14. Pourquoi formuler des enjeux importants pour la politique en recourant à la langue religieuse ?
Pages 323 à 340
Citer ce chapitre
- MUHLMANN, Géraldine,
- BRAGUE, Rémi,
- Muhlmann, Géraldine.
- Muhlmann, G.
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- BRAGUE, Rémi,
Notes
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[1]
Sur la religion, et tout particulièrement la notion de « romance religieuse », chez le dernier Rorty, voir : « Religious faith, intellectual responsability and romance » (1997), Philosophy and Social Hope, Londres, Penguin Books, 1999 ; « Pragmatism as romantic polytheism » (1998), « Cultural politics and the question of the existence of God » (2002) et « Pragmatism and romanticism » (2005) dans Richard Rorty, Philosophy as Cultural Politics. Philosophical Papers, Cambridge, Cambridge University Press, 2007, vol. 4 ; et son livre écrit avec Gianni Vattimo, L’Avenir de la religion. Solidarité, charité, ironie (2005), sous la dir. de S. Zabala, trad. fr. C. Walter, Paris, Bayard, 2006, livre qui contient le texte de Rorty « Anticléricalisme et théisme ».
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[2]
De Giorgio Agamben, voir : La Communauté qui vient. Théorie de la singularité quelconque (1990), trad. fr. M. Raiola, Paris, Seuil, 1990 ; Homo sacer. L’intégrale 1997-2015, Paris, Seuil, 2016 ; au sein de cette série Homo sacer, voir en particulier : Homo sacer. Le pouvoir souverain et la vie nue (1995), trad. fr. M. Raiola, Paris, Seuil, 1997, et Ce qui reste d’Auschwitz. L’archive et le témoin. Homo Sacer III (1998), trad. fr. P. Alferi, Paris, Payot & Rivages, 1999 (édition de poche, 2003). Et voir encore Giorgio Agamben, Le Temps qui reste. Un commentaire de l’épître aux Romains (2000), trad. fr. J. Revel, Paris, Payot & Rivages, « Rivages poche », 2004.
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[3]
Sur cette pente « théologico-politique » de Charles Taylor, voir comment elle s’amorce déjà dans Les Sources du moi. La formation de l’identité moderne (1989), trad. fr. C. Mélançon, Paris, Seuil, 1998, et comment elle s’établit tout à fait dans L’Âge séculier (2007), trad. fr. P. Savidan, Paris, Seuil, 2011. Par ailleurs on peut noter ce livre, non traduit en français, que Taylor a publié pour le centenaire d’un ouvrage célèbre de William James : Varieties of Religion Today: William James Revisited, Cambridge/Londres, Harvard University Press, 2002. Sur le tournant « théologico-politique » de Jürgen Habermas, on peut en pressentir quelques amorces dans les textes réunis dans Une époque de transitions. Écrits politiques 1998-2003, trad. fr. C. Bouchindhomme, Paris, Fayard, 2005. Mais on consultera surtout : Jürgen Habermas, Entre naturalisme et religion. Les défis de la démocratie (2005 et 2008), trad. fr. C. Bouchindhomme et A. Dupeyrix, Paris, Gallimard, 2008 ; son livre avec Joseph Ratzinger, Raison et religion. La dialectique de la sécularisation, trad. fr. J.-L. Schlegel, Paris, Salvador, 2010 ; ainsi que le volume de textes intitulé Parcours 2 (1990-2017), trad. fr. sous la direction de C. Bouchindhomme, Paris, Gallimard, « NRF Essais », 2018. Voir aussi le volume Habermas and Religion, sous la direction de C. J. Calhoun, E. Mendieta et J. VanAntwerpen, Cambridge (UK)/Malden (MA), Polity Press, 2013.
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[4]
Situation d’exposition sans protection spécifique, que la France républicaine a également installée, et assez tôt si on prend en tout cas la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 – où cependant la liberté d’expression est encadrée par la loi, et non supralégale comme aux États-Unis. Mais le fait que la loi n’ait pas à « reconnaître » les religions se profile déjà, et découlera ensuite tout à fait clairement de l’article 2 de la loi de 1905. Par contre, il faut savoir que dans les pays d’Europe où il y avait des cultes « établis » et où s’est amorcé, là aussi, un processus d’autonomisation du pouvoir politique par rapport à ceux-ci, le droit à une expression libre, entière, même pour les paroles revendiquant leur incroyance religieuse (« athées »), a souvent été une étape ultime, et tardive.
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[5]
Karl Marx, « À propos de la question juive » (1844), Philosophie, édition établie par Maximilien Rubel, Paris, Gallimard, « Folio », 1997, p. 53-55, où Tocqueville est évoqué.
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[6]
De fait, les exceptions sont rares. John Quincy Adams et Franklin Pierce avaient juré sur un texte de loi, et Theodore Roosevelt n’a juré sur rien.
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[7]
Ainsi, quand Emmanuel Macron exprime, au Collège des Bernardins, le regret que « le lien entre l’Église et l’État se [soit] abîmé », ajoutant qu’« il nous importe à vous comme à moi de le réparer » – propos perturbant, dans un régime de séparation de l’Église et de l’État. Et puis quand il évoque la « juridiction » de l’Église : le président de la République déclare en effet que « l’État et l’Église appartiennent à deux ordres institutionnels différents, qui n’exercent pas leur mandat sur le même plan. Mais tous deux exercent une autorité et même une juridiction ». « Juridiction » de l’Église est un mot que même les rois de France évitaient depuis Saint Louis… Ce discours, comme ceux évoqués plus haut du président Nicolas Sarkozy, est consultable sur le site de l’Élysée (www.elysee.fr).
