Compte rendu

Rioux Jean-Pierre, Ils m’ont appris l’histoire de France, Paris, Odile Jacob, 2017, 343 p., 26,90 €

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  • Prost, A.
(2017). Rioux Jean-Pierre, Ils m’ont appris l’histoire de France, Paris, Odile Jacob, 2017, 343 p., 26,90 € Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 136(4), XXV-XXV. https://doi.org/10.3917/ving.136.0183y.

  • Prost, Antoine.
« Rioux Jean-Pierre, Ils m’ont appris l’histoire de France, Paris, Odile Jacob, 2017, 343 p., 26,90 € ». Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2017/4 N° 136, 2017. p.XXV-XXV. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2017-4-page-XXV?lang=fr.

  • PROST, Antoine,
2017. Rioux Jean-Pierre, Ils m’ont appris l’histoire de France, Paris, Odile Jacob, 2017, 343 p., 26,90 € Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2017/4 N° 136, p.XXV-XXV. DOI : 10.3917/ving.136.0183y. URL : https://shs.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2017-4-page-XXV?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ving.136.0183y


Ouvrage

Ils m’ont appris l’histoire de France

Odile Jacob (2017)

1 Jean-Pierre Rioux aime écrire, et on retrouvera dans ce dernier livre son style chatoyant ; mais ce n’est pas un livre comme les autres. On s’attend à une ego-histoire ou à des mémoires, et en effet, par certains côtés, c’est son itinéraire d’historien qu’il raconte, des origines corréziennes au Quartier latin, du lycée à l’Institut d’histoire du temps présent puis à l’Inspection générale. Son parcours de journaliste aussi, d’Esprit à L’Histoire, en passant par beaucoup d’autres. Comme il est pudique, il ne s’attarde pas ; il ne livrera donc pas de détails sur l’histoire de ces institutions ou de ces revues. Il se dissimule et se révèle à la fois par le truchement de textes ciselés, de longueur inégale, où il aborde des figures ou des thèmes qui lui sont chers. Pour l’essentiel, il s’agit donc d’un recueil d’essais, sur des personnages ou des sujets qu’il a ordonnés selon l’ordre approximatif dans lequel ils ont marqué sa vie. D’où une organisation en quatre parties : la première sur les racines, « l’arbre de Corrèze » ; la seconde sur les événements et lectures de jeunesse, jusqu’à la fin de la guerre d’Algérie ; puis deux parties reprenant les années de maturité jusqu’au présent, mais en les articulant entre les travaux historiques et les réflexions politiques.

2 Les portraits les plus réussis et les plus neufs me semblent ceux d’écrivains qu’il a beaucoup fréquentés et sur lesquels il a travaillé : Charles Péguy, Louis Guilloux, Jean Jaurès, Albert Camus, Jules Michelet, pour n’en citer que quelques-uns. Il en est un qui manque, l’autre Michelet, le ministre : Rioux aurait parfaitement pu se reconnaître en ce patriote corrézien plus démocrate-chrétien que gaulliste, même s’il n’a pas espéré comme notre auteur en Blum et en Mendès. Sa figure aurait fort bien illustré son analyse de ce qu’il appelle le « centrisme d’engagement ».

3 Les réflexions sur la politique sont chez Jean-Pierre Rioux toujours nourries par l’histoire et réciproquement. Une histoire qui comprend et fait comprendre, non qui ressasse malheurs et turpitudes. Sur ce point, il se laisse parfois emporter, comme à propos des commémorations de Mai 68 (p. 212) : celle de 2008 nous a valu quelques bons livres d’histoire. Mais laissons ces détails, le livre mérite mieux. De façon impressionniste, par petites touches, c’est une réflexion sur ce que les difficultés politiques doivent à l’oubli de l’histoire, aujourd’hui comme hier, et donc un appel à apprendre l’histoire de France, car il assume un patriotisme républicain. Il montre comment le devoir de mémoire a débouché sur un procès généralisé du passé, et la nécessité de substituer une mémoire multiple à des mémoires plurielles. On comprend qu’il se soit impliqué dans le projet d’une Maison de l’histoire de France, même s’il se limite à une allusion sur ce sujet (p. 305).

4 Pareil projet aurait pu verser dans la nostalgie. Jean-Pierre Rioux en est préservé par l’histoire ; il est dans l’analyse, et non dans la déploration. Il cherche à comprendre le comment et le pourquoi d’évolutions qu’il stigmatiserait si cela avait la moindre utilité, mais où l’histoire lui fournit parfois des raisons d’espérer. Comme le passé ne revient pas, il cherche à préparer l’avenir en suivant sans cesse le fil rouge qui nous relie à notre passé. C’était précisément, il le rappelle (p. 203), l’ambition de Vingtième Siècle, dont il fut l’un des créateurs et dont il est directeur de publication : « éclairer le présent par contraste, aider à le penser en le mettant en perspective ». Cette ambition reste la nôtre.

5 Antoine Prost


Date de mise en ligne : 02/11/2017

https://doi.org/10.3917/ving.136.0183y