Éros et handicaps. Du corps de l’angoisse aux allées du désir; Michel Briou, Paris, esf, 2017
- Par Jacques Ladsous
Pages 119c à 122c
Citer cet article
- LADSOUS, Jacques,
- Ladsous, Jacques.
- Ladsous, J.
https://doi.org/10.3917/vst.136.0119c
Citer cet article
- Ladsous, J.
- Ladsous, Jacques.
- LADSOUS, Jacques,
https://doi.org/10.3917/vst.136.0119c
1 J’ai eu l’occasion de travailler avec Michel Brioul. C’est un remarquable clinicien attentif et rigoureux. Je ne suis pas étonné qu’il ait choisi cette position clinique pour traiter avec courage un sujet souvent controversé – et par conséquent mal résolu – qui est celui de la sexualité des personnes handicapées.
2 Mais d’abord il faut s’entendre sur le sens de la sexualité. Dans toute sa première partie, il étudie ce qu’elle représente : faut-il la réduire à un besoin, proche de l’instinct animal, ou lui donner tout ce sens complexe qui en fait une pratique au service de l’amour ? Puisque la personne handicapée est une personne à part entière, il est évident que nous choisissons la deuxième option, et Michel Brioul insiste bien sur ce point en faisant d’extrêmes réserves sur ce que certains appellent de leurs vœux : l’institutionnalisation d’assistant(e)s sexuel(le)s professionnel(le)s qui ressembleraient bien à des « prostitués » – et qui ne respecteraient guère la dignité des personnes handicapées, ni leur propre dignité.
3 D’ailleurs, c’est bien là la force du travail de Michel Brioul, sa compétence de clinicien. Y a-t-il dans ce domaine une règle générale qui puisse s’appliquer ? La sexualité est le domaine de l’intime de chacun et les désirs que peuvent éprouver certains ne sont pas forcément les désirs d’autres. Interrogeons-nous sur ce qu’elle représente pour chacun de nous, et nous nous apercevrons que nos sentiments et nos pratiques ne sont pas forcément les mêmes.
4 Autrement dit, respecter la sexualité des personnes handicapées, c’est être attentifs à ce qu’elles souhaitent et demandent, et faire en sorte qu’elles puissent s’épanouir à leur niveau, et sans restriction première. Donc faciliter leur expression dans ce domaine, sans y mêler nos propres projections.
5 D’où les trois chapitres de ce livre : Comprendre la sexualité (et celle des personnes handicapées) ; Comprendre les personnes handicapées (et leur sexualité) ; La sexualité au risque de l’institution.
6 Tout n’est pas permis dans ce domaine et les lois qui s’appliquent à tous s’appliquent également aux personnes handicapées. Ne nous prenons ni pour des castrateurs ni pour des proxénètes.
7 Mais « Rares sont les institutions qui continuent de se pencher pendant les heures nécessaires sur le cas d’un résident pour d’abord mieux le comprendre avant d’agir » (p. 129).
8 Et pourtant : « Ne pas le faire, c’est prendre le risque de n’entendre que l’explicite, de ne se fier qu’à nos projections qui décident que ce qui est bien pour moi est bien pour l’autre : occulter le travail clinique conduit à une généralisation dramatique qui fait de la sexualité une panacée universelle qui doit s’imposer. La clinique permet de donner sens aux interrogations, aux pratiques, aux réponses, et finalement au travail d’accompagnement nécessaire face aux difficultés que peuvent vivre et éprouver les personnes que nous avons mission d’aider » (p. 130).
9 À travers les exemples qu’il nous donne, les cas qu’il nous présente, Michel Brioul nous aide à faire le point sur nous-mêmes. Notre attitude devant la sexualité est à l’image de notre attitude devant toutes les difficultés qui se situent sur le parcours des personnes handicapées – et plus encore à cause de cette dimension de l’intimité inhérente à notre vie sexuelle et à la notion de pudeur qui lui est attachée, et qui rend plus délicats encore nos conseils et nos réactions.
10 Vous tous qui vous posez des questions, nourrissez-vous de cette réflexion. Elle contribuera à apaiser vos inquiétudes si toutefois vous en avez.
11 Jacques Ladsous