Article de revue

« Nous n'irons jamais nulle part »

« Les Autres », (Alejandro Amenábar, 2001)

Pages 19 à 21

Citer cet article


  • Uzal, M.
(2003). « Nous n'irons jamais nulle part » « Les Autres », (Alejandro Amenábar, 2001) Vertigo, HS novembre(2), 19-21. https://doi.org/10.3917/ver.hs01.0019.

  • Uzal, Marcos.
« “Nous n'irons jamais nulle part” : “Les Autres”, (Alejandro Amenábar, 2001) ». Vertigo, 2003/2 HS novembre, 2003. p.19-21. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-vertigo-2003-2-page-19?lang=fr.

  • UZAL, Marcos,
2003. « Nous n'irons jamais nulle part » « Les Autres », (Alejandro Amenábar, 2001) Vertigo, 2003/2 HS novembre, p.19-21. DOI : 10.3917/ver.hs01.0019. URL : https://shs.cairn.info/revue-vertigo-2003-2-page-19?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ver.hs01.0019


Notes

  • [1]
    Les Innocents (The Innocents, Jack Dayton, 1961), La Maison du diable (The Haunting, Robert Wise, 1963)
  • [2]
    Le « Nous n’irons jamais nulle part » prononcé par le petit garçon peut faire écho au « We Can’t Go Home Again» de Nicholas Ray dans lequel Serge Daney voyait une parabole sur le cinéma et les images « qui n’ont plus de maisons ».
  • [3]
    Dans l’une de ces photographies, on peut d’ailleurs apercevoir Amenábar, allongé sur un lit entre deux amis.
  • [4]
    Entretien avec Frank Garbarz, Positif n°491, janvier 2002. p. 20.
  • [5]
    L’homme peint sur ce tableau a d’ailleurs les traits d’Eduardo Noriega, acteur dans les deux précédents films d’Amenabar.

Les fantômes sont des défunts qu’une mort trop violente ou injuste empêche de quitter définitivement l’espace des vivants, toute maison hantée est donc le lieu d’un crime. Dans Les Autres, le crime ne nous est révélé qu’à la fin : Grace, telle Médée, a tué ses enfants puis s’est suicidée. Mais dans cette maison, comme dans l’hôtel de Shining (Stanley Kubrick, 1980), les crimes domestiques font écho à d’autres horreurs qui concernent l’humanité toute entière. Et ce n’est bien sûr pas innocemment qu’Amenábar a choisi de situer son film juste après la Seconde Guerre mondiale. Comme dans la conscience de nombreux enfants nés à cette époque, la guerre entre dans cette maison à travers le fantôme d’un père mort au combat. Ne pas être mort dans sa maison empêche cet homme de la hanter et, après être revenu embrasser une dernière fois sa famille, il repartira sur le front, car pour lui « la guerre n’est pas finie », ne finira jamais. Lorsque Grace promet à son fils (encore inconscient de sa mort) qu’il n’ira jamais à la guerre, celui-ci répond : « nous n’irons jamais nulle part ». Comme si l’isolement était la seule alternative à l’horreur, comme si la guerre était la seule image que cet enfant pouvait encore se faire d’un monde dont sa mère l’a détourné pour toujours. Et la nuit où avec sa sœur il osera s’aventurer hors de la maison, il découvrira que le jardin n’est effectivement qu’un cimetière gardé par des morts et recouvert de brouillard. C’est dans ce même brouillard que se perdra Grace en tentant de se rendre au village, elle y retrouvera le fantôme de son mari, mais ne parviendra jamais à franchir cette frontière blanche et aveuglante qui la sépare du monde des vivants…


Date de mise en ligne : 17/10/2014

https://doi.org/10.3917/ver.hs01.0019

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