XVIII. Silences, nuits, vertiges, intransigeances ardentes
Mars – Juin 1872
- Par Claude Jeancolas
Pages 367 à 395
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- JEANCOLAS, Claude,
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- Jeancolas, C.
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Le 10 mars, Mathilde était de retour à Paris.
À Charleville Arthur dépérissait. Le carcan familial lui était d’autant plus insoutenable qu’il avait pris goût à son indépendance. Il éprouva un sentiment de grande solitude. Seul, libéré de cette volière parisienne de la poésie, c’était bien ; seul devant lui-même et sa vie dont il pouvait avoir le sentiment qu’elle régressait, c’était dur.
Frédéric était devenu crieur de journaux pour gagner sa vie et contrarier sa mère, mais il rêvait toujours de grandeur militaire, ce qui exaspérait Arthur. Les complicités, les fous-rires d’autrefois étaient devenus impossibles. Qu’avaient-ils en commun désormais ? À douze ans, Isabelle était encore bien jeune et très intimidée par ce frère ombrageux. Vitalie avait quatorze ans, Arthur l’aimait beaucoup sans pouvoir pour autant se confier à elle. Malgré sa sensibilité et sa tendresse pour son frère, qu’aurait-elle pu comprendre de cette vie si éloignée de tout ce qu’elle connaissait, de tout ce qu’on lui enseignait ? Il y avait bien sûr le brave Delahaye. Les deux amis à nouveau tracèrent la campagne occupée par les Allemands. Chaque rencontre d’un uniforme était comme un rappel de l’échec, de la folie napoléonienne. Un jour qu’ils prenaient une bière dans un café isolé et pour cette raison très fréquenté de l’occupant, non loin du Petit-Bois, Rimbaud faillit provoquer un esclandre. Un officier racontait ses batailles et ses victoires avec grand enthousiasme à ses collègues béats. Arthur s’esclaffa sans retenue en regardant le fanfaron…
Date de mise en ligne : 22/05/2026
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