D'une figure de l'inauthentique vers une figure du possible
Aspects d'une histoire de la métaphore théâtrale, de Lyotard à Rancière
- Par Rieke Trimçev
Pages 9 à 29
Citer cet article
- TRIMÇEV, Rieke,
- Trimçev, Rieke.
- Trimçev, R.
https://doi.org/10.3917/tumu.042.0009
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https://doi.org/10.3917/tumu.042.0009
Notes
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[1]
William Shakespeare, As you like it, 1599, Cambridge, Cambridge University Press, 2000, II, 7.
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[2]
On trouve un aperçu général par exemple chez Hans U. Gumbrecht, « Krise der Repräsentation », in Joachim Ritter et Karlfried Gründer (dir.), Historisches Wörterbuch der Philosophie, Basel, Stuttgart, Schwabe, 1984, pp. 846-853, ainsi que chez Winfried Nöth, « Crisis of representation ? », Semiotica, 143, n°1/4, 2003, pp. 9-15.
-
[3]
« La métaphorologie cherche à découvrir les substructures de la pensée, le fond, le bouillon de culture des cristallisations systématiques […] » Hans Blumenberg, Paradigmen zu einer Metaphorologie, 1960, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1998, p. 13 (trad. R. T.).
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[4]
Pour les principes méthodologiques qui sous-tendent notre étude, je renvoie à mon article : Rieke Schäfer, « Historicizing Strong Metaphors : A Challenge for Conceptual History », Contributions to the History of Concepts, 7 (2), 2012.
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[5]
Rainer Hess, « Wandel der Schauspielmetaphorik », in Karl H. Körner et Klaus Rühl (dir.), Studia Iberica. Festschrift für Hans Flasche, Bern, München, Francke, 1973, pp. 247-265 ; J. M. Gonzalez Garcia et R. Konersmann, « Theatrum mundi », in Joachim Ritter et Karlfried Gründer (dir.), Historisches Wörterbuch der Philosophie, op. cit., pp. 1051-1054 ; Ralf Konersmann, « Die Metapher der Rolle und die Rolle der Metapher », Archiv für Begriffsgeschichte (30), 1986/87, pp. 84-137 ; Lynda G. Christian, Theatrum Mundi. The History of an Idea, New York, London, Garland Publishing, 1987 ; Helmar Schramm, « Theatralität und Öffentlichkeit. Vorstudien zur Begriffsgeschichte von “Theater” », Weimarer Beiträge, 36 (2), 1990, pp. 224-239 ; Christiane Leiteritz, Revolution als Schauspiel. Beiträge zur Geschichte einer Metapher innerhalb der europäisch-amerikanischen Literatur des 19. und 20. Jahrhunderts, Berlin, New York, Walter de Gruyter, 1994 ; Yaron Ezrah, « The Theatrics and Mechanics of Action : the Theater and the Machine as Political Metaphors », Social Research, 62 (2), 1995, pp. 299-322 ; Claus Langbehn, « Theater », in Ralf Konersmann (dir.), Wörterbuch der philosophischen Metaphern, Darmstadt, 2007, pp. 443-458 ; Paul A. Kottman, A Politics of the Scene, Stanford, Stanford University Press, 2008.
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[6]
Pour une histoire des métaphores de la vue et de la lumière comme métaphores épistémologiques, voir Gudrun Schleusener-Eichholz, « Sehen », in Ralf Konersmann (dir.), Wörterbuch der philosophischen Metaphern, op. cit., pp. 368-375, et Johann Kreuzer, « Licht », ibid, pp. 207-224.
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[7]
En particulier Helmar Schramm, « Theatralität », in Karlheinz Barck (dir.), Ästhetische Grundbegriffe. Historisches Wörterbuch in sieben Bänden, Stuttgart, Metzler, 2000-2005, (pp. 48-73) p. 50.
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[8]
R. Konersmann, Der Schleier des Timanthes. Perspektiven der historischen Semantik, Berlin, Parerga, 2006.
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[9]
Konersmann lui-même distingue explicitement les deux premiers de ces trois paradigmes. R. Konersmann, ibid. p. 119. Nous ajoutons le cas de la « résignation » comme troisième paradigme, qui est discuté dans l’étude de Konersmann, mais non explicitement désigné comme tel.
