Igounet Valérie, Le Front national de 1972 à nos jours : le parti, les hommes, les idées, Paris, Éd. du Seuil, 2014, 495 p., 24 €
- Par Thibault Tellier
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- TELLIER, Thibault,
- Tellier, Thibault.
- Tellier, T.
https://doi.org/10.3917/ving.128.0173ay
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1 Spécialiste du négationnisme en France, l’historienne Valérie Igounet propose une synthèse de l’histoire du Front national depuis sa création en 1972 jusqu’à sa place centrale dans le jeu politique actuel. Pour mener à bien son travail, elle a dépouillé de nombreux fonds d’archives, certains inédits, et réalisé des entretiens avec des membres historiques du Front national, à commencer par Jean-Marie Le Pen. La spécificité du Front national dans le jeu politique national impose que l’on en restitue la genèse politique et intellectuelle depuis qu’Alain Robert, le fondateur d’Ordre nouveau (le mouvement Occident ayant été dissous en 1968), a suggéré à l’ancien député poujadiste Jean-Marie Le Pen de rejoindre le projet de création d’un « Front national pour l’unité française » en 1972.
2 Adoptant un plan chronologique comportant cinq parties, des lendemains de 1968 jusqu’à l’ascension de la fille du leader historique en 2011, l’historienne retrace une histoire complexe marquée par les prises de position qui isolent durablement le Parti (notamment le « point de détail de l’histoire ») et les crises internes, en particulier la scission mégrétiste de 1999. De ce point de vue, on ne peut être que marqué par la manière dont ce parti s’est néanmoins développé alors même qu’en 1981, Jean-Marie Le Pen n’était pas parvenu à rassembler les signatures suffisantes pour se présenter à l’élection présidentielle et que le mouvement comptait alors à peine cent cinquante adhérents à jour de cotisation. Il convient de remettre sa trajectoire en perspective par rapport à la ligne gauche-droite qui traversait jusque-là la vie politique ; le Front national ayant refusé en 1986 de devenir un allié occasionnel de la droite revenue alors au pouvoir tandis que la gauche tentait d’en jouer pour contrer la droite (Pierre Bérégovoy parlant d’une « chance historique pour les socialistes »). L’auteur met également en avant l’importance de la structuration du Parti par Bruno Mégret et ses équipes. Le Front national devient alors une véritable machine électorale disposant d’un appareil extrêmement structuré. La crise qui éclate après l’éviction du clan mégrétiste en 1999 rend d’autant plus surprenants les résultats du premier tour des élections présidentielles de 2002 qui hissent l’extrême droite française à un niveau jamais atteint jusque-là. Cette synthèse très bien documentée permet au final de mieux définir l’identité sociopolitique d’un parti hors-norme, en mettant l’accent sur ces spécificités, qu’il s’agisse de sa plasticité en matière doctrinale, notamment vis-à-vis des États-Unis, ou bien encore des tensions qui existent au sein du mouvement entre une approche pragmatique ayant pour perspective l’exercice du pouvoir, et le maintien d’une idéologie dure qui flirte avec la pensée historique de l’extrême droite datant de la fin du 19e siècle.
3 Thibault Tellier