Prologue
Pages 4 à 5
Citer cet article
https://doi.org/10.3917/vaca.029.0004
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« L’analyse de l’archive comporte une région privilégiée : à la fois proche de nous, mais différente de notre actualité, c’est la bordure du temps qui entoure notre présent, qui le surplombe et qui l’indique dans son altérité? ; c’est ce qui, hors de nous, nous délimite. La description de l’archive déploie ses possibilités à partir des discours qui viennent de cesser justement d’être les nôtres. »
2Ne pas en venir tout de suite à Foucault : examiner, pour commencer, le monde dont il s’est absenté, et ce moment de notre histoire que sa disparition laisse voir. Sa mort, d’abord, semble former un seuil : sur l’un de ses versants, elle survient peu après celle de Sartre, de Lacan, d’Althusser ou de Barthes ; sur l’autre, elle annonce les ravages imminents de l’épidémie de sida. Mais c’est aller trop vite, car sous ce partage simple (le passé, l’avenir), l’année 1984 voit s’opérer d’autres ruptures, se croiser d’autres inflexions : rebroussement d’une gauche cédant l’économie, et victoire stratégique d’une révolution conservatrice résolue à briser le front social. Images fugitives de corbeilles boursières où le futur serait niché. Ensablement d’une lutte pour les droits dont l’élan apparent deviendra peu à peu une mobilisation de théâtre, ou de salles de concerts. Résurgence d’une querelle scolaire qui permettra, pour de longues années, de préférer à la démocratisation de l’enseignement l’École de la République. De ce chevauchement, la mort de Foucault n’est ni le symbole, ni la clef. Mais par l’incision qu’elle opère, elle permet une vue en coupe : elle oblige à reconnaître, en 1984, notre plus actuel passé.
Mots-clés éditeurs : Dossiers, Foucault*Michel
Date de mise en ligne : 26/09/2014
https://doi.org/10.3917/vaca.029.0004