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[10]
Hans R. Jauss, « Soziologischer und ästhetischer Rollenbegriff », in Odo Marquard et Karlheinz Stierle (dir.), Identität, München, Wilhelm Fink Verlag, 1979, (pp. 599-607), p. 599 (trad. R. T.).
-
[11]
Ralf Konersmann, Der Schleier des Timanthes, op. cit., p. 113 (trad. R. T.).
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[12]
Richard Alewyn montre comment même l’architecture théâtrale du baroque reflète cette référence transcendante. Das große Welttheater. Die Epoche der höfischen Feste, München, Beck, 1985, pp. 68-69.
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[13]
Claus Langbehn, « Theater », in Ralf Konersmann (dir.), Wörterbuch der philosophischen Metaphern, op. cit., p. 454.
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[14]
Helmar Schramm, Karneval des Denkens. Theatralität im Spiegel philosophischer Texte des 16. und 17. Jahrhunderts, Berlin, Akademie Verlag, 1996.
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[15]
R. Konersmann, Der Schleier des Timanthes, op. cit., pp. 144 sq.
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[16]
Ibid., p. 101 (trad. R. T.).
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[17]
Ibid., p. 102 (trad. R. T.).
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[18]
August Klingemann, Nachtwachen. Von Bonaventura, 1804, Leipzig, Insel-Verlag, 1980, p. 38 (trad. R. T.).
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[19]
Ralf Konersmann, Der Schleier des Timanthes, op. cit., p. 103. Pour une discussion de la relation entre métaphore théâtrale et sociologie des rôles, voir aussi Hans R. Jauss, « Soziologischer und ästhetischer Rollenbegriff », op. cit.
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[20]
J.-F. Lyotard, Discours, figure, Paris, Éditions Klincksieck, 1971, p. 15.
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[21]
J.-F. Lyotard, La condition postmoderne. Rapport sur le savoir, Paris, Les Éditions de Minuit, 1979, pp. 20-24.
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[22]
L’analyse qui suit s’appuie sur les textes suivants de Jean-François Lyotard : « La peinture comme dispositif libidinal (Genre parlé improvisé) », in Des dispositifs pulsionnels, Paris, Christian Bourgois, 1980, pp. 227-267 ; « La Dent, la Paume » (1972), ibid. ; « Notes sur le retour et le capital », in Centre Culturel International de Cerisy-la-Salle (dir.), Nietzsche aujourd’hui ? 1. Intensités, Paris, Union Générale d’Éditions, 1973, pp. 141-157 ; « L’acinéma », in Des dispositifs pulsionnels, op. cit., pp. 51-65 ; Économie libidinale, Paris, Les Éditions de Minuit, 1974.
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[23]
Gilles Deleuze et Félix Guattari, Anti-Œdipe. Capitalisme et schizophrénie, Paris, Les Éditions de Minuit, 1972. Voir aussi Ian Hamilton Grand, « Introduction », in Libidinal Economy, London, New York, Continuum, 2004, pp. xix-xxxii, p. xxiv.
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[24]
Voir « La peinture comme dispositif libidinal », op. cit., p. 229 et Économie libidinale, op. cit., p. 65.
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[25]
In « La Dent, la Paume », op. cit., p. 89.
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[26]
Voir « La peinture comme dispositif libidinal », op. cit., p. 254.
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[27]
Lyotard pense cette immanence à partir de l’image d’un ruban de Möbius. Voir Économie libidinale, op. cit., pp. 9-11. Pour une analyse métaphorologique de cette figure, voir Petra Gehring, Innen des Außen – Außen des Innen. Foucault, Derrida, Lyotard, München, Wilhelm Fink Verlag, 1994.
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[28]
Sur ce point, Lyotard parle aussi du « volume » ou du « cube théâtral ». Économie libidinale, pp. 11 et 20.
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[29]
« La peinture comme dispositif libidinal », p. 254.
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[30]
« L’acinéma », p. 59.
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[31]
Économie libidinale, p. 11.
