Forlin Olivier, Le Fascisme : historiographie et enjeux mémoriels, Paris, La Découverte, 2013, 405 p., 26 €
Pages 192j à 201j
Citer cet article
- PREZIOSO, Stéfanie,
- Prezioso, Stéfanie.
- Prezioso, S.
https://doi.org/10.3917/ving.122.0192j
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- Prezioso, S.
- Prezioso, Stéfanie.
- PREZIOSO, Stéfanie,
https://doi.org/10.3917/ving.122.0192j
1 « L’antifascisme a constitué un ciment idéologique pour unir des forces politiques, notamment en France et en Italie dont l’étude sera au cœur de cet ouvrage. » Dès le premier paragraphe, Olivier Forlin, agrégé d’histoire et maître de conférences à l’Université Grenoble-II, donne le ton. De quoi est-il question dans ce livre ambitieux ? D’un état des lieux des études sur le fascisme, principalement en Italie et en France, de 1919 à nos jours. Point de départ indispensable, les interprétations que l’antifascisme, ou mieux les divers courants antifascistes, ont donné du phénomène. Le deuxième chapitre (« Le temps des interprétations classiques et des lectures politiques du fascisme ») leur est plus particulièrement consacré. La critique des analyses « politiques » produites dans le feu de la bataille antifasciste semble sans appel : « Ce sont les approches en partie idéologique qui ont prévalu et les interprétations ont été souvent formulées pour être mises au service de stratégies politiques. » (p. 50) Le fascisme n’aurait ainsi, du point de vue de l’auteur, guère été « historicisé » jusqu’en 1945. Parmi les « exceptions notables » mentionnées, figurent le livre Naissance du fascisme (1938) d’Angelo Tasca ; The Fascist Dictatorship in Italy (1928) de Gaetano Salvemini et Histoire de quatre ans (1926) de Pietro Nenni ; bien d’autres auraient pu y figurer.
2 L’ouvrage aborde ensuite et surtout les débats et les controverses qui ont accompagné l’étude du fascisme en Italie et en France, soit dans des pays où le « ciment idéologique » de l’antifascisme aurait eu une part prégnante tant dans l’arène politique que dans l’espace scientifique dès les années 1960-1970. Les sept derniers chapitres du livre reprennent les interrogations les plus débattues : peut-on parler d’un fascisme générique ou doit-on le décliner au pluriel ? Le fascisme a-t-il été ou non un phénomène révolutionnaire ? A-t-il eu une politique extérieure spécifique ? Entre-t-il dans la catégorie du totalitarisme ? Comment comprendre la politique antisémite du fascisme italien à partir de la seconde moitié des années 1930 ? Enfin peut-on parler d’un fascisme français ?
3 L’auteur présente donc un vaste panorama de l’historiographie du fascisme, dont témoigne la riche bibliographie en fin d’ouvrage. Les travaux de Philippe Burrin, Renzo de Felice, Emilio Gentile, Roger Griffin, George L. Mosse, Ernst Nolte, Robert O. Paxton, Zeev Sternhell, pour n’en citer que quelques-uns y occupent une place de choix. Spécialiste de l’Italie contemporaine, l’auteur s’attarde plus particulièrement sur l’analyse du fascisme italien, sur ses interprétations et les débats auxquels il a donné lieu entre historiens, hommes politiques et journalistes. L’auteur discute principalement les travaux de Renzo de Felice, les volumes de la biographie monumentale de Mussolini, ainsi que ses livres entretiens qui ont marqué une radicalisation des thèses défendues par l’historien italien sur le fascisme et l’antifascisme.
4 Cet ouvrage dense laisse néanmoins le lecteur sur sa faim. Ainsi en est-il de la part congrue réservée aux thèses d’historiens italiens « se réclamant de la tradition antifasciste », dont les travaux non traduits restent méconnus en France (Enzo Collotti, Nicola Tranfaglia, Gianpasquale Santomassimo, Marco Palla, pour n’en citer que quelques-uns) ; des historiens qui se sont fait fort de réfuter, analyses à l’appui, les interprétations de De Felice sur le fascisme italien comme phénomène révolutionnaire, situé hors du « cône d’ombre de l’Holocauste », et sur l’antifascisme, réputé « porteur d’une idéologie antidémocratique » qui ne pouvait en aucun cas incarner ce qui devait être une « authentique démocratie républicaine » (Renzo de Felice, Corriere della Sera, 8 janvier 1988).
5 L’ouvrage fait néanmoins œuvre utile en exposant à un public français peu informé les principaux termes du débat historiographique qui a secoué la Péninsule au fil de ces cinquante dernières années, et en rapportant les principales avancées de la recherche historique sur le fascisme en Europe.
6 Stéfanie Prezioso