Article de revue

« Lutter contre l’invasion marxiste, c’est un devoir »

L’UNI contre la « subversion marxiste » de 1968 à 1981

Pages 135 à 149

Citer cet article


  • Muller, B.
(2022). « Lutter contre l’invasion marxiste, c’est un devoir » L’UNI contre la « subversion marxiste » de 1968 à 1981. 20 & 21. Revue d'histoire, 155(3), 135-149. https://doi.org/10.3917/vin.155.0135.

  • Muller, Bryan.
« “Lutter contre l’invasion marxiste, c’est un devoir” : L’UNI contre la “subversion marxiste” de 1968 à 1981 ». 20 & 21. Revue d'histoire, 2022/3 N° 155, 2022. p.135-149. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-vingt-et-vingt-et-un-revue-d-histoire-2022-3-page-135?lang=fr.

  • MULLER, Bryan,
2022. « Lutter contre l’invasion marxiste, c’est un devoir » L’UNI contre la « subversion marxiste » de 1968 à 1981. 20 & 21. Revue d'histoire, 2022/3 N° 155, p.135-149. DOI : 10.3917/vin.155.0135. URL : https://shs.cairn.info/revue-vingt-et-vingt-et-un-revue-d-histoire-2022-3-page-135?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/vin.155.0135