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[32]
L’auteur parle d’« expansion par mimésis ». Ibid., p. 294.
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[33]
Ibid., p. 23.
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[34]
« L’acinéma », p. 60.
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[35]
« La peinture comme dispositif libidinal », p. 256.
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[36]
Économie libidinale, p. 29.
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[37]
On trouve une telle interprétation par exemple chez Petra Gehring, Innen des Außen – Außen des Innen. Foucault, Derrida, Lyotard, op. cit., pp. 211-212. Cependant, nous en montrerons les limites à la fin de cette partie. Quant à l’attitude « anti-théorique » de la phase de l’Économie libidinale, nous partageons les réserves qu’explicite James Williams dans Lyotard and the Political, London, New York, Routledge, 2000, p. 35.
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[38]
« La peinture comme dispositif libidinal », p. 244.
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[39]
Économie libidinale, p. 302.
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[40]
Ibid., p. 302.
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[41]
Ibid.
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[42]
« Untitled Event », une performance donnée au Black Mountain College en 1952, est pour Fischer-Lichte le point de cristallisation de ce tournant, qui fut cependant précédé par les avant-gardes du début du vingtième siècle. Erika Fischer-Lichte, « Grenzgänge und Tauschhandel. Auf dem Wege zu einer performativen Kultur », in Uwe Wirth (dir.), Performanz. Zwischen Sprachphilosophie und Kulturwissenschaften, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 2002, (pp. 277-300) p. 286.
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[43]
Ibid., p. 280.
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[44]
Ibid., p. 286.
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[45]
Ibid., p. 288.
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[46]
Entre le seizième et le dix-huitième siècle ce champ sémantique du théâtre s’est limité à désigner avant tout l’art de la scène.
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[47]
Une telle approche n’est pas, bien sûr, sans alternative. On trouve d’autres façons d’étudier le lien entre politique et théâtre chez Rancière, notamment chez Peter Hallward, « Staging Equality », in Gabriel Rockhill et Philip Watts (dir.), History, Politics, Aesthetics. Jacques Rancière, Durham, London, Duke University Press, 2009, pp. 140-157, ainsi que chez Richard Halpern, « Theater and Democratic Thought : Arendt to Rancière », Critical Inquiry (37), 2011, pp. 545-572.
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[48]
J. Rancière, Les noms de l’histoire. Essai de poétique du savoir, Seuil, 1992.
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[49]
J. Rancière et D. Panagia, « Dissenting Words : A Conversation with Jacques Rancière », Diacritics, 30 (2), 2000, (pp. 113-126), p. 116.
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[50]
J. Rancière, Le spectateur émancipé, Paris, Fabrique, 2008, p. 20. Le pendant conceptuel politique de mimésis, c’est la « police ».
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[51]
J. Rancière, Le partage du sensible. Esthétique et politique, Paris, La fabrique, 2000, pp. 29-30.
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[52]
Voir par exemple J. Rancière, La mésentente. Politique et philosophie, Paris, Galilée, 1995, pp. 45, 49, 84, 85.
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[53]
Ibid., p. 112.
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[54]
Cette association se trouve, par exemple, dans l’usage situationniste de la figure ludique. Cf. « Contribution à une définition situationniste du jeu », Internationale Situationniste, 1 (1), 1958, pp. 9-10. Par la suite, le lien jeu-égalité est conceptualisé explicitement par Roger Caillois dans Les jeux et les hommes. Le masque et le vertige, Paris, Gallimard, 1958, 1967, p. 60. Aujourd’hui, le recours à l’image du jeu pour figurer l’égalité est assez courant et se trouve par exemple chez James Tully, « The agonic freedom of citizens », Economy and Society, 28 (2), 1999, (pp. 161-182) p. 162, ou chez Chantal Mouffe, On the Political, Abingdon, Routledge, 2005, p. 20.
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[55]
J. Rancière, La mésentente, op. cit., p. 20.
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[56]
I. Kant, Kritik der Urteilskraft, 1790, Hamburg, Felix Meiner Verlag, 2006, pp. 212-219. Voir aussi le commentaire de cette figure chez J.-F. Lyotard, Leçons sur l’Analytique du sublime (Kant, Critique de la faculté de juger, §§23-29), Paris, Galilée, 1991, pp. 31 sq.
