Article de revue

Reportage

« Le linge qui pend aux fenêtres, c’est pas joli »

À la découverte des quartiers protégés

Page 45

Citer cet article


  • Textes Brier, M.,
  • Desquesnes, N.,
  • Photos Calia, P.
(2015). « Le linge qui pend aux fenêtres, c’est pas joli » À la découverte des quartiers protégés. Z : Revue itinérante d’enquête et de critique sociale, 9(1), 45-45. https://doi.org/10.3917/rz.009.0045.

  • Textes Brier, Mathieu.,
  • et al.
« “Le linge qui pend aux fenêtres, c’est pas joli” : À la découverte des quartiers protégés ». Z : Revue itinérante d’enquête et de critique sociale, 2015/1 N° 9, 2015. p.45-45. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-z-2015-1-page-45?lang=fr.

  • Textes BRIER, Mathieu,
  • DESQUESNES, Naïké,
  • Photos CALIA, Philippe,
2015. « Le linge qui pend aux fenêtres, c’est pas joli » À la découverte des quartiers protégés. Z : Revue itinérante d’enquête et de critique sociale, 2015/1 N° 9, p.45-45. DOI : 10.3917/rz.009.0045. URL : https://shs.cairn.info/revue-z-2015-1-page-45?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rz.009.0045


Notes

  • [1]
    Les coupures d’électricité sont quotidiennes dans certains quartiers de Bangalore.

Au nord-est de la ville, des cités surveillées réservées aux privilégiés assurent sécurité et confort. Situées non loin des parcs technologiques, elles accueillent cadres dynamiques et « expat’ » débarqués d’Occident.

Description de l'image par IA : Deux chariots de supermarché sous un grand palmier, avec des plantes et un bâtiment en arrière-plan.

1Vous bossez pour IBM ? Voyez directement avec eux, vous aurez des tarifs spéciaux. » Sympa, le vigile du club house de Palm Meadows. Posé au cœur d’une des plus vastes gated communities de la ville, l’hôtel figure parmi les plus prisés des étrangers de passage à Bangalore. Ses chambres se répartissent autour de la piscine en forme de rivière. On y côtoie les nombreux expatriés qui peuplent cette ville dans la ville, faite de centaines de villas similaires alignées comme dans un film américain. Jardins privatifs grillagés et voitures de luxe ponctuent le paysage, agrémenté de palmiers plantés tous les cinq mètres, rigoureusement identiques. Palm Meadows est une caricature de ces complexes immobiliers pourvus de barrières à l’entrée qui se multiplient dans la ville. Ils offrent à leurs habitants une autonomie toujours plus grande face au monde du dehors, grâce aux commerces et nombreux services intégrés. Au départ, les gated communities se sont installées dans l’ancien quartier britannique de Whitefield, à l’est de la ville, à proximité des tech parks de deuxième génération où travaillent les habitants potentiels. Aujourd’hui elles conquièrent de nouveaux territoires, toujours plus loin, à la recherche du « nouveau Whitefield ».

2À une vingtaine de minutes en rickshaw de Palm Meadows, Aditya nous reçoit dans son appartement logé dans une des douze tours de l’ensemble Brigade Metropolis. Architecturalement, tout ici rappelle les cités des banlieues françaises : des tours d’une vingtaine d’étages aux façades grisâtres, séparées par de larges prairies parsemées d’allées piétonnes. À 30 000 roupies par mois (environ 400 €) pour un T4, la cité s’adresse aux classes moyennes supérieures, le loyer équivalant en lui-même à plus de trois mois de salaire d’un ouvrier. Cadre en ressources humaines chez Samsung, Aditya, de son côté, gagne dans les 300 000 roupies par mois (environ 4 000 €). « Il y a de moins en moins de tâches non qualifiées dans l’informatique indienne car les Philippines, le Mexique ou la Pologne les prennent en charge. C’est ici que les nouvelles montres de Samsung ont été inventées. » Il assume le besoin de sécurité et le confort de se retrouver séparé du chaos de la ville : « C’est grâce aux barrières à l’entrée qu’on peut être détendu à l’intérieur. Les enfants jouent sur les pelouses, les vieux font leur promenade, on n’a pas de problèmes de sécurité. » Une fois acquittée la participation mensuelle, l’accès est libre ; alors chacun profite des services mis à disposition par le promoteur : tennis, piscine, terrains de foot et de squash, spa, salon de beauté…… L’esprit Club Med au cœur de la vie quotidienne. « Il y a un seul problème ici : le linge qui pend aux fenêtres, se plaint notre hôte, qui regrette le manque de discipline de ses voisins. Ce n’est vraiment pas joli. »

3« Parfois, tu regardes dehors et tu réalises que l’électricité est coupée. » Comme les bureaux des grandes entreprises, les gated communities disposent de leurs propres générateurs électriques, qui prennent le relais dès que le réseau saute, si bien que l’utilisateur ne s’aperçoit de rien [1]. Le circuit d’eau est également doublé, le promoteur assurant une fourniture constante d’eau traitée, utilisée pour arroser les pelouses comme pour boire un verre. Les caméras de surveillance sont discrètes et bien placées, Aditya n’a d’ailleurs pas souvenir de tentatives d’intrusion. À l’entrée, les vigiles ne vérifient pas les cartes de tout le monde : si tu as l’air détendu et le look qui convient, ça passe. Mais du côté où la zone privée jouxte un quartier populaire, le mur de séparation fait tout de même plusieurs mètres de haut. On ne sait jamais.


Date de mise en ligne : 03/03/2021

https://doi.org/10.3917/rz.009.0045