Article de revue

Bresson à l'heure du dépôt de bilan

Pages 53 à 55

Citer cet article


  • Aubron, H.
(2012). Bresson à l'heure du dépôt de bilan. Vertigo, 44(3), 53-55. https://doi.org/10.3917/ver.044.0053.

  • Aubron, Hervé.
« Bresson à l'heure du dépôt de bilan ». Vertigo, 2012/3 n° 44, 2012. p.53-55. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-vertigo-2012-3-page-53?lang=fr.

  • AUBRON, Hervé,
2012. Bresson à l'heure du dépôt de bilan. Vertigo, 2012/3 n° 44, p.53-55. DOI : 10.3917/ver.044.0053. URL : https://shs.cairn.info/revue-vertigo-2012-3-page-53?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ver.044.0053


L’Argent s’ouvre en se fermant. Du moins, il s’ouvre sur une fermeture : celle, en vue rapprochée, d’un distributeur de billets, dont le panneau métallique coulisse pour le sceller comme un caveau. Vertigineux frontispice, qui raccorde la situation d’un pays et celle d’un artiste. Le film sort en 1983, alors que vient de s’opérer en France le tournant de la rigueur, marquant la fin du premier luxe mitterrandien (celui d’ignorer l’économie). Robert Bresson sait-il que ce sera son ultime film ? Il le clôturera quoi qu’il en soit par une tuerie désespérante, et il sait certainement que les choses se gâtent, pour son pays comme pour son art – lui-même perçu, désormais, comme un luxe inconsidéré. Il faut voir, sur You Tube, le compte-rendu d’Antenne 2 sur la présentation à Cannes de L’Argent : d’abord des rombières bronzées clamant avec de grands sourires leur mépris de spectatrices, puis Bresson traqué et apeuré, fuyant les caméras de télévision lors de la fête du film. Le message n’est même pas subliminal : voyez ce vieux marquis déphasé qui a le privilège de moquer l’argent, mais vient voir en catimini sa cour d’admirateurs, en plein cocktail dans une villa cannoise ; voyez ce puriste maniéré qui a les moyens de mépriser l’argent, de prôner une sobriété d’un autre temps, d’imposer la « rigueur » en quelque sorte. Ignorant les vicissitudes financières des spectateurs confrontés à la « crise », il ne sait plus leur parler ou les « émouvoir », comme disent les gentilles hyènes embaguousées au début du reportage…


Date de mise en ligne : 01/04/2014

https://doi.org/10.3917/ver.044.0053

Cet article est en accès conditionnel

Acheter cet article

2,50 €

3 pages format électronique (HTML et PDF)
Membre d'une institution cliente ?