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[57]
Voir par exemple J. Rancière, Le partage du sensible, op. cit., pp. 14 sq. Pour un panorama de ses différentes manifestations, voir aussi Mark Robson, « Rancière’s Aesthetic Communities », in Mark Robson (dir.), Jacques Rancière, Edinburgh, Edinburgh University Press, 2004, (pp. 77-95) pp. 80-81.
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[58]
J. Rancière, Aux bords du politique, Paris, La fabrique, 1998, p. 171.
-
[59]
Ibid., p. 168 ; La mésentente, p. 45.
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[60]
Aux bords du politique, p. 81.
-
[61]
La nuit des prolétaires. Archives du rêve ouvrier, Paris, Fayard, 1981.
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[62]
Le partage du sensible, p. 14.
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[63]
La mésentente, p. 128.
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[64]
Ibid., pp. 81, 84.
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[65]
J. Rancière, Le spectateur émancipé, op. cit., p. 72.
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[66]
Friedrich Schiller, Lettres sur l’éducation esthétique de l’homme. Briefe über die Ästhetische Erziehung des Menschen, Paris, Aubier Montaigne, texte original et version française par Robert Leroux, édition mise à jour par Michèle Halimi, 1992, p. 323.
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[67]
Le spectateur émancipé, p. 19.
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[68]
Aux bords du politique, p. 81.
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[69]
Cet aspect, que je ne peux détailler ici, s’accompagne d’une ressemblance entre la temporalité théâtrale et les lois temporelles de l’action politique.
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[70]
John Austin, How to do things with words. The William James lectures delivered at Harvard University in 1955, London, Oxford University Press, 1971.
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[71]
J. Rancière, La mésentente, p. 48.
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[72]
Voir par exemple la lecture de Wittgenstein proposée par Chantal Mouffe dans The Democratic Paradox, London, Verso, 2000, pp. 60 sq.
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[73]
La mésentente, op. cit., p. 79.
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[74]
Aux bords du politique, op. cit., p. 91.
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[75]
Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, Hegemony and Socialist Strategy. Towards a Radical Democratic Politics, London, New York, Verso, 1985, 2001.
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[76]
Pour une comparaison de la conception du conflit politique chez Rancière et Lyotard, voir Jean-Louis Déotte, « The Differences Between Ranciere’s Mésentente (Political Disagreement) and Lyotard’s Différend », SubStance, 33 (1), 2004, pp. 77-90.
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[77]
« Das Werk bezieht sich nicht hindeutend und präsentierend auf ein anderes, ihm vorgehendes Sein, sondern es ist originär in seinem Seinsanteil an der Welt des Menschen. » Hans Blumenberg, « “Nachahmung der Natur”. Zur Vorgeschichte der Idee des schöpferischen Menschen », in Wirklichkeiten, in denen wir leben. Aufsätze und eine Rede, Stuttgart, Reclam, 1981, pp. 55-103 (trad. R. T.).
1« All the world’s a stage / And all the men and women merely players » faisait dire Shakespeare à Jacques, mettant dans la bouche du mélancolique de As you like it ce qui allait devenir la citation la plus célèbre de l’histoire de la métaphore du theatrum mundi [1]. Emblématique de la littérature européenne du dix-septième siècle, le théâtre de Shakespeare reflète le monde dans le théâtre pour mettre en évidence la fragilité du terrestre, qui est cependant signe d’une splendeur et d’un ordre transcendants. Nous nous proposons ici de montrer qu’aujourd’hui, ces termes peuvent déployer une signification radicalement différente de celle de l’époque de Shakespeare. Et cet écart, telle est notre deuxième hypothèse, a une portée politique.
2Au vingtième siècle, l’allégorie du théâtre a connu un nouvel essor, qui marque une rupture importante dans son histoire. Au cours de ce cheminement, le théâtre est passé d’une métaphore qui affirme ou conteste, mais en tout état de cause aborde la question des authentiques fondements de la réalité humaine, à une métaphore du possible. En d’autres termes, le thème général de la métaphore se modifie ainsi qu’en parallèle, son ontologie implicite. Aujourd’hui, l’analogie entre le monde et le théâtre illustre une autre conception de l’architecture de la réalité humaine.
