Compte rendu

Giacone Alessandro, Jean Guyot : un financier humaniste, Paris, CNRS éditions, 2015, 422 p., 25 €

Page XXXI

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  • Boulanger, R.
(2016). Giacone Alessandro, Jean Guyot : un financier humaniste, Paris, CNRS éditions, 2015, 422 p., 25 € Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 130(2), XXXI-XXXI. https://doi.org/10.3917/ving.130.0209ze.

  • Boulanger, Renaud.
« Giacone Alessandro, Jean Guyot : un financier humaniste, Paris, CNRS éditions, 2015, 422 p., 25 € ». Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2016/2 N° 130, 2016. p.XXXI-XXXI. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2016-2-page-XXXI?lang=fr.

  • BOULANGER, Renaud,
2016. Giacone Alessandro, Jean Guyot : un financier humaniste, Paris, CNRS éditions, 2015, 422 p., 25 € Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2016/2 N° 130, p.XXXI-XXXI. DOI : 10.3917/ving.130.0209ze. URL : https://shs.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2016-2-page-XXXI?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ving.130.0209ze


1 Issue d’une habilitation à diriger des recherches, la biographie de Jean Guyot (1921-2006) proposée par Alessandro Giacone éclaire la trajectoire singulière d’un « homme d’influence » au cœur des pouvoirs dans la France du second 20e siècle. Fils de la bourgeoisie grenobloise, devenu en 1945 inspecteur des Finances par « une série de hasards favorables » selon son expression (p. 56), il compte parmi les hauts fonctionnaires assistant et participant aux expériences et débats économiques de l’immédiat après-guerre, d’abord au cabinet de Robert Schuman, puis comme jeune sous-directeur du Trésor. C’est à ce poste qu’il se lie fortement avec Jean Monnet qu’il suit à la CECA en 1952. En 1955, il entame sa deuxième (et principale) carrière en entrant comme associé-gérant à la banque Lazard, qui est « sur tous les fronts » (p. 141) de la transformation de l’économie française qu’elle contribue à remodeler par la pratique croissante des fusions acquisitions, redevenant ainsi « l’une des principales banques d’affaires du continent » (p. 127). Elle participe donc à son « européanisation », et Jean Guyot est, en son sein, l’un des acteurs majeurs de cette évolution, notamment par les contacts qu’il entretient par exemple avec Enrico Cuccia, l’éminence grise du patronat italien. Il est également, et c’est le troisième aspect de son influence, un conseiller écouté des hommes politiques : outre sa participation au comité Rueff en 1958 et son action continue pour la construction européenne en particulier monétaire, il est sans cesse consulté par les dirigeants du pays, même après 1981. Son mécénat participe aussi de son discret rayonnement.

2 Appuyé sur une parfaite connaissance du personnel politique et financier français et européen (ce qui fait d’autant plus regretter l’absence d’un index des noms de personnes) associée à une capacité à toujours contextualiser le parcours individuel (par exemple l’analyse du mouvement vichysto-résistant Jeunesse et Montagne dont fait partie le jeune Guyot), ce travail parvient à montrer non seulement le fonctionnement de « la banque de la rue Pillet-Will [qui] a érigé le silence en règle d’or » (p. 119), mais aussi son évolution, de la banque de conseil, discrète et dominée par ses associés-gérants, à la structure médiatisée et mondialisée cotée en Bourse. Insérant, toujours avec beaucoup de fluidité, des extraits des sources largement inédites, tant orales (ses entretiens avec l’historien Olivier Feiertag) qu’écrites (le journal de Jean Guyot), l’auteur réussit à placer les hommes au cœur de l’histoire financière, en décryptant subtilement les jeux de pouvoir (les relations de Guyot avec Antoine Bernheim, l’émergence d’une nouvelle génération d’associés dans les années 1990 telle Anne Lauvergeon) et les idées qui les animent.

3 Renaud Boulanger


Date de mise en ligne : 11/04/2016

https://doi.org/10.3917/ving.130.0209ze