Article de revue

Éditorial

Pages 2 à 3

Citer cet article


  • Ermakoff, C.
(2010). Éditorial. Vertigo, 37(1), 2-3. https://doi.org/10.3917/ver.037.0002.

  • Ermakoff, Catherine.
« Éditorial ». Vertigo, 2010/1 n° 37, 2010. p.2-3. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-vertigo-2010-1-page-2?lang=fr.

  • ERMAKOFF, Catherine,
2010. Éditorial. Vertigo, 2010/1 n° 37, p.2-3. DOI : 10.3917/ver.037.0002. URL : https://shs.cairn.info/revue-vertigo-2010-1-page-2?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ver.037.0002


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1C’est aux films mêmes, ceux d’Ameur-Zaïmeche, de Pedro Costa, de Tariq Teguia, de Miguel Gomes et de Thomas Heise, que revient l’idée d’un numéro abordant la question du peuple.

2Que donne en effet à percevoir l’intensité des gestes et des actes de parole des habitants du quartier de Fontainhas, des ouvriers de Dernier Maquis, des Algériens voués à l’impuissance dont Tariq Teguia suit les trajectoires accidentées et des ex-Allemands de l’Est filmés par Thomas Heise au lendemain de la chute du Mur – sinon la présence d’un peuple ? Présence forcément problématique, placée sous le signe de la dissémination et du désœuvrement, tant elle n’apparaît qu’au moment même où elle échappe aux identifications visant à en fixer la réalité. Aussi différents soient-ils, les films dont il est question ici partagent la croyance selon laquelle le peuple n’existe pas en soi, telle une réalité donnée et localisable, mais reste toujours à chercher. S’il s’agit pour les uns et les autres d’accorder un espace et une visibilité à ceux qui sont sans pouvoir, ainsi qu’en témoigne l’attention qu’ils portent aux minorités et populations dont ils sont issus ou qui les entourent (beurs des cités ou villageois algériens, communauté portugaise issue de l’immigration capverdienne, multitude invisible et émigrés clandestins de l’Algérie contemporaine…), leurs films ne cessent de révéler combien l’expérience de l’injustice ne saurait à elle seule déterminer l’apparition d’un peuple. Ce n’est pas sous les traits d’une figure définie et repérable, ni sous l’enseigne d’une condition sociale que le peuple s’incarne dans Rome plutôt que vous, En avant, jeunesse, Dernier Maquis, Ce cher mois d’août ou Material, mais sur le mode, autrement plus insaisissable et imprévisible, d’une puissance : celle en vertu de laquelle quelques êtres parviennent spontanément ou cherchent obstinément à s’affranchir du partage inégal auquel les savoirs dominants et les pouvoirs institués entendent les assigner.

3D’où le battement qui articule ce numéro : « Le peuple est là » / « un peuple manque ». C’est à envisager le peuple comme ce qui manque toujours à l’appel, « à toute appellation et représentation politique » (pour reprendre les mots de Pierre-Damien Huygue), que les films évoqués au fil de ces pages parviennent à en dévoiler la présence ; et dès lors, invitent à penser à la façon dont le mot « peuple » peut, au-delà ou en deçà des connotations historico-politiques et des signifiants dans lesquels il est pris, retrouver un sens.

4On ne pouvait trouver meilleure occasion de consacrer un ensemble au cinéma de Serge Bozon – à ses films et au théâtre cinéphilique, intime et singulier, qu’il s’est fabriqué. Pas de meilleure occasion tant, parmi les multiples raisons qui nous font aimer ses films, le souci dont ils témoignent à l’égard de la communauté, l’intérêt qu’ils portent aux formes possibles d’un être-ensemble et à ce qu’il offre comme possibilités de résistance, ne sont pas les moindres.


Date de mise en ligne : 04/04/2014

https://doi.org/10.3917/ver.037.0002