Compte rendu

Dauphin Sandrine, L’État et les droits des femmes : des institutions au service de l’égalité ?, Rennes, Presses universitaires de Rennes, « Archives du féminisme », 2010, 134 p., 12 €

Pages 181x à 201x

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  • Pavard, B.
(2011). Dauphin Sandrine, L’État et les droits des femmes : des institutions au service de l’égalité ?, Rennes, Presses universitaires de Rennes, « Archives du féminisme », 2010, 134 p., 12 € Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 110(2), 181x-201x. https://doi.org/10.3917/ving.110.0181x.

  • Pavard, Bibia.
« Dauphin Sandrine, L’État et les droits des femmes : des institutions au service de l’égalité ?, Rennes, Presses universitaires de Rennes, “Archives du féminisme”, 2010, 134 p., 12 € ». Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2011/2 n° 110, 2011. p.181x-201x. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2011-2-page-181x?lang=fr.

  • PAVARD, Bibia,
2011. Dauphin Sandrine, L’État et les droits des femmes : des institutions au service de l’égalité ?, Rennes, Presses universitaires de Rennes, « Archives du féminisme », 2010, 134 p., 12 € Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2011/2 n° 110, p.181x-201x. DOI : 10.3917/ving.110.0181x. URL : https://shs.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2011-2-page-181x?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ving.110.0181x


1 Sandrine Dauphin offre une très utile étude « des institutions gouvernementales et administratives en charge de politique spécifiques à l’attention des femmes », domaine étudié récemment par deux docteures en science politique, l’auteure et Anne Revillard, mais qui n’avait pas encore donné lieu à la publication d’une synthèse. S’appuyant sur une solide bibliographie, sur les archives de ces instances et sur des entretiens, l’ouvrage souligne l’absence de stabilité de ces institutions. La multiplicité des termes employés pour les désigner est un indicateur de leur forte dépendance à une série de facteurs. Tant le contexte politique national – la volonté politique pesant ici bien davantage que sur les autres politiques publiques – qu’international, c’est-à-dire les directions indiquées par l’Union européenne ou les Nations unies, jouent un rôle important. La force des mobilisations du mouvement des femmes est aussi cruciale : même si les militantes restent critiques envers les institutions, la pression extérieure qu’elles exercent contribue à assurer l’émergence puis la pérennité des structures. Enfin, l’action de l’État en direction des femmes est fortement dépendante du contexte économique et les moments de crise sont particulièrement défavorables à ce type de politiques.

2 Depuis la création en 1965 de la première structure, le Comité d’étude et de liaison des problèmes du travail féminin, jusqu’à nos jours, l’auteure distingue trois moments. Le premier chapitre est consacré à la période 1965-1981, correspondant à l’émergence d’une politique spécifique pour « améliorer la condition féminine » qui peut être interprétée comme le résultat de la structuration de groupes de femmes et de leur poids grandissant sur la scène politique. Ainsi, la création du secrétariat d’État à la condition féminine en 1974, confié à Françoise Giroud, répond aux luttes du Mouvement de libération des femmes depuis le début des années 1970. Cependant, les structures qui se succèdent jusqu’en 1981 restent peu intégrées et ont peu de moyens d’action, elles remplissent avant tout une « fonction symbolique ».

3 Le second chapitre est consacré à la période 1981-1996, moment de « grandeur » puis de « décadence ». L’arrivée au pouvoir de François Mitterrand et la nomination de la féministe Yvette Roudy comme ministre des Droits de la femme en 1981 marquent un tournant. Même s’il reste marginalisé au sein de l’État, le ministère parvient à imposer la distinction entre égalité formelle et égalité réelle et la nécessité de mettre en place des mesures spécifiques pour promouvoir les femmes. Cependant, avec la cohabitation, en 1986, s’installe un « backlash généralisé pour les institutions droits des femmes et le mouvement féministe », que ne dément pas le retour au pouvoir des socialistes en 1988. Même si la promotion de l’égalité professionnelle et la prise en compte des violences faites aux femmes par l’État progressent, les droits des femmes restent au second plan dans un contexte de crise économique.

4 Un troisième chapitre traite de la période 1996-2009, marquée par un renouveau puis « des espoirs déçus ». Les mobilisations pour la parité politique qui aboutissent aux lois de 1999 et 2000, et l’impulsion donnée par l’Union européenne donnent une nouvelle légitimité à l’action de l’État en faveur de l’« égalité entre les hommes et les femmes ». Elle s’accompagne d’un changement de paradigme, prôné par l’Union européenne et les Nations unies : les politiques d’égalité sont désormais fondées sur le « gender maintreaming », c’est-à-dire une approche intégrée qui vise à incorporer l’égalité à tous les niveaux de l’action publique pour compléter les politiques et les institutions spécifiques. Cependant l’approche de l’État, surtout incitative, demeure peu contraignante. De plus, depuis 2004, la question de l’égalité des sexes tend à se fondre dans l’approche de la promotion de la diversité. Ainsi, l’auteure parle d’un nouveau contrecoup, caractérisé par l’association du portefeuille de la parité à celui de la cohésion sociale en 2006, puis par la création d’un secrétariat d’État chargé de la Solidarité auprès du ministère du Travail en 2007, absorbant les droits des femmes et marquant la disparition d’instances spécifiques.

5 Cet ouvrage, qui intéressera les spécialistes comme les néophytes, parvient à dégager les grands traits de l’évolution de la prise en compte des droits des femmes par l’État, tout en analysant avec précision les différentes instances qui ne cessent d’évoluer. On peut cependant regretter que le format de l’ouvrage ne permette pas de prendre davantage en compte les circulations et les ramifications au sein de l’« espace de la cause des femmes », analysé par Laure Bereni, au-delà des oppositions traditionnelles entre État et société civile.

6 Bibia Pavard


Date de mise en ligne : 19/04/2011

https://doi.org/10.3917/ving.110.0181x