Article de revue

Vivre chez soi malgré tout

Pages 32 à 35

Citer cet article


  • Vienney, A.
(2009). Vivre chez soi malgré tout. VST - Vie sociale et traitements, 103(3), 32-35. https://doi.org/10.3917/vst.103.0032.

  • Vienney, Ariane.
« Vivre chez soi malgré tout ». VST - Vie sociale et traitements, 2009/3 n° 103, 2009. p.32-35. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-vie-sociale-et-traitements-2009-3-page-32?lang=fr.

  • VIENNEY, Ariane,
2009. Vivre chez soi malgré tout. VST - Vie sociale et traitements, 2009/3 n° 103, p.32-35. DOI : 10.3917/vst.103.0032. URL : https://shs.cairn.info/revue-vie-sociale-et-traitements-2009-3-page-32?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/vst.103.0032


1Le service « Habitat » de l’afaser travaille depuis 1976 sur l’aménagement et le développement de services à partir de petites communautés d’adultes handicapés mentaux et/ou psychiques insérées dans une cité hlm.

2Les premières communautés de vie réunissaient 7 à 8 résidants avec la présence permanente d’un éducateur ; ce modèle existe toujours. Il s’agit de petites habitations ordinaires, insérées dans la cité. Leur implantation géographique est déterminante car elle doit faciliter l’accès autonome de tous à tous les espaces de la ville, à pied : proximité des commerces et de tous les lieux publics, poste, médecins, cinémas…

3Une organisation de la vie permet à tous d’y être acteur à part entière. Courses, repas, ménage, suivi médical, loisirs… tout se décide et se fait avec l’éducateur, il n’y a pas de personnel de service. Et tout ce qui concerne la vie quotidienne ordinaire peut faire l’objet d’apprentissage et de formation afin que ceux qui le peuvent et qui le souhaitent progressent vers plus d’autonomie. Des réunions hebdomadaires de résidants régulent la vie communautaire, et une large place est donnée à l’expression des désirs et projets qui pourront se réaliser. Des projets entièrement individualisés s’élaborent avec chaque résidant et sont mis en œuvre, régulièrement évalués par tous, résidants et équipe.

4Ainsi est mise en place une dynamique institutionnelle évolutive. Au niveau collectif, c’est la vie communautaire. Au niveau individuel, c’est la diversité des parcours et des problématiques, donc des projets, des soutiens et des aides : suivi médical par les services de la ville, partenariat avec les services de santé mentale, les services culturels et sportifs de la ville, avec d’autres services spécialisés…

5Les principales caractéristiques de ces communautés sont :

  • une prise en charge par l’Aide sociale pour le financement et le fonctionnement de l’ensemble de la structure. Le résidant reverse une participation forfaitaire journalière fixée par la loi en fonction de ses ressources. Il dispose alors de son « argent de poche » et le gère avec l’aide de l’éducateur ;
  • une organisation simple et souple de la vie quotidienne pour une compréhension à la mesure de chacun ;
  • une permanence éducative 24h/24.

Évolution, adaptation, invention

6D’autres formules d’hébergement ont été progressivement mises en place en fonction des projets, des souhaits et des possibilités des personnes qui vivent dans les foyers communautaires.

7Les appartements autofinancés sont des logements pour deux ou trois personnes, ou pour une personne seule en studio, loués par l’association à proximité géographique des foyers, puis dans un second temps situés plus loin dans la ville. Chaque résidant paye l’ensemble de ses charges locatives et gère un budget ; l’argent prend alors véritablement tout son sens social. L’équipe éducative intervient 6 jours sur 7, mais il n’y a plus de présence permanente. Les soutiens psycho-éducatifs et sociaux peuvent être importants, et associés à de nombreux apprentissages.

8Un palier supplémentaire est possible pour les plus autonomes qui le souhaitent : accéder par location ou achat à un logement complètement autonome, à leur nom, ce qui entraîne un changement dans le contrat qui nous lie avec la personne. C’est alors elle-même qui, véritablement, définit les aides et soutiens qui lui sont nécessaires, ce qui sous-entend en amont qu’une formation et un parcours personnel aient permis d’apprendre à reconnaître, à identifier ses propres besoins, qu’ils soient d’ordre matériel ou non. Cela suppose de la part des professionnels un grand respect des choix de la personne, ce qui ne va pas parfois sans poser des problèmes éthiques, surtout lorsque l’on sait que plus la personne est insérée en milieu ordinaire, et plus elle rejoint les conditions précaires de travail et de salaire de nombreux individus, en devant souvent renoncer à certaines aides financières, ce qui fragilise d’autant sa situation.

