Compte rendu

En attendant le changement

À propos d’Olivier Schmitt, Préparer la guerre. Stratégie, innovation et puissance militaire à l’époque contemporaine, Paris, Presses Universitaires de France, 2024, 448 p.

Pages 405 à 420

Citer cet article


  • Frances, J.
(2026). En attendant le changement À propos d’Olivier Schmitt, Préparer la guerre. Stratégie, innovation et puissance militaire à l’époque contemporaine, Paris, Presses Universitaires de France, 2024, 448 p. Zilsel, 16(1), 405-420. https://doi.org/10.3917/zil.016.0406.

  • Frances, Jean.
« En attendant le changement : À propos d’Olivier Schmitt, Préparer la guerre. Stratégie, innovation et puissance militaire à l’époque contemporaine, Paris, Presses Universitaires de France, 2024, 448 p. ». Zilsel, 2026/1 n° 16, 2026. p.405-420. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-zilsel-2026-1-page-405?lang=fr.

  • FRANCES, Jean,
2026. En attendant le changement À propos d’Olivier Schmitt, Préparer la guerre. Stratégie, innovation et puissance militaire à l’époque contemporaine, Paris, Presses Universitaires de France, 2024, 448 p. Zilsel, 2026/1 n° 16, p.405-420. DOI : 10.3917/zil.016.0406. URL : https://shs.cairn.info/revue-zilsel-2026-1-page-405?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/zil.016.0406


Notes

  • [1]
    En sciences politiques, et plus singulièrement encore dans le champ d’analyse des relations internationales (RI), les théories réalistes postulent que les interactions entre puissances se jouent sur un espace anarchique où prédominent les rapports de forces ; ce faisant, les capacités guerrières desdites puissances conditionnent leur pouvoir et sont donc élevées par elles au rang de ressources vitales à entretenir et développées. Pour les théoriciens réalistes, tous les acteurs politiques agissent en fonction de leurs propres intérêts, bien qu’ils ne parviennent pas toujours à repérer et définir pertinemment ces mêmes intérêts.
  • [1]
    Les plus belles carrières d’officiers reposent bien souvent sur la transformation d’un capital combattant en capital bureaucratique (un peu à la manière dont le capital scientifique peut-être converti en capital temporel dans les mondes de la recherche). Ce faisant, l’expérience de la guerre et du terrain conditionne l’accès aux grades les plus élevés. Quand les épisodes de paix durent, les militaires sont privés du combat et l’accès aux capitaux bureaucratiques se fait par la conversion d’autres ressources, notamment politiques. Voir, par exemple, Christophe Pajon et Camille Trotoux, « Officiers dans l’armée de l’air : segmentation d’une profession et d’un espace interarmées », in Barbara Jankowski, Anne Muxel et Mathias Thura (dir.), La sociologie militaire. Héritages et nouvelles perspectives, Oxford, Peter Lang, 2021, p. 149-169.
  • [1]
    Reprenant les travaux de Caitlin Talmadge, Schmitt précise d’ailleurs que « les élites confrontées à des fortes menaces internes et à peu de défis externes significatifs sont susceptibles de saper les capacités tactiques et opérationnelles de leur armées en privilégiant la loyauté politique sur la compétence dans la sélection et la promotion des officiers, en minimisant la formation des soldats, en créant des chaines de commandement multiples et enchevêtrées et en compliquant la communication intra militaire » (p. 159).
  • [2]
    Michel Crozier, « De la bureaucratie comme système d’organisation », Archives Européennes de Sociologie, vol. 2, no 1, 1961, p. 18-50.
  • [1]
    David Edgerton, Quoi de neuf ? Du rôle des techniques dans l’histoire globale, Paris, Seuil, 2013.
  • [2]
    Norbert Alter, « Innovation et organisation : deux légitimités en concurrence », Revue française de sociologie, vol. 34, no2, 1993, p. 175-197.
  • [1]
    Ariel Colonomos, La politique des oracles, Paris, Albin Michel, 2014.
  • [1]
    Terry Shinn, « Formes de division du travail scientifique et convergence intellectuelle.
    La recherche technico-instrumentale », Revue française de sociologie, vol. 41, no 3, 2000, p. 447-473.
  • [2]
    Jean Frances et Violette Larrieu, « Innover dans les forces spéciales. Un travail en « perruque inversée » en voie d’institutionnalisation », Socio. La nouvelle revue des sciences sociales, no 17, 2023, p. 161-185.
  • [1]
    « … pour [que] les concepts qui naissent dans des incubateurs deviennent des doctrines, ils doivent circuler dans des réseaux de défense à grande échelle et à plusieurs niveaux, et des chefs militaires doivent défendre, socialiser et protéger les nouveaux concepts » (p. 295).
  • [2]
    Frédéric de Coninck, « Crise de la rationalité industrielle et transformations de la prescription. Une étude de cas », Sociologie du travail, vol. 47, no 1, 2005, p. 77-87.
  • [3]
    Christophe Dejours et Pascale Molinier, « Le travail comme énigme », Sociologie du travail, Hors-série, 1994, p. 36.
  • [1]
    Alexis Cartonnet, « Structuralisme et néoréalisme dans le champ des relations internationales. Le cas de Kenneth Waltz », Astérion. Philosophie, histoire des idées, pensée politique, n° 9, 2011, § 14, https://journals.openedition.org/asterion/2162
  • [2]
    Frédéric Goulet, Dominique Vinck, « L’innovation par retrait. Contribution à une sociologie du détachement », Revue française de sociologie, vol. 53, no 2, 2012, p. 195-224.

L’ouvrage, Préparer la guerre. Stratégie, innovation et puissance militaire à l’époque contemporaine, publié par Olivier Schmitt aux Presses Universitaires de France, s’intéresse au « changement militaire, défini comme les modalités et processus d’évolution des forces armées affectant leur efficacité opérationnelle » (p. 13). Laquelle efficacité relèverait d’une ressource politique d’autant plus décisive pour les États, que la guerre demeurerait l’aboutissement toujours possible de toute relation internationale (p. 14-15). Les États se trouveraient alors incités, sinon contraints, à faire évoluer leurs armées – « brique élémentaire » de leur puissance (p. 14) – de manière à faire face et anticiper les recompositions géopolitiques et les conflits potentiellement induits. Sur la base de ces constats, Olivier Schmitt postule que « la capacité des armées à articuler la tendance à l’inertie organisationnelle et les impératifs de changement détermine [leur] puissance » (15). Conséquemment, saisir comment les forces armées de différents pays parviennent à changer permettrait d’appréhender le pouvoir dont ils disposent au cours des jeux d’influence et de concurrence auxquels ils prennent part. L’auteur s’intéresse avant tout aux armées russes et occidentales et considère la période courant de 1870 à nos jours. L’ambition déployée revêt ainsi une dimension praxéologique : l’auteur tente de déterminer comment l’appréciation que des États se font des relations internationales peut influer sur la transformation de leurs forces armées, en même temps que de saisir en quoi la transformation d’organisations militaires peut rebattre le jeu des puissances…


Date de mise en ligne : 27/03/2026

https://doi.org/10.3917/zil.016.0406

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