L’alphabet du social, Jacques Ladsous, érès, 2012
- Par Alain Rondot
Pages 143b à 145b
Citer cet article
- RONDOT, Alain,
- Rondot, Alain.
- Rondot, A.
https://doi.org/10.3917/vst.121.0143b
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- Rondot, A.
- Rondot, Alain.
- RONDOT, Alain,
https://doi.org/10.3917/vst.121.0143b
1 Ce nouvel ouvrage de Jacques Ladsous est une forme de message et fait œuvre de pédagogie ; il se veut être accessible au plus grand nombre en utilisant un vocabulaire simple, à la portée de tous.
2 L’auteur nous entraîne sur le chemin du « faire connaître » auprès de la communauté et de son voisinage l’action sociale en général, et plus particulièrement l’action des travailleurs sociaux ; mais aussi et surtout la place des plus démunis dans une société qui souvent les ignore, voire les rejette de plus en plus, à la merci d’une administration (bureaucratie) tatillonne au service d’un libéralisme de plus en plus débridé. « Toute administration tatillonne s’inscrit à contresens de la qualité du service qui peut être rendu » (p. 42). C’est donc dans une volonté de partager, de faire savoir plus encore que d’informer, que l’auteur a écrit ce livre.
3 Dans une première partie, il « balaie » l’action sociale en tentant (et en y parvenant) de donner (ou redonner) sens aux mots dans une époque où ceux-ci sont particulièrement galvaudés, chahutés, désincarnés, voire modélisés. Pourtant, c’est bien au travers (au moyen) de leur explication, du sens qui leur est donné, que nous parviendrons à faire connaître et comprendre l’action sociale. Comme un inventaire à la Prévert, il décline une suite de mots-clés qui illustrent la question de l’action sociale.
4 De A comme aimer, « Notre travail commence toujours par la création d’une relation – celle-ci ne peut exister sans que celui qui est concerné sente qu’il ne nous est pas indifférent » (p. 24), à V comme vivre, « On ne vit bien en société que lorsqu’on est capable de vivre ensemble » (p. 68), la boucle de l’action sociale semble bouclée !
5 Dans cet entre-deux, et pour mieux illustrer son propos, l’auteur nous propose quelques déclinaisons alphabétiques :
- D comme droit : « Rendre quelqu’un conscient de ses droits, c’est lui donner une existence sociale » (p. 30) ;
- H comme humanité : « Il y a tant de ressources en l’homme que nous n’avons pas le droit de nous désespérer de lui » (p. 36) ;
- J comme jeunes : « Tant que nous parlerons des jeunes en termes excluants et que nous ne les inclurons pas dans le grand NOUS, ils resteront à part, incompris et menaçants » (p. 44) ;
- L comme liberté : « La liberté permet de faire ce que l’on veut dans le cadre du lien qui existe entre les membres du groupe social d’appartenance » (p. 47) ;
- P comme parole : « Raconter, c’est exorciser nos inquiétudes » (p. 57) ;
- S comme survivre : « Faire survivre pour que chacun arrive à vivre enfin » (p. 62).
6 La seconde partie est consacrée à des récits de « quelques tranches de vie », non pas des études de cas, mais bien des témoignages illustrant des situations vécues de personnes (enfants ou adultes) en grandes difficultés. Ces illustrations permettent aux personnes lambda de mesurer le degré de solitude et de mal-vivre de certains de nos concitoyens.
7 Une troisième partie nous apporte quelques éclairages complémentaires sur l’action sociale ; celle-ci est un acte citoyen qui concerne chacun d’entre nous ; elle est « éducative » et partagée par tous dans ce que chaque individu a le devoir de transmettre et de partager ; elle est « soignante » dans une démarche de « prendre soin », dans l’attention portée à l’autre et de veiller à son bien-être ; l’action éducative est « créative », inventive et diversifiée – elle tient compte de chacun et de son environnement (familial, culturel et cultuel). « … À nous de trouver les stratégies qui vont permettre à chacun de se situer, d’intégrer les éléments qui autorisent la vie commune, sans exploitation de l’un par l’autre, sans prôner la supériorité d’une culture par rapport à une autre, sans donner la prépondérance à un mode de vie… » (p. 118). L’action sociale n’est pas unique (normative), mais multiple dans les réponses qu’elle doit apporter.
8 Enfin, l’action sociale est « politique » ; elle s’inscrit dans les actions de développement de la cité dans le respect de chacun et des fondamentaux de notre démocratie. « Ne vous étonnez pas si devant certaines décisions, certaines propositions de loi, nous réagissons le plus vigoureusement tant nous sommes attentifs à ce respect des autres dont nous sommes les garants » (p. 122).
9 Cet ouvrage est à considérer comme un appel à nos concitoyens, comme une invitation pressante à s’inscrire dans une démarche citoyenne : l’action sociale, la question de l’exclusion, du handicap et du laissé-pour-compte ne sont pas seulement de la responsabilité des travailleurs sociaux ; elles sont de l’intérêt général d’une société qui, si elle veut survivre, se doit de prendre en compte tous ses éléments, et de les considérer comme de véritables acteurs de son évolution.
10 ALAIN RONDOT