Témoignage
« J’ai exercé mon droit de retrait, ils m’ont viré »
Fred, ex-intérimaire chez Normandie Logistique
- Propos recueillis par Naïké Desquesnes,
- Clémence Léobal,
- Photo : Antonin Blanc
Page 132
Citer cet article
- Propos recueillis par DESQUESNES, Naïké,
- LÉOBAL, Clémence,
- Photo : BLANC, Antonin,
- Propos recueillis par Desquesnes, Naïké.,
- et al.
- Propos recueillis par Desquesnes, N.,
- Léobal, C.,
- Photo : Blanc, A.
https://doi.org/10.3917/rz.013.0132
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- Propos recueillis par Desquesnes, N.,
- Léobal, C.,
- Photo : Blanc, A.
- Propos recueillis par Desquesnes, Naïké.,
- et al.
- Propos recueillis par DESQUESNES, Naïké,
- LÉOBAL, Clémence,
- Photo : BLANC, Antonin,
https://doi.org/10.3917/rz.013.0132
1J’ai travaillé un an chez Normandie Logistique. Les entrepôts étaient blindés de chez blindés. Dans le bâtiment blanc qui a brûlé, il y avait de la gomme arabique, des big-bags de bauxite, des IBC de chez Total [des grands récipients en plastique, ndlr] – là-dedans c’était un produit vert-noir, avec les étiquettes disant « polluant », « inflammable »… Je n’ai pas d’habilitation « matières dangereuses », ce qu’on appelle un ADR [Accord for dangerous goods by road, ndlr] dans le métier, et pourtant, j’y suis allé moi, lorsque le chef m’a demandé, poser des fûts chez Lubrizol. Alors que j’aurais pas dû. Mais si je l’avais pas fait, un autre l’aurait fait.
2Ils ont voulu me faire travailler avec un chariot dont la rotule et les essieux étaient morts. Le risque, c’est de faire tomber la palette sur quelqu’un, quand tu la déplaces et que tu l’entreposes en hauteur. Perso, j’ai pas envie d’aller en prison. J’ai exercé mon droit de retrait. Sur un truc comme ça, pour moi, il n’y a pas d’hésitation. Ça fait dix-douze ans que je suis cariste, quand ça va pas sur un chariot, j’exerce mon droit de retrait, c’est comme ça. Ça leur a pas plu, ils m’ont viré en décembre 2018.
3En attendant de retrouver un boulot, je garde mon petit dernier qui a 7 mois. Être cariste, ça me manque, mais bosser là-bas, non.
4Avant, j’avais une association culturelle et sociale, on récoltait des sous pour les gamins défavorisés pour faire des cadeaux à Noël ou pour qu’ils puissent partir en vacances. Pendant les gilets jaunes, j’ai fait les ronds-points, on est allés en Belgique, à Paris. Le jour où la porte de la Banque de France a cramé à Rouen, ça leur a fait voir qu’on lâche rien. Depuis qu’on est gamins, pour avoir des choses, il a fallu qu’on casse. Dans mon quartier, pour avoir un city-stade ou un local avec des animateurs, on était obligés de casser. Des boîtes aux lettres, des feux de signalisation… Ce mouvement, ça m’a fait du bien. On a retrouvé la convivialité. Je vois des gens qui disent que le jour où le mouvement sera fini, on va s’embêter.
5Vaut mieux fermer ces boîtes à cancer, ça, c’est sûr. Dans quinze ans, si mon gamin a un cancer, je n’aurai que mes yeux pour pleurer. Je suis né à Petit-Quevilly, ça fait quarante-trois ans que je respire cette merde de chez Lubrizol. Il arrive un moment, on en a marre. Mais je peux pas partir, ma femme est agent EDF, elle peut pas se faire muter avant deux ans. Et puis, bon, en France, t’es en sécurité où ?