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[8]
William E. Connolly, Why I Am Not a Secularist, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1999, p. 6, 27 et 34. Précisons que, par son titre même, ce livre de Connolly répond au texte de 1927 du philosophe britannique Bertrand Russell, Why I Am Not a Christian.
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[9]
« Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance » (déclaration du président de la République française, Nicolas Sarkozy, sur les racines chrétiennes de la France et sur sa conception de la laïcité, à Rome, au palais du Latran, le 20 décembre 2007 ; consultable sur les sites www.elysee.fr et www.lemonde.fr).
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[10]
Luc Ferry, Marcel Gauchet, Le Religieux après la religion, Paris, Grasset, 2004, p. 31.
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[11]
Ibid., p. 43.
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[12]
Ibid., p. 128.
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[13]
Émile Durkheim, Les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912), Paris, Puf, « Quadrige », p. 319.
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[14]
Ibid., p. 605.
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[15]
Marcel Gauchet, La Religion dans la démocratie, Paris, Gallimard, « Folio », 1998, p. 73.
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[16]
Pour reprendre l’expression même de Marcel Gauchet : le christianisme comme « religion de la sortie de la religion », dans son livre Le Désenchantement du monde. Une histoire politique de la religion, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des sciences humaines », 1985, p. ii.
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[17]
Lc 20,25 ; Mt 22,21 ; Mc 12,17.
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[18]
Jn 18,36.
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[19]
Une dévalorisation accentuée encore par la lecture augustinienne (parmi les trente livres de La Cité de Dieu, Augustin n’en a consacré qu’un seul à la cité des hommes).
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[20]
Voir Hans Blumenberg, La Légitimité des Temps modernes (1966, rééd. 1988), trad. fr. E. Kaufholz et G. Raulet, Paris, Gallimard, 1978.
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[21]
En tout cas dans les religions occidentales, car toutes, depuis longtemps maintenant, sont, comme disait Max Weber, des religions du « salut-délivrance » (selon la traduction proposée par Jean-Pierre Grossein, qui relie bien les idées de Heil et d’Erlösung).
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[22]
Theodor W. Adorno, Minima moralia. Réflexions sur la vie mutilée (1951), trad. fr. E. Kaufholz et J.-R. Ladmiral, Paris, Payot, « Critique de la politique », 1980, p. 230.
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[23]
Le penseur Miguel Abensour, lui-même très préoccupé par ce problème de la domestication de la pensée utopique notamment à travers sa « mythologisation », disait que la vision adornienne de la pensée utopique obligeait celle-ci sans cesse à « se mesurer à ce qui lui est le plus antithétique – l’hypothèse de la catastrophe en permanence – plutôt que de se laisser porter sur le fleuve apparemment sans périls de l’âge d’or à venir » (Miguel Abensour, L’Utopie de Thomas More à Walter Benjamin, Paris, Sens & Tonka, 2000, p. 195).
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[24]
Sur cette correspondance, voir ce même livre de Miguel Abensour.
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[25]
Walter Benjamin, Sur le concept d’histoire (1940), thèse IX, dans Écrits français, trad. fr. et présentation sous la direction de J.-M. Monnoyer, Paris, Gallimard, 1991, p. 343-344.
C’est un grand honneur pour moi de participer aux travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, et je remercie très vivement Rémi Brague de m’avoir invitée. Votre réflexion cette année est consacrée au « salut » (« Sauver ? »), et je suis heureuse que Rémi Brague ait accepté que je parle du titre même de ce séminaire. Quand il m’a contactée je lui ai appris, en effet, que je travaillais depuis plusieurs années sur le paradigme « théologico-politique », très en vogue en philosophie depuis quelque temps. Or, le fait que la notion religieuse de « salut » puisse devenir, de manière assez naturelle, le sujet de réflexion d’une académie sensible aux questions politiques me paraît symptomatique de la vague théologico-politique que nous traversons.
Entre-temps Rémi Brague a appris, par le titre de mon ouvrage, L’Imposture du théologico-politique, dont la sortie est prévue le 21 octobre 2022 (aux Belles Lettres), que mon propos sur le théologico-politique est très critique : plus encore, sans doute, qu’il ne l’avait imaginé quand nous avions échangé il y a quelques mois. Je lui suis très reconnaissante d’avoir maintenu néanmoins cette séance à l’Académie. Je ne pourrai ici vous donner qu’un aperçu de ma réflexion, et mon livre n’est pas encore disponible. Malgré cette situation, vous me recevez : merci beaucoup.
Mon propos sera constitué de deux remarques successives, chacune ayant plusieurs aspects.
Ma première remarque est le constat d’un nouveau et puissant surgissement, depuis une trentaine d’années environ, en philosophie mais aussi plus largement dans les débats d’« idées » des démocraties contemporaines, de motifs théologico-politiques ; c’est-à-dire de motifs qui suggèrent qu’…
Date de mise en ligne : 26/05/2026
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