3Nous nous proposons d’étudier les implications de ce changement de paradigmes dans le domaine de la pensée politique. Le mouvement d’une figure de l’« inauthentique » à une figure du « possible » s’accompagne d’une traduction de ce que les sciences humaines et sociales appellent « crise de la représentation [2] » dans la pensée politique. En effet, cette « crise » s’avère aussi pertinente dans la réflexion du monde politique au-delà du concept même de « représentation politique ». C’est cette portée sous-jacente que nous voudrions éclairer à travers une étude métaphorologique, approche qui s’est avérée particulièrement pertinente pour découvrir les « substructures de la pensée [3] ».
4Une première partie résume les travaux existants sur la métaphore théâtrale en dégageant trois axes qui sous-tendent les occurrences de cette figure de pensée jusqu’à la fin du dix-neuvième siècle. Les parties suivantes étudient plus en détail les changements apparus au cours du vingtième siècle, en s’appuyant sur deux exemples. La deuxième partie aborde ainsi la pensée politique de Jean-François Lyotard. Elle vise à montrer comment l’usage polémique que Lyotard fait de la métaphore théâtrale marque une rupture importante. La troisième partie étudie la façon dont Jacques Rancière développe la transformation observée chez Lyotard. En valorisant la figure du théâtre, Rancière la façonne et la ravive comme figure du possible [4].
Retour sur l’histoire de la métaphore théâtrale
5Quoique les diverses analyses historiques de la métaphore théâtrale témoignent d’une richesse et d’une diversité remarquables [5], elles mettent aussi en lumière une évidente –continuité qui résulte d’une caractéristique structurelle de la notion de théâtre : la permanente opposition scène/hors-scène permet de mettre en relation un couple d’oppositions. D’un côté, l’opposition scène/hors-scène exprime une différence épistémique dans la mesure où elle mobilise nos préconceptions sur les objets et les limites de la connaissance humaine. La scène, c’est l’espace de la visibilité, et tout espace hors-scène est moins directement accessible. Tant que ce que l’on voit correspond à ce que l’on peut concevoir, il semble judicieux de parler d’une différenciation épistémique plutôt que d’une différenciation sensible. En effet, il est possible d’interpréter la conception de la vue à la lumière de ses diverses implications métaphoriques [6]. La métaphore théâtrale, comme l’ont particulièrement mis en évidence les travaux de Helmar Schramm, implique de pouvoir jouir d’une certaine distance indispensable à la réflexion et à la connaissance [7].
6D’un autre côté, l’opposition scène/hors-scène évoque une différence modale. La réalité de la scène se présente en un mode autre que ce qui est hors-scène ; on pourrait dire qu’elle est « moins réelle ». Il n’est pas important, à ce stade, d’établir son mode de réalité de façon catégorique. Ce qui importe ici, c’est que la métaphore de la scène soit située à l’intersection conceptuelle de deux axes de comparaison : elle est plus visible et moins réelle que ce qui l’entoure. Et elle renvoie ainsi à un espace autre qui, par conséquent, doit être plus réel mais moins visible. L’évocation de cet espace d’un être authentique, l’insertion d’une rupture dans notre sentiment du réel, c’est ce que nous appellerions « l’efficacité ontologique » de la métaphore théâtrale.
7À partir de ce modèle interprétatif, on peut donner un aperçu des différentes histoires de la métaphore écrites jusqu’à présent. Tirées principalement de sources littéraires, ces études nous dépeignent les origines de la métaphore théâtrale dans l’Antiquité, puis son développement à l’époque baroque, sa radicalisation au dix-neuvième siècle jusqu’à son absorption dans la théorie sociologique du vingtième siècle. Dans cette partie, nous résumerons l’histoire de la métaphore théâtrale à partir d’une étude de Ralf Konersmann qui, par sa dimension diachronique et sa profondeur interprétative, en donne une image particulièrement riche [8]. À travers cette analyse chronologique, Konersmann ne tente pas seulement de déterminer ce que signifie la métaphore théâtrale en termes d’idées ; il interroge aussi les effets de ces idées dans le monde. Dans cette perspective pragmatique, nous pouvons repérer avec Konersmann trois paradigmes dans l’histoire de la métaphore théâtrale : celle-ci peut 1. stabiliser, 2. perturber une vision donnée du monde, ou 3. traduire une attitude de résignation [9].
