Article de revue

Lumières de Zucca

Notes sur Roberte (1978)

Pages 79 à 83

Citer cet article


  • Majour, F.
(2008). Lumières de Zucca Notes sur Roberte (1978) Vertigo, 33(1), 79-83. https://doi.org/10.3917/ver.033.0079.

  • Majour, Frédéric.
« Lumières de Zucca : Notes sur Roberte (1978) ». Vertigo, 2008/1 n° 33, 2008. p.79-83. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-vertigo-2008-1-page-79?lang=fr.

  • MAJOUR, Frédéric,
2008. Lumières de Zucca Notes sur Roberte (1978) Vertigo, 2008/1 n° 33, p.79-83. DOI : 10.3917/ver.033.0079. URL : https://shs.cairn.info/revue-vertigo-2008-1-page-79?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ver.033.0079


Notes

  • [1]
    Pierre Zucca, « La double nature de l’image », in Roberte au cinéma, numéro spécial de la revue Obliques, 1978. Toutes les citations de Zucca, rapportées par la suite, sont extraites de ce texte.
  • [2]
    Deux éléments nous font penser que le personnage d’Antoine est peut-être le double de Pierre Zucca. D’abord, le fait que le rôle est tenu par Martin Loeb qui était déjà le double adolescent de Jean Eustache dans son film autobiographique Mes petites amoureuses (1974). Ensuite, parce que Zucca déplace légèrement l’époque du film, de 1954 (date de la première édition de Roberte) à 1958, ce que rien ne justifie vraiment, même s’il s’agit de la date de La Révocation de l’Édit de Nantes (seul texte crédité au générique), sinon de faire à peu près coïncider l’âge d’Antoine dans le roman avec le sien à cette époque (Pierre Zucca est né en 1943).
  • [3]
    Si Klossowski, qui était le frère du peintre Balthus, a toujours dessiné, parallèlement à son œuvre d’écrivain, il a fini, au début des années 1970, par délaisser presque complètement l’écriture pour se consacrer au seul dessin, passant ainsi, comme il le dit lui-même, de la « spéculation » au « spéculaire », et, concernant le dessin, de la mine de plomb au crayon de couleur, une manière de rendre ses tableaux vivants plus saisissants encore.
  • [4]
    La main joue toujours un rôle important chez Zucca. C’est par elle que circule l’argent, qu’il s’agisse de billets ou de chèques volés, support de toutes les transactions, et que le récit avance.
  • [5]
    Car c’est bien de geste qu’il s’agit ici et non pas d’acte à proprement parler. Dans le geste, le mouvement est donné à voir, il est suspendu dans le temps. Lacan, grand lecteur de Klossowski, voyait dans ce temps d’arrêt du mouvement l’effet de qu’il appelait le « fascinum », quand « s’exerce directement la puissance du regard ».
  • [6]
    La scène des barres parallèles est en quelque sorte la scène originaire qui fonde le film. Klossowski l’a reprise plusieurs fois dans ses dessins. Dans le film, la scène du rêve d’Antoine, située à l’intérieur de la maison, en est la version œdipienne et théâtralisée.
  • [7]
    En cherchant à replier ses doigts, Roberte manifeste moins une volonté de résistance qu’un terrible sentiment de honte, ce qu’elle finit d’ailleurs par verbaliser lorsque, au bord de la jouissance, elle dit à l’autre homme : « Éteignez donc ! », seule parole énoncée de toute la séquence.
  • [8]
    La partie historique (le passé de résistante de Roberte) qui encadre le film confère à celui-ci une structure concentrique, mieux elliptique, au sens képlérien du mot – le baroque, ce n’est pas que Gracián, c’est aussi Kepler –, c’est-à-dire sans véritable centre mais dont l’un des foyers serait justement représenté par la scène des barres parallèles.
  • [9]
    La preuve de la supercherie lui sera fournie par la « vision » d’un dernier tableau, véritablement vivant celui-là, vision si forte qu’il n’y survivra pas.

Roberte occupe une place à la fois centrale et à part dans la filmographie de Pierre Zucca. Centrale, parce que le film synthétise idéalement la part klossowskienne de son œuvre, part autant esthétique, où se mêle à l’élégance du trait l’ambiguïté du geste, qu’éthique, à travers entre autres la question, chère à Pierre Klossowski, du simulacre. À part, parce qu’en adaptant directement le texte de Klossowski, le cinéaste y relègue au second plan, sans l’effacer pour autant, la dimension ludique et légère qui fait le charme de ses autres films, de Vincent mit l’âne dans un pré... (1975) à Alouette, je te plumerai (1988), en passant par Rougegorge (1984), bien sûr, mais aussi les courts métrages et les fictions pour la télévision. Des films à la fois diffractés et réflexifs, dispersés et introspectifs, puisque touchant aussi bien à la question de l’image qu’à celle du père, entremêlant si étroitement réel et fiction, vérités et mensonges, que vouloir les séparer semble pour les personnages aussi utopique que périlleux. Est-ce pour cela que la fuite leur apparaît souvent comme la meilleure des réponses ? « Partez pendant que c’est encore possible », dit (à l’envers !) la mystérieuse Agathe dans Le Secret de Monsieur L (1985). Car la fuite chez Zucca ne se réduit pas à ses représentations métaphoriques (l’appel du large, l’envol des oiseaux, comme symboles d’évasion et contrepoints poétiques aux illusions optiques et autres leurres du récit), elle est aussi la manifestation d’une peur bien réelle qui est celle de Fabrice Luchini à la fin d…


Date de mise en ligne : 06/08/2014

https://doi.org/10.3917/ver.033.0079

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