Compte rendu

Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière », « La prostitution des mineur(e)s au xxe siècle », 10, 2008, 242 p., 18,29 €

Pages 203zc à 233zc

Citer cet article


  • Mathieu, L.
(2009). Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière », « La prostitution des mineur(e)s au xxe siècle », 10, 2008, 242 p., 18,29 € Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 104(4), 203zc-233zc. https://doi.org/10.3917/ving.104.0203zc.

  • Mathieu, Lilian.
« Revue d’histoire de l’enfance “irrégulière”, “La prostitution des mineur(e)s au xxe siècle”, 10, 2008, 242 p., 18,29 € ». Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2009/4 n° 104, 2009. p.203zc-233zc. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2009-4-page-203zc?lang=fr.

  • MATHIEU, Lilian,
2009. Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière », « La prostitution des mineur(e)s au xxe siècle », 10, 2008, 242 p., 18,29 € Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2009/4 n° 104, p.203zc-233zc. DOI : 10.3917/ving.104.0203zc. URL : https://shs.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2009-4-page-203zc?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ving.104.0203zc


1 Le dossier consacré à la prostitution des mineur-e-s que propose cette livraison de la RHEI est bienvenu à plusieurs titres. Le premier est qu’il prolonge utilement le travail désormais classique qu’Alain Corbin a consacré à l’histoire de la prostitution, cela à la fois temporellement (plusieurs des contributions s’intéressent à l’après-seconde guerre mondiale), géographiquement (l’Algérie coloniale, la Belgique occupée) et thématiquement (par une attention spécifique à la prostitution masculine, ou au travers de figures comme l’avocate féministe Maria Vérone ou d’organisations comme l’Association israélite de protection de la jeune fille).

2 À cet apport appréciable de nouvelles connaissances s’ajoutent des pistes de réflexion tout à fait stimulantes quant à la manière dont est socialement et institutionnellement produite la « prostitution des mineur-e-s » (et non la prostitution enfantine, dans la majorité des situations étudiées, et comme cela aurait peut-être mérité d’être davantage souligné). Car ce qui ressort de plusieurs des études ici présentées est le flou de l’activité prostitutionnelle des mineur-e-s, un flou que les diverses institutions (judiciaires, policières, sociales, médicales, psychiatriques, etc.) tentent de conjurer au moyen de procédures de prises en charge spécialisées. On est en effet frappé, à la lecture des textes, par la fréquente indécision des pratiques des jeunes étiquetés comme « prostitué-e-s ». De l’échange économico-sexuel ponctuel aux liaisons durables (parfois avec projet de mariage) des jeunes Belges en période d’occupation, des prestations explicitement tarifées à la relation suivie avec un-e partenaire généreux/se de jeunes hommes homosexuels ou non, des diverses activités économiques marginales, plus ou moins délinquantes et pouvant impliquer des « services sexuels », des yaouleds algériens, les pratiques des mêmes individus perdent leur évidence prostitutionnelle pour se révéler ambiguës et plurivoques dans leur expression et leur expérience. Face à cette ambiguïté, l’assimilation du vagabondage ou de la sexualité hors-mariage des jeunes filles à de la prostitution autorise tant leur criminalisation que leur prise en charge médicale, sociale ou encore religieuse, tandis que, côté masculin, c’est l’assimilation entre homosexualité et prostitution qui autorise tant la répression que la psychiatrisation.

3 Les discours dont les différents articles se font l’écho sont bien sûr avant tout les discours de ces institutions en charge de la répression, du redressement ou de la « thérapie » des prostitué-e-s. Mais ils laissent parfois aussi s’échapper des bribes de la parole de ces jeunes filles et garçons – une parole qui, par sa fréquente absence de culpabilité et l’expression de ses « bonnes raisons », permet d’entrevoir cet univers encore si peu étudié, parce que si difficilement accessible, qu’est l’expérience prostitutionnelle elle-même.

4 Lilian Mathieu


Date de mise en ligne : 05/11/2009

https://doi.org/10.3917/ving.104.0203zc