9Enfin, pour d’autres résidants, une situation intermédiaire a été trouvée entre un logement entièrement autonome inaccessible pour eux, une vie en foyer communautaire où les soutiens permanents ne sont plus nécessaires, et la vie communautaire trop pesante avec le temps. Ils sont actuellement quatre à habiter ensemble dans un logement à proximité des foyers existants avec une aide et des soutiens à la vie quotidienne, sans pour autant qu’un éducateur dorme sur place, en étant sous la même protection administrative que ceux des foyers.

10Ainsi, toutes les étapes pour aller d’un soutien permanent à l’absence de soutien sont progressivement mises en place. Mais, bien évidemment, cette évolution vers plus d’autonomie n’est pas la réalité de tous et, parallèlement, le vieillissement, l’évolution de certaines pathologies et l’augmentation des dépendances nous ont amenés à nous interroger. Les structures d’habitat évoluent donc également au fur et à mesure des transformations que vivent leurs usagers. Aucune limite d’âge n’est fixée pour vivre dans l’une de celles-ci, mais c’est à partir de l’observation et du constat de l’accroissement des niveaux de dépendance que la question est abordée : une plus grande fatigabilité de certains, une aggravation de l’état de santé pour d’autres, liée à l’âge, ou à la pathologie. Ces nouveaux besoins doivent être identifiés et évalués. L’usager lui-même peut bien sûr exprimer ses difficultés, mais bien souvent, elles ne sont pas identifiées comme telles. Il est nécessaire de traduire des comportements, d’analyser des difficultés qui sont la conséquence d’une inadéquation entre ce que peut vivre la personne et ce qu’on lui propose, voire ce qu’on lui impose.

11Comment pallier l’inadéquation des rythmes individuels et les difficultés grandissantes rendant le quotidien de plus en plus difficile à vivre pour tous, alors qu’en particulier la question du vieillissement est massive et fait partie des priorités des projets des pouvoirs publics, notamment dans les préconisations et orientations des politiques départementales ?

12Avant, et afin de construire des réponses institutionnelles avec des moyens adaptés, nous sommes passés par une phase de travaux de recherche, de colloques, de réunions de concertation diverses pour étayer et argumenter la mise en œuvre de réponses adéquates. Cette phase de réflexion a permis d’avancer de façon à la fois adaptée et rationnelle dans les évolutions à mettre en place.

13Nous avons créé en 1992 des demi-postes d’aide-ménagère dans les foyers. Ainsi la reconnaissance des difficultés et du ralentissement de certains n’a pas été un poids supplémentaire pour les résidants plus efficients, mais a été compensée par ces aides. Les effets bénéfiques ont été immédiats.

14Au service de suite en appartements, la question de l’argent et des ressources se pose de façon plus aiguë puisque les résidants subviennent entièrement à leurs besoins. Quand la question de la dépendance arrive, il s’agit de renforcer, d’adapter et modifier les soutiens et les accompagnements dans une logique complètement individualisée de maintien à domicile, cela avec autant de réponses particulières que de situations singulières au sein des appartements : adaptations diverses des soutiens par l’équipe, développement de nouveaux partenariats dans la ville, des possibilités de retour au sein des foyers communautaires, projets de réorientation…

15L’amorce d’un accueil de jour en 1994, avec la création d’un demi-poste d’aide médico-psychologique, permettait un accueil tous les après-midi dans l’un des foyers pour les personnes qui atteignaient l’âge de 60 ans et pour celles pour qui les exigences d’un travail à temps plein en esat devenaient trop difficiles. Cinq résidants bénéficient alors de ce service et rentraient chaque jour de l’esat après déjeuner.