Notes

  • [1]
    Titre d’une affiche de l’UNI diffusée vers 1971. Jacques Rougeot, UNI, 40 ans de combats, 40 affiches, Paris, Centre d’études et de recherches, 2009, p. 56.
  • [2]
    Jacques Rougeot, La Contre-offensive. Contre la menace totalitaire, les armes de la civilisation, Paris, Éditions Albatros, 1975, p. 18.
  • [3]
    Emmanuelle Loyer, L’Événement 68, Paris, Flammarion, 2018.
  • [4]
    L’expression est employée à de multiples reprises par un grand nombre de gaullistes, tel Jacques Foccart dans ses mémoires en juin 1968 (Journal de l’Élysée, t. II : Le Général en mai, Paris, Fayard/Jeune Afrique, 1998, p. 448). L’UNI en reprend l’expression, même si des variantes peuvent exister : « subversion communiste », « subversion », « subversion culturelle », etc. (ex : Frédéric Deloffre et Jacques Rougeot, L’Université, enjeu politique (1968-1983), Paris, Centre d’études et de diffusion, 1983, p. 41).
  • [5]
    Philippe Buton analyse longuement la galaxie gauchiste et ses spécificités dans son dernier livre, Histoire du gauchisme. L’héritage de Mai 68, Paris, Perrin, 2021.
  • [6]
    Nassera Mohraz, « L’UNI (Union nationale interuniversitaire) : l’opposition de droite la plus virulente à la loi Faure (1968-1984) », in Bruno Poucet et David Valence (dir.), La loi Edgar Faure. Réformer l’université après 1968, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2016, p. 104.
  • [7]
    François Audigier, Histoire du S.A.C. La part d’ombre du gaullisme, Paris, Stock, 2003, p. 149.
  • [8]
    François Audigier, « Le gaullisme d’ordre des années 68 », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 116 (4), 2012, p. 53-68.
  • [9]
    Archives nationales de France (ANF), R20000388/3, Rapport d’enquête des Renseignements généraux de décembre 1980. Jean Servier était l’un des fondateurs de l’antenne montpelliéraine de l’UNI qu’il a longtemps dirigée. Il était membre du Parti républicain et soutenait Valéry Giscard d’Estaing en 1974 et 1981.
  • [10]
    F. Audigier, « Le gaullisme d’ordre des années 68 », art. cité, p. 55.
  • [11]
    Seules deux personnes, ayant commencé à militer au début des années 1980, ont accepté de témoigner. Il s’agit de Jean-Luc André et d’Alain Denizet.
  • [12]
    Charles de Gaulle, Mémoires de guerre et mémoires d’espoir, Paris, Plon, 2016, p. 1478.
  • [13]
    Les études sur le conservatisme gaulliste ne manquent pas : voir Bernard Mathias, Histoire politique de la Ve République. De 1958 à nos jours, Paris, Armand Colin, 2008, p. 115-136.
  • [14]
    J. Rougeot, La Contre-offensive, op. cit., p. 35-48.
  • [15]
    Roger Mucchielli, La Subversion, Paris, Bordas, 1972.
  • [16]
    L’Action universitaire, 39, avril 1974.
  • [17]
    24 questions sur l’UNI, mars-avril 1971, p. 6.
  • [18]
    L’Action universitaire, 40, mai 1974.
  • [19]
    Jacques Rougeot, L’École du courage. Principes et méthodes d’une action, bulletin numéro spécial, 7e édition, 1976, p. 2.
  • [20]
    Frédéric Deloffre, Guide pratique du Programme commun, Paris, Pauvert, 1977, p. 381.
  • [21]
    Ibid., p. 292-293.
  • [22]
    Par exemple, Das Kapital est comparé à Mein Kampf (L’Action universitaire, 40, mai 1974) et les trotskistes de la Ligue communiste à des SS (ANF, 20160213/1, Tract « Tels des SS… les procédés révolutionnaires de la Ligue Krivine » du 20 décembre 1971).
  • [23]
    L’Action universitaire, 56, mars 1976.
  • [24]
    Jean-Jacques Becker et Serge Berstein, « L’anticommunisme en France », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 15, 1987, p. 17-28 ; Christian Delporte, « Paix et Liberté : l’anticommunisme par l’image (affiche de Chancel, 1950) », Parlement[s]. Revue d’histoire politique, 29 (1), 2019, p. 49-56.
  • [25]
    Ras L’Bolch, journal de l’UNI Lycée. Numéro spécial de L’Action universitaire, 1, 1976.
  • [26]
    L’Action universitaire. Journal spécial Assas, 2, décembre 1972.
  • [27]
    L’Action lycéenne. Journal lycéen de l’UNI, 1, non daté (visiblement de décembre 1972 ou janvier 1973), p. 12.
  • [28]
    L’Action universitaire, 44, novembre-décembre 1974.
  • [29]
    F. Deloffre et J. Rougeot, L’Université, enjeu politique…, op. cit., p. 27.
  • [30]
    Archive privée.
  • [31]
    Cette idée, développée par les gaullistes d’ordre, est également défendue par des gaullistes moins conservateurs tels que Christian Fouchet (Mémoires d’hier et de demain, t. 1 : Au service du général de Gaulle (1940-1968), Paris, Plon, 1971, p. 223-224).
  • [32]
    L’Action universitaire, 43, octobre 1974.
  • [33]
    F. Deloffre et J. Rougeot, L’Université, enjeu politique…, op. cit., p. 42.
  • [34]
    L’Action universitaire, 28, mai 1973.
  • [35]
    L’Action universitaire, 32, novembre 1973.
  • [36]
    L’Action universitaire, 36, janvier 1974, p. 2.
  • [37]
    Ibid.
  • [38]
    L’Action universitaire, 44, novembre-décembre 1974, p. 2.
  • [39]
    N. Mohraz, « L’UNI (Union nationale interuniversitaire)… », art. cité, p. 106-109.
  • [40]
    J. Rougeot, La Contre-offensive, op. cit., p. 22-24.
  • [41]
    Rouge, 3, octobre 1968.
  • [42]
    F. Deloffre et J. Rougeot, L’Université, enjeu politique…, op. cit., p. 36-37.
  • [43]
    ANF, 78AJ/38, Tract « Contre le pourrissement actuel de l’université », avril 1970.
  • [44]
    Bryan Muller, « Les CDR : un relais militant original du “gaullisme d’ordre” des années 68 (1968-1978) », thèse pour le doctorat en histoire contemporaine, Université de Lorraine, 2021.
  • [45]
    J. Rougeot, L’École du courage…, op. cit., p. 6-7.
  • [46]
    Les incidents que l’UNI aurait perpétrés à l’époque, qu’ils soient supposés ou avérés, sont vraiment rares. Nous pouvons prendre le cas du 15 février 1973 où l’UNEF aurait été attaquée par des militants UNI lors d’une distribution de tracts à Paris (ANF, 20160213/3).
  • [47]
    ANF, 19890037/10, Rapport sur « le Service d’action civique » en 1981, p. 19 ; témoignage de Suzanne Guggenheim sur les attaques physiques répétées contre des membres de l’UNI entre 1968 et 1973 par des militants d’extrême gauche (L’Action universitaire, automne 2021, p. 28).
  • [48]
