Horn Gerd-Rainer, Gérard Emmanuel (éd.), Left Catholicism 1943-1955, Catholics and Society in Western Europe at the Point of Libération, Leuven, Leuven University Press, 2001, 319 p., prix non communiqué.
- Par Sabine Rousseau
Pages 187m à 208m
Citer cet article
- ROUSSEAU, Sabine,
- Rousseau, Sabine.
- Rousseau, S.
https://doi.org/10.3917/ving.075.0187m
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- Rousseau, S.
- Rousseau, Sabine.
- ROUSSEAU, Sabine,
https://doi.org/10.3917/ving.075.0187m
1 Le lecteur est mis en appétit dès l’introduction : « Ce volume constitue la première tentative d’analyse jamais entreprise du phénomène de catholicisme de gauche en Europe de l’Ouest entre 1943 et 1955, dans une approche transnationale et comparative » (p. 11). Effectivement, une douzaine de contributions traitent, sous le vocable de Left Catholicism, à la fois des engagements politiques (le MRP à la Libération et l’Union des Chrétiens Progressistes en France, l’Union Démocratique belge, le courant Dossetti de la « DC » ou les avatars du Partito Comunista Cristiano en Italie…), des courants de réflexion théologique irrigués par la pensée d’un Maritain, d’un Mounier ou d’un Chenu, et des expériences apostoliques novatrices comme celles des prêtres ouvriers en France et en Belgique, celles des mouvements d’Action catholique spécialisée en voie de sécularisation ou encore des innovations liturgiques en Italie. Les différents spécialistes donnent là une synthèse à jour des principales recherches, restées éparpillées jusqu’à présent, en multipliant les approches : monographie de B. Duriez sur le MPF ou de O. Cole-Arnal sur les prêtres ouvriers français et belges, analyse comparative de quatre revues catholiques, belges francophones par J.-L. Jadoulle, portraits de nombreux prêtres italiens (Mazzolari, Milani, Turoldo) brossés par A. Parisella, tableau de la situation en Allemagne (avec la figure de Walter Driks) peint par A. Lienkamp.
2 Il ressort qu’il y a bien un faisceau d’expériences nationales (plus ou moins complètes selon les pays, la France étant le seul lieu de convergence de toutes les formes d’innovation selon Y. Tranvouez) qui ont en commun la volonté de réformer les idées et les pratiques de l’Église catholique face aux problèmes de société, favorisée en 1944-1945 par un contexte international ouvert et dominé par le vécu de la Résistance et la victoire du travaillisme anglais. Les échanges transnationaux sont cependant rares et le débat sur la pertinence d’une appellation commune (Left Catholicism) reste entier : au-delà des problèmes de terminologie et de traduction (dont l’exemple italien offre une illustration parfaite), plusieurs auteurs s’interrogent à juste titre sur le concept lui-même, préférant parler d’expériences situées « à la frontière » de l’Église et de la société (Vecchio) ou de « champ d’action occupé par différents groupes catholiques radicaux » (Conway), mettant ainsi en évidence le caractère minoritaire des phénomènes décrits et éclairant les raisons de leur échec au début des années 1950. La dernière contribution insiste sur l’inégalité du rapport de forces entre, d’une part, un mouvement novateur essentiellement intellectuel, masculin et urbain et, d’autre part, une masse catholique rurale, féminine et conservatrice ainsi qu’un mouvement de travailleurs chrétiens restés pour la plupart fidèles à la hiérarchie. Dans un contexte international de plus en plus « prohibitif » (Van Kemseke), à partir de 1948-1949, la voie étroite du catholicisme de gauche s’est refermée.
3 Savoir si cette lucarne s’inscrit dans une continuité fait l’objet d’un autre débat et soulève la question de la tentation téléologique d’une histoire écrite à la lumière de Vatican II. Le catholicisme de gauche des années 1943-1955 est-il l’héritier des expériences de l’entre-deux-guerres et le précurseur des mouvements des années 1960 ? La plupart des contributions montrent que la guerre a introduit une césure sans doute plus décisive que l’héritage antérieur et suggèrent sinon des « connections directes » (Lienkamp) du moins des « réémergences sous une forme enrichie à la fin des années 1960 et au début des années 1970 » (Horn). Cet ouvrage très stimulant invite à repenser ces « lignes de continuité » qui relient deux « moments de crise et d’opportunités » (Horn), d’effervescence politique et idéologique, de la Libération aux théologies de la Libération.
4 Sabine Rousseau