'État.

En théorie, les théories existent, en pratique elles n'existent pas. C'est ce qui rend leur étude si difficile. Ou bien l'on accepte d'emblée le point de vue théorique et l'on voit aussitôt des théories à l'œuvre, théories que l'on peut alors opposer aux savoirs pratiques ; ou bien, l'on refuse de commencer par accepter leur existence et les savoirs théoriques disparaissent tout bonnement de la scène. Ils disparaissent tellement qu'on ne peut espérer ni les opposer ni les distinguer, ni les réconcilier avec les savoirs pratiques. Il ne s'agit même pas, comme dans le fameux pâté d'alouette, de varier le rapport entre les composants : le pâté ne contiendrait que du cheval – les savoirs pratiques – et pas une plume, pas un bec, pas un cou d'alouette.
On pourrait, en revanche, s'interroger sur la permanence de cette opposition qui subsiste imperturbablement après vingt-cinq ans de réfutation méticuleuse dans tous les domaines des sciences sociales et cognitives. Le thème importe évidemment aux Modernes. Sans la distinction entre savoir théorique et savoir pratique, il semble que quelque chose d'essentiel à la vie publique soit perdu. Pour certains, semblables à leurs ancêtres les Gaulois, il semble que, sans ce solide pilier, le ciel menacerait de leur tomber sur la tête. Ce ne serait d'ailleurs pas l'opposition qu'il faudrait considérer, mais les efforts gigantesques, obstinés, vraiment admirables pour « dépasser » cette opposition, en « réhabilitant » les savoirs pratiques…


Date de mise en ligne : 17/09/2015

https://doi.org/10.3917/puf.barbi.2011.01.0131

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