16Il faudra attendre encore quatre ans pour créer en 1996 un véritable service d’accueil de jour implanté dans le même quartier, ce qui est très important pour préserver le lien, l’insertion et l’autonomie des usagers. C’est un petit service atypique qui répond à un double besoin d’accueil identifié sur le département : le problème des jeunes adultes sortant de structures pour enfants et n’ayant pas accès au travail ; le problème des personnes handicapées mentales âgées du foyer et des appartements qui ne sont plus en mesure d’aller en esat. L’évaluation du fonctionnement de ce nouveau service montre que c’est pour les usagers âgés une réponse entièrement adéquate, leur permettant de continuer à vivre chez eux tout en gardant un espace d’activité, de rencontre, de création et de lien social complètement individualisé, et de préparer ainsi l’avenir, voire d’envisager plus tard une réorientation rendue nécessaire mais pensée et préparée suffisamment pour éviter des ruptures brutales. Et pour les jeunes, c’est un véritable espace de formation à la vie sociale, à l’acquisition d’une plus grande maturité ; c’est l’occasion de prendre le temps après tout le parcours de l’enfance et de l’adolescence pour se poser et se projeter dans une vie d’adulte qui ne fait que commencer.

17Depuis février 2003, l’effectif de ce service a été doublé, permettant ainsi de diversifier encore plus les projets et les accompagnements, et de répondre aux besoins grandissants, tant pour les jeunes que pour les plus de 45 ans.

18En complément de la création du service d’accueil de jour, le regroupement dans l’un des foyers des personnes ne travaillant plus ou seulement à temps partiel et l’ouverture permanente depuis le 1er janvier 2000 – assurée par un poste d’amp, puis depuis 2006, compte tenu de l’augmentation importante des personnes accueillies en journée, avec une nouvelle augmentation des moyens – permettent à la structure de s’adapter véritablement aux rythmes et aux besoins de chacun. Jusqu’à fin 1998, les foyers fermaient à 8 h le matin, puisque initialement toutes les personnes travaillaient en esat. Or, malgré de nettes améliorations dues au service d’accueil de jour, des difficultés persistaient en raison du rythme imposé par la fermeture durant la journée.

19Les résidants plus âgés, ne travaillant plus ou seulement à temps partiel, peuvent prendre le temps de se préparer tranquillement le matin et profitent de l’ouverture permanente de l’un des foyers, avec de réelles possibilités de soins et d’accompagnement. Chacun peut ainsi moduler en fonction de ses possibilités ses activités hors du foyer. Les effets bénéfiques ont été immédiats. Sans cette permanence d’ouverture de notre service Habitat, la vie serait devenue impossible pour beaucoup de résidants. Actuellement, ils sont nombreux à profiter de façon permanente de ce service à partir duquel ils peuvent aménager leurs activités quotidiennes internes ou externes : travail à temps partiel, participation ponctuelle au service d’accueil de jour, activités avec d’autres services de la ville (personnes âgées, secteur de santé mentale, culturel, artistique…). Cette ouverture permanente a permis également d’élargir les possibilités d’accueil à des adultes qui ne travaillent pas en esat, pour la plupart adressés par le secteur psychiatrique ou sans prise en charge spécifique.

20D’autres perspectives jusque-là à l’étude se sont développées ces dernières années, favorisées par l’ouverture continue de l’un des foyers et l’agrandissement de deux des foyers permettant de bénéficier de chambres individuelles. Un service d’accueil temporaire, d’évaluation et de formation à la vie sociale en situation d’hébergement est intégré aux foyers communautaires. Il s’appuie sur l’ensemble de la structure avec des moyens supplémentaires éducatifs et psychologiques. Ce service permet de faire des expériences de vie hors du milieu habituel en se sentant en sécurité et sans engagement pour du long terme, de se préparer en douceur à une autre forme de vie, de construire progressivement un projet de vie autonome avec les soutiens et les paliers nécessaires, ou encore d’évaluer l’à propos d’un projet d’habitat en foyer ou en appartement et de préparer d’éventuelles étapes futures.

21Après toutes ces évolutions, nous proposons maintenant :

  • trois foyers communautaires et un foyer intermédiaire d’une capacité totale de 25 places ;
  • un service d’accueil temporaire de deux places intégré aux foyers ;
  • un service de suite en appartements et d’accompagnement à la vie sociale de 20 places ;
  • un service d’accueil de jour de 18 places.
Nous pouvons ainsi diversifier au maximum l’accueil et l’accompagnement des personnes handicapées mentales et psychiques, tout en s’adaptant à leur évolution et besoins, tant vers plus d’autonomie que vers la prise en compte de l’augmentation de leur dépendance.


Date de mise en ligne : 05/11/2009

https://doi.org/10.3917/vst.103.0032