1 – Stabilisation
8Un premier paradigme utilise la figure du théâtre de manière affirmative. « Dieu fait figure d’auteur, les hommes d’acteurs (ou de marionnettes), le cosmos représente la scène, et un groupe privilégié (anges, saints, et Dieu lui-même) constitue le public [10]. » Ainsi Hans-Robert Jauss caractérise-t-il la configuration théocentrique du motif du theatrum mundi. Les apparences du monde renvoient à une instance capable de garantir l’ordre et la stabilité de ce qui se présente aux yeux des hommes. Chez Platon, dans la philosophie stoïcienne, dans la patristique et dans le néoplatonisme, l’analogie avec le théâtre souligne les aspects déterministes de l’existence humaine. La figure du théâtre rend intelligible une liberté d’action restreinte. Mais les insuffisances du spectacle terrestre sont acceptées dans la mesure où elles indiquent l’existence d’une instance transcendante. « Le rôle assure à l’individu d’être intégré dans un ordre supérieur [11]. » Cette promesse de la métaphore théâtrale est renouvelée par l’époque baroque. La vanité du séjour terrestre se voit mise en scène avec une pompe telle qu’est rendue accessible la notion d’au-delà et assurée la consolation [12]. Claus Langbehn souligne que la métaphore théâtrale en tant qu’elle suggère l’ordre du monde a pu persister jusque dans la philosophie de l’histoire à l’époque moderne. Chez Kant, Hegel ou Schopenhauer, on a pu étudier la façon dont la figure du spectacle évoque le pouvoir directeur de l’idée d’humanité [13].
2 – Perturbation
9Mais l’image du théâtre a aussi rempli une fonction différente, comme nous l’apprend Konersmann. Chez Montaigne ou Rousseau, pour ne citer que deux exemples, la métaphore théâtrale continue d’exprimer l’inauthenticité de l’existence, sans pour autant combler l’attente d’une authenticité suscitée dans le même mouvement. Ici, la métaphore néglige l’axe scène-mise en scène pour se focaliser sur l’axe scène-salle. En recourant à l’image du théâtre, Montaigne se fait spectateur de lui-même et crée ainsi un espace de réflexion. Le rapport réflexif aux apparences du monde ne peut pas abolir leur caractère inauthentique, et devient ainsi la source d’une perturbation constante. Toutefois, la réflexion peut prendre la forme d’un jeu de rôle conscient, et permettre la possession de soi-même [14].
10Notons que Konersmann attribue cette même puissance perturbatrice à l’usage polémique que Jean-Jacques Rousseau fait de la métaphore théâtrale. Selon Konersmann, pour Rousseau, l’intégrité de l’individu naturel ne crée pas de nouvelle instance d’authenticité mais détermine une position de distance à partir de laquelle la critique demeure toujours possible. La critique du rôle de Rousseau devait plutôt être comprise comme un rôle à part entière — le rôle de l’authenticité [15]. De nouveau, le dédoublement effectué par la métaphore théâtrale instaure une distance critique et ouvre l’espace d’une réflexion.
11D’une manière distincte du premier paradigme, la métaphore du théâtre conserve ici sa fonction génératrice d’ordre. Même la critique du théâtre ne peut donc échapper à cette conséquence indirecte : « […] la critique du rôle ne fait que développer la conception du monde en tant que fiction et théâtre [16] ». Aussi Konersmann souligne-t-il que la critique du rôle, elle aussi, suppose pour convaincre, la division ontologique du monde : « Il est tout à fait logique que […] l’appel à laisser tomber les masques […], donc à sortir de la fiction de l’institution théâtrale […], soit ce qui donne au spectacle, dont l’autorité semble mise à mal, sa force de persuasion. […] La dénonciation de l’illusion est la condition de possibilité de son parachèvement [17]. »
3 – Résignation
12Un troisième paradigme radicalise la critique et affirme le caractère absolu de l’apparence comme simulacre. Ici, l’idée de distanciation réflexive, qui sous-tendait le deuxième paradigme, est récusée. Toute tentative de dépasser l’apparence est refusée, mais l’apparence conserve un caractère profondément trompeur. Les Veilles de Bonaventura formulent cette pensée de manière exemplaire : la vie est une farce et « le Hanswurst serait le seul rôle raisonnable dans cette farce, précisément parce qu’il n’accorde pas plus d’importance à la farce que celle-ci n’en possède [18] ». Selon Konersmann, la question de l’être authentique perd ici sa légitimité.
