Garnier Bernard, Leleu Jean-Luc et Quellien Jean (dir.), La Répression en France 1940-1945, Caen, Centre de recherche d’histoire quantitative, 2007, 384 p., 25 €
- Par Marc Bergère
Pages 219p à 247p
Citer cet article
- BERGÈRE, Marc,
- Bergère, Marc.
- Bergère, M.
https://doi.org/10.3917/ving.101.0219p
Citer cet article
- Bergère, M.
- Bergère, Marc.
- BERGÈRE, Marc,
https://doi.org/10.3917/ving.101.0219p
1 Fruit d’un colloque international organisé par le Centre de recherche d’histoire quantitative de l’université de Caen, très actif en matière d’histoire de la seconde guerre mondiale (on mentionnera, pour mémoire, les travaux relatifs à l’exploitation de la main-d’œuvre française par le Troisième Reich, aux comités d’organisation du régime de Vichy mais aussi aux populations et victimes civiles de la guerre…), cet ouvrage participe d’un important renouvellement historiographique en France comme en Allemagne en matière d’histoire des occupations militaires mais aussi de violence(s) de guerre. Ce faisant, il témoigne d’une double évolution. D’une part, du côté français, si la complexité et la responsabilité de Vichy sont désormais bien établies depuis la « révolution paxtonienne », la centralité historiographique accordée à Vichy avait conduit à occulter certaines réalités de l’Occupation (et de l’occupant), à tel point que l’on pouvait parfois s’interroger à l’instar de Henry Rousso, dans un livre hommage à Paxton : « [Mais] où sont passés les Allemands ? » D’autre part, à l’échelle allemande, cet ouvrage collectif s’inscrit dans la même veine que les travaux publiés la même année par Gaël Eismann et Stefan Martens (Occupation et répression militaire allemandes 1939-1945, Autrement, 2008) ou encore Raffael Scheck (Une saison noire : les massacres de tirailleurs sénégalais mai-juin 1940, Tallandier, 2007). Ainsi, tout en écornant un peu plus le mythe d’une Wehrmacht au comportement « correct » et « aux mains propres », les contributions réunies ici permettent de revisiter et parfois de réévaluer les formes et l’ampleur de la répression en Europe de l’Ouest, longtemps minorée au sein d’une historiographie focalisée sur les violences et les crimes commis à l’Est.
2 Pour ce faire, le livre s’organise en cinq parties. La première inscrit l’objet d’étude dans une utile approche comparée avec la Grande Guerre ou d’autres pays occupés (Biélorussie, Pologne, Balkans, Belgique) ou d’autres occupants (Italiens). La seconde partie analyse finement la diversité des acteurs de la répression en France au sein d’une réalité territoriale plurielle (voir les cas du Nord – Pas-de-Calais ou de l’Alsace) et d’un système répressif complexe (allemand et français bien entendu mais aussi, administratif, militaire, policier, judiciaire…) qu’il convient de saisir autant en termes de concurrence que de complémentarité. La troisième partie, dans la continuité des enquêtes statistiques engagées depuis plusieurs années par le Centre de recherche d’histoire quantitative et la Fondation pour la mémoire de la déportation, livre de précieuses informations (motifs d’arrestation, approches sociologique et géographique, devenir des déportés de France par mesure de répression…) sur les victimes de la répression, en particulier les déportés et les fusillés. La quatrième partie démontre l’importance d’une chronologie fine pour appréhender l’objet d’étude. En effet, après des inflexions déjà nettement perceptibles à compter de juin 1941, et a fortiori du printemps 1943, et de l’entrée dans une guerre totale de plus en plus radicale, cette partie se concentre sur l’année 1944 comme aboutissement « d’une escalade répressive ». La dernière partie, enfin, s’intéresse aux traces et aux échos de ces répressions en matière judiciaire, de mémoire(s) ou de politique publique des archives.
3 In fine, cet ouvrage sait alterner tableaux d’ensemble et monographies, analyses quantitatives et qualitatives, le tout accompagné de précieux outils statistiques, graphiques et cartographiques, pour mieux comprendre l’évolution des politiques et pratiques répressives en France de 1940 à 1945. Nul doute qu’il marque un apport significatif à l’historiographie du sujet.
4 Marc Bergère