Article de revue

Prénom Blake

Last Days, Gus Van Sant, 2005

Pages 28 à 32

Citer cet article


  • Straumann, P.
(2009). Prénom Blake Last Days, Gus Van Sant, 2005. Vertigo, 35(1), 28-32. https://doi.org/10.3917/ver.035.0028.

  • Straumann, Patrick.
« Prénom Blake : Last Days, Gus Van Sant, 2005 ». Vertigo, 2009/1 n° 35, 2009. p.28-32. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-vertigo-2009-1-page-28?lang=fr.

  • STRAUMANN, Patrick,
2009. Prénom Blake Last Days, Gus Van Sant, 2005. Vertigo, 2009/1 n° 35, p.28-32. DOI : 10.3917/ver.035.0028. URL : https://shs.cairn.info/revue-vertigo-2009-1-page-28?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ver.035.0028


Notes

  • [1]
    Voir aussi à ce sujet le texte de Cyril Béghin « William Lee Blake Burroughs », Vertigo n° 28.
  • [2]
    « Il vaut mieux brûler franchement que s’éteindre à petit feu. »
  • [3]
    « Si les portes de la perception s’ouvraient, tout apparaîtrait tel qu’il est : infini. » William Blake, Le Mariage du Ciel et de l’Enfer, trad. Alain Suied, éd. Arfuyen, Orbey, 2004, p. 77.

Blake, « soul in transition », selon les propres mots de Gus Van Sant, fluide silhouette qui hante le dernier volet de la « Trilogie de la mort », et à laquelle Michael Pitt prête une présence magnifiquement erratique, semble égaré dans une région située au-delà de toute perdition et salut. Réminiscence nostalgique d’une icône « rock’n’roll », il est inexorablement voué à la fin que promet le titre du film, mais la résistance à la mort dont témoignent ses mouvements de recul porte toutes les marques positives d’une désertion.
Ainsi l’ouverture du film : Blake franchit les sous-bois, se déshabille, traverse une rivière à la nage, passe la nuit près d’un feu de camp. La forêt apparaît comme une cathédrale qui résonne des bruits environnants. Au crépitement du bois en flammes s’ajoutent de faibles échos de la civilisation – un chien qui aboie, un avion qui passe – ainsi que des murmures inarticulés, soliloque que Blake adresse à un auditoire invisible. Ces sons, à la limite du silence, musique tue au sens mallarméen, ouvrent d’autres perspectives : celles d’un passé et d’une unité perdus, lorsque la voix humaine faisait corps avec le monde dont elle émergeait. Ils soustraient Blake aux liens communautaires et l’expédient hors du présent, dans un temps lointain et immémorial, à l’intérieur duquel l’existence s’éprouve d’une façon radicalement subjective. Le double mouvement de retrait qu’incarnent ici l’errance et les marmonnements de Blake a valeur de programme. Si le séjour dans l’épaisseur de la nature signale la pointe extrême de sa désertion sociale, le délaissement du verbe qui l’accompagne annonce une désagrégation à venir…


Date de mise en ligne : 30/08/2014

https://doi.org/10.3917/ver.035.0028

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