L'antre de l'ogre
- Par Jean Breschand
Page 67
Citer cet article
- BRESCHAND, Jean,
- Breschand, Jean.
- Breschand, J.
https://doi.org/10.3917/ver.hs01.0067
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C’était avec des amis, le 31 décembre 1998. Nous avions eu connaissance de l’existence de cette maison quelques mois auparavant. Dans un documentaire de Claude Ventura, je crois. La virée tenait aussi bien de l’hommage au cinéaste que de l’escapade entre amis à l’occasion d’un jour de fête. Et la curiosité de découvrir quelque chose de son univers. Quoi exactement, je ne saurais le dire. Ce n’était pas du fétichisme, plutôt l’impression vague que l’on verrait mieux ses films en voyant ce qu’il voyait.
Orvilliers, petit village cossu des Yvelines. Nous sommes rentrés dans la propriété par l’arrière, en passant sous les barbelés qui longeaient un chemin de terre. De grands arbres, une volière rouillée que l’on retrouve dans les essais pour The Dreamers ; le parc avait, dans l’humidité froide, un air désolé. Des taillis de ronces, si touffus qu’ils enserraient une carcasse de voiture, formaient une barrière confuse à franchir pour approcher la façade dont les ouvertures étaient de toute façon murées. Autant dire qu’il n’y avait rien à voir. Si ce n’est que dans le fatras qui traînait à l’intérieur d’une grange attenante, nous avons découvert abandonné un conducteur pour les essais d’un autre film inachevé, Moby Dick. Cela a suffi à nous combler.
En repartant, nous avions faim et froid, nous sommes allés au café-épicerie du village. La patronne nous a improvisé un déjeuner qu’elle nous a servi dans une pièce qui lui servait aussi de salle à manger. Cette omelette fait partie des meilleurs repas que j’ai faits…
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