    ANF, 20160213/1. Trois tracts de l’UNI évoquent ces deux agressions.
  • [49]
    La casse des caractères est respectée. ANF, AG/5(F)/976, Tract « UNI LYCÉE. Le samedi 27 à 12h10 », sans date (probablement 1973 vu les informations contenues dans le tract et sa position au sein d’un ensemble de tracts datés de 1973).
  • [50]
    ANF, AP/340(III)/204, Rapport « Les organisations de guerre civile », non daté (visiblement écrit entre 1974 et 1976, ce rapport se trouvant dans un dossier dont l’ensemble des rapports furent rédigés durant cette période).
  • [51]
    L’Action universitaire, 40, mai 1974.
  • [52]
    Service historique de la Défense (SHD), GR 1 R 1541, Tract de « l’appel des 100 », avril 1974.
  • [53]
    Le Monde, 10 et 13 juillet 1974.
  • [54]
    Le Monde, 12 septembre 1974.
  • [55]
    Le Monde, 24 décembre 1974.
  • [56]
    L’Action universitaire, 48, avril 1975.
  • [57]
    Pierre Conesa, La Fabrication de l’ennemi, ou Comment tuer avec sa conscience pour soi, Paris, Robert Laffont, 2011, p. 18.
  • [58]
    Ibid., p. 72.
  • [59]
    Il n’existe aucun document permettant d’établir un profil sociologique précis des membres de l’UNI. L’association ne possède pas de fichiers de ce type et les archives publiques se montrent tout aussi avares à ce sujet. Les seules listes trouvées sont celles des candidats qui se présentaient sous l’étiquette de l’UNI aux élections universitaires, ce qui ne peut qu’entraîner un biais de sources conséquent puisqu’elles sont en grande majorité composées d’enseignants-chercheurs masculins. Quant au nombre d’adhérents, il nous est connu par un rapport des Renseignements généraux établi dans le cadre de l’enquête judiciaire sur le SAC (ANF, 19890037/10, Rapport sur « le Service d’action civique » en 1981, p. 19).
  • [60]
    L’Action universitaire, supplément au no 77, mars-avril 1978.
  • [61]
    Laurent Jalabert, « L’anticommunisme de la droite gouvernementale dans la vie politique française de 1968 à 1984 », Les Cahiers de Framespa (en ligne), 36, 2021, mis en ligne le 30 mars 2021, consulté le 22 février 2022, http://journals.openedition.org/framespa/10746
  • [62]
    ANF, 20160213/3, Communiqué de l’UNI le 16 novembre 1973.
  • [63]
    ANF, 20160213/4, UNI Information, « Quand Libération passe aux aveux », janvier 1974.
  • [64]
    L’Action universitaire, 15, mars 1972, p. 4.
  • [65]
    ANF, 20160213/3, Communiqué de l’UNI le 22 novembre 1973.
  • [66]
    J.-J. Becker et S. Berstein, « L’anticommunisme en France », art. cité.
  • [67]
    Pascal Girard, « La perception de la menace communiste, en France et en Italie au début de la Guerre froide », in Philippe Buton, Olivier Büttner et Michel Hastings (dir.), La Guerre froide vue d’en bas, Paris, CNRS Éditions, 2014, p. 46-48.
  • [68]
    C. Delporte, « Paix et Liberté… », art. cité ; Bernard Ludwig, « La paix et l’Europe dans la propagande anticommuniste du réseau Paix et Liberté », Matériaux pour l’histoire de notre temps, 108 (4), 2012, p. 39-45.
  • [69]
    Pierre Rigoulot, Georges Albertini. Socialiste, collaborateur, gaulliste, Paris, Perrin, 2012.
  • [70]
    Jean Lévy, Le Dossier Georges Albertini : une intelligence avec l’ennemi, Paris, L’Harmattan, 1992, p. 200-203.
  • [71]
    Bryan Muller, « Les CDR : un relais militant original… », thèse citée, p. 283-304.
  • [72]
    Christian Delporte, Denis Maréchal, Caroline Moine et Isabelle Veyrat-Masson (dir.), Images et sons de Mai 68 (1968-2008), Paris, Nouveau Monde éditions, 2011.
  • [73]
    Serge Berstein, « Consensus politique et violences civiles dans la France du 20e siècle », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 69 (1), 2001, p. 58.
  • [74]
    Sophie Cœuré, « Communisme et anticommunisme », in Jean-Jacques Becker et Gilles Candar (dir.), Histoire des gauches en France, vol. 2, Paris, La Découverte, 2005, p. 500-502.
  • [75]
    Une partie des événements nationaux qui suivent s’appuie sur l’article de Patrick Fridenson, « La politique universitaire depuis 1968 », Le Mouvement social, 233 (4), 2010, p. 47-67.
  • [76]
    Le Monde, 13 décembre 1980.
  • [77]
    L’Action universitaire, numéro spécial « Journée des nations asservies par le communisme, 2e trimestre 1976, p. 2.
  • [78]
    L’Action universitaire, 83, janvier-février 1983.
  • [79]
    L’Année politique, économique, sociale et diplomatique en France 1978, Éditions du Grand Siècle, 1979, p. 5-12 ; L’Année politique, économique, sociale et diplomatique en 1979, Le Moniteur, 1980, p. xiv ; L’Année politique, économique, sociale et diplomatique en 1980, Le Moniteur, 1981, p. 9-18 ; L’Année politique, économique, sociale et diplomatique en 1981, Le Moniteur, 1982, p. 9-17.
  • [80]
    Sabine Jansen, « La politique étrangère et l’élection présidentielle de 1981 », Revue historique, 662 (2), 2012, p. 449.
  • [81]
    ANF, 20150100/88, Renseignements généraux Rhône-Alpes et Zone Sud-Est au préfet, directeur central des Renseignements généraux no APP/3009/35/MCA le 6 septembre 1977.
  • [82]
    Serge Berstein, « De la démocratie plébiscitaire au gaullisme : naissance d’une nouvelle culture politique républicaine ? », in Serge Berstein (dir.), Les Cultures politiques en France, Paris, Seuil, 2003 [1999], p. 181-187.
  • [83]
    Cet effondrement des effectifs est bien documenté pour le SAC par François Audigier et pour les CDR par Bryan Muller. La thèse de Didier Favre souligne la lente érosion de la CFT, notamment à partir de la fin des années 1970 et son changement de nom. Il n’existe pas d’étude sur le cas de l’UNI, mais elle semble suivre (au moins légèrement) le délitement des trois autres groupements.
  • [84]
    Témoignage de Jean-Luc André le 19 novembre 2018.
  • [85]
    Témoignage d’Alain Denizet le 13 décembre 2021.
  • [86]
    L’Action universitaire, 113, avril 1983.
  • [87]
    Témoignage de Jean-Luc André le 19 novembre 2018. Jean-Christophe Cambadélis n’a pas répondu à nos sollicitations.
  • [88]
    Jean-Yves Mérindol, « Comment l’évaluation est arrivée dans les universités françaises », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 55 (4 bis), 2008, p. 15.
Français

