Autonomies précaires
Pages 110 à 111
Citer cet article
https://doi.org/10.3917/rz.011.0110
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https://doi.org/10.3917/rz.011.0110
1Dans une société qui ne sait plus penser la coexistence des individus autrement que par l’échange économique, le travail s’impose comme seul et unique horizon de l’« insertion ». Pourtant, cette société qui ne jure que par le travail est régie par une croissance économique qui ne peut poursuivre sa course folle qu’en le taillant en pièces, en le supprimant ou en le délocalisant. Dans ces conditions, une activité digne, économiquement viable et qui ne serait pas condamnée à disparaître devrait porter un autre nom : métier, occupation ou encore œuvre. C’est rare. En attendant, les institutions pour l’emploi ne peuvent qu’enjoindre la masse des chômeurs, chômeuses et précaires de travailler sur eux‑mêmes. Car, même en l’absence de travail, nous sommes censé•es cultiver notre employabilité. Et tandis que les interlocuteurs en chair et en os disparaissent pour laisser place à des interfaces numériques, les précaires doivent se faire entrepreneurs de leur vie, acteurs de leur projet – devenir « autonomes », comme ils disent. Heureusement, certain•es créent des espaces où s’incarne une tout autre vision de l’autonomie : auto-organisation, entraide et conquête de moyens de subsistance collectifs…