Chapitre d’ouvrage

« Celui qui pense toujours à la mort ne meurt point »

Pages 305 à 310

Citer ce chapitre


  • Genand, S.
(2018). « Celui qui pense toujours à la mort ne meurt point » Sade (p. 305-310). Gallimard. https://shs.cairn.info/sade--9782072694028-page-305?lang=fr.

  • Genand, Stéphanie.
« “Celui qui pense toujours à la mort ne meurt point” ». Sade, Gallimard, 2018. p.305-310. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/sade--9782072694028-page-305?lang=fr.

  • GENAND, Stéphanie,
2018. « Celui qui pense toujours à la mort ne meurt point » In : Sade. Paris : Gallimard. Folio Biographies, p.305-310. URL : https://shs.cairn.info/sade--9782072694028-page-305?lang=fr.

Notes

  • [1]
    P. Bourdin, Correspondance inédite, p. 447-449.
  • [2]
    D. A. F. de Sade, Notes littéraires, Œuvres complètes du marquis de Sade, t. XV, p. 31.
  • [3]
    Ibid., p. 16.
  • [4]
    A. M. Laborde, Correspondances, t. XVIII, p. 242.
  • [5]
    D. A. F. de Sade, « Préface », Isabelle de Bavière, reine de France, Œuvres complètes du marquis de Sade, t. XV, p. 250.
  • [6]
    D. A. F. de Sade, Adélaïde de Brunswick, princesse de Saxe, Œuvres complètes du marquis de Sade, t. XV, p. 220-221.
  • [7]
    Ibid., p. 217.
  • [8]
    Document inédit rédigé à Charenton le 4 mai 1811, publié dans M. Lever, Donatien Alphonse François, marquis de Sade, p. 640.

Il replonge l’ordonnateur des spectacles dans la triste nuit de sa détention. Sade, grâce au théâtre, a provisoirement éloigné le réel de sa situation : l’âge, les persécutions, les maladies et l’épuisement de ses forces disparaissent dans la jubilation des spectacles. Ébloui par les feux de la scène, le vieil homme s’est même offert le luxe d’oublier la mort. Elle se rapproche pourtant dangereusement et frappe, à coups répétés, son cercle intime : le 9 juin 1809, Louis-Marie, son fils aîné devenu lieutenant des armées napoléoniennes, meurt dans une embuscade, tué par des brigands, aux environs de Naples ; le 7 juillet 1810, c’est au tour de Renée, âgée de 73 ans et malade depuis plusieurs mois, de s’éteindre au château d’Échauffour, en Normandie. Aucune trace de la réaction de Sade à ces disparitions. Mais la vente accélérée de ses biens, pour régler la succession de Renée et transférer le patrimoine aux enfants, notamment à Claude, récemment marié, l’éloigne un peu plus du rivage. Improbable patriarche d’une famille en partie décimée, il rédige lui-même son testament le 30 janvier 1806 : réglant le sort de sa dépouille et la dot de Constance, à qui il rend un vibrant hommage, il choisit de disparaître dans l’épaisseur des forêts. Ne laisser aucune trace, sinon l’ombre vivifiante d’un chêne : l’image, qui traverse toute son œuvre, confirme la vision matérialiste d’un homme des Lumières pour qui la mort représente moins un terme qu’un nouveau commencement. Encore faut-il prendre congé du présent…


Date de mise en ligne : 02/06/2022

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