13Konersmann avance la thèse qu’après avoir atteint un degré zéro au dix-neuvième siècle, l’histoire de la métaphore théâtrale s’achève au vingtième siècle par sa transposition dans le vocabulaire technique de la théorie sociologique des rôles. Même si Konersmann montre que les échos de la métaphore du rôle se prolongent dans le concept de rôle [19], le vingtième siècle semble dépourvu de toute influence novatrice sur l’histoire de la métaphore théâtrale. Quoique nous ayons dans l’ensemble largement suivi les analyses de Konersmann, nous ne partageons pas ce dernier diagnostic. Le vingtième siècle a donné une signification nouvelle à la métaphore du théâtre, et c’est à celle-ci, à ses aspects et à ses conditions, que nous allons nous consacrer maintenant.
« Cacher-montrer : la théâtralité ». La métaphore théâtrale chez Jean-François Lyotard
14L’œuvre de Jean-François Lyotard s’ouvre par une défense résolue de la métaphore. Sa thèse de doctorat présente une critique de la conception structuraliste du « discours », dans la mesure où cette conception extériorise le sensible et suggère ainsi l’homogénéité des significations ; à l’inverse, l’usage figural des signes semble permettre de ré-intérioriser le sensible dans le langage, et d’élargir ses signes de l’intérieur [20]. Car c’est là le véritable enjeu de cette critique : le langage lui-même renvoie déjà, comme cela sera démontré plus explicitement dans la Condition postmoderne [21], à la compréhension du social.
15La métaphore du théâtre, quant à elle, accompagne la façon dont, au début des années 1970, Lyotard poursuit sa critique du structuralisme [22]. À l’époque d’Économie libidinale, le théâtre devient la figure de la structuration hiérarchique de l’espace social. Pour bien saisir la fonction de la métaphore théâtrale, il faut pourtant commencer par considérer la métaphore de l’énergie psychique. Faisant écho à l’Anti-Œdipe [23], Lyotard conçoit l’énergie libidinale comme une force productive dans la vie sociale. Avec ses implications de flux, de tension, et de transformation, cette notion permet de placer différents phénomènes dans un rapport horizontal d’analogie. L’énergie psychique, dans les textes de Lyotard, circule si facilement entre la conscience individuelle, l’économie, l’art, la langue ou la politique qu’elle les détache de leur contexte habituel et leur permet de devenir des métaphores d’autres domaines. Par quoi sont-ils reliés ? Dans l’art aussi bien que dans l’économie ou le langage, des réseaux de connexions répartissent les métamorphoses incessantes de l’énergie psychique dans différents « dispositifs » ; en même temps, le flux de l’énergie libidinale maintient la possibilité de transformer ces structures de l’intérieur [24]. Alors que la figure énergétique désigne une substitution horizontale et dynamique, et qu’elle encourage la pensée à procéder par analogie, la métaphore théâtrale représente son opposé sémantique et son complément fonctionnel : du point de vue sémantique, elle désigne un type de substitution verticale et hiérarchique, la représentation ; du point de vue fonctionnel, elle prive la pensée de la possibilité de l’univocité. Reflétant dans le modèle théâtral aussi bien la peinture que le cinéma voire les signes linguistiques, Lyotard développe sa critique de la notion de représentation structuraliste. Ses textes déploient une notion de la représentation qui a différentes implications politiques. Nous présenterons son analyse à partir d’un raisonnement tripartite qu’il expose dans un essai sur la peