1962
Pages 15 à 16
Citer cet article
https://doi.org/10.3917/ver.046.0015
Citer cet article
https://doi.org/10.3917/ver.046.0015
1En 1962, le nom de Chris Marker est surtout associé aux courts métrages de voyage dont il vient de publier les images et les textes aux Éditions du Seuil sous le titre Commentaires. Rien ne semble alors annoncer le tournant que s’apprête à prendre le cinéaste. Cette année-là, de retour au pays natal, qui avait été le pays fatal des porteurs de valises, le voyageur pose les siennes à Paris et y réalise Le Joli Mai, un long métrage documentaire qui, tourné peu après les accords d’Évian mettant fin à huit ans de guerre en Algérie, offre au cinéaste l’occasion d’utiliser les nouveaux outils du cinéma direct. Dans sa note d’intention, Marker dit vouloir offrir « un vivier aux pêcheurs de passé de l’avenir. À eux de trier ce qui marquera véritablement et ce qui n’aura été que l’écume [1]. » Enquête sur « le premier printemps de la paix », le film, coréalisé avec Pierre Lhomme, donne la parole aux Parisiens, et enregistre, dans le vif d’un présent saisi par une caméra prodigieusement réceptive, les élans et les inerties, les clivages et désirs d’émancipation qui façonnent la société française à l’aube des années 1960.
2Parallèlement, Marker fabrique en quelques jours avec un appareil Pentax et une caméra 35 mm « empruntée pour une heure [2] » ce qui allait devenir son film le plus célèbre. La Jetée, photo-roman de science-fiction, explore les temps multiples d’une histoire d’amour et les souterrains d’un Paris détruit par la guerre atomique, vouant son personnage à la recherche éperdue d’une image d’enfance, qui se révélera être aussi celle de sa propre mort.
3Ces deux films, réalisés en une année 1962 et dont Paris aura été le décor, semblent avoir ouvert – entre récit d’anticipation et approche du présent historique, errance hallucinée à l’intérieur du temps et enquête politique, images fixes et cinéma de rue – la voie des œuvres à venir.