Fondée en réaction aux événements de 1968, l’Union nationale inter-universitaire (UNI) a pour objectif de combattre la « subversion marxiste » qui serait à l’œuvre dans le pays. Pour ce faire, elle déploie une politique antisubversive anxiogène à l’endroit de la population. L’association universitaire est très préoccupée par le sort des jeunes, jugés plus influençables. Elle défend des valeurs conservatrices et estime que la jeunesse est corrompue par un marxisme décadent. Pour protéger l’avenir de la nation, l’UNI diabolise les mouvements communistes et gauchistes. Elle contribue à la fabrique gaulliste d’un ennemi de l’intérieur, sans se rendre compte de son décalage avec la société dans laquelle elle s’inscrit.

  • France
  • gaullisme
  • années 1968
  • UNI
  • anti-subversion

Mots-clés éditeurs : années 1968, anti-subversion, France, gaullisme, UNI


English

“Fighting the Marxist invasion is a duty”

The UNI against ‘Marxist subversion’ from 1968 to 1981

Founded in reaction to the events of 1968, the Union nationale inter-universitaire (UNI, Inter-university Union) sought to combat the “Marxist subversion” that was allegedly undermining the country. To do so, it deployed an anti-subversion policy that increased the population’s anxiety. The university association was very concerned about the fate of young people, who were considered more susceptible to influence. It defended conservative values and believed that youth were corrupted by decadent Marxist ideals. To protect the future of the nation, the UNI demonized communist and leftist movements, contributing to the Gaullist fabrication of an enemy from within, without realizing how out of step it was with the society in which it was embedded.

  • France
  • Gaullism
  • 1968s
  • UNI
  • anti-subversion

Mots-clés éditeurs : 1968s, anti-subversion, France, Gaullism, UNI


Date de mise en ligne : 16/03/2023

https://doi.org/10.3917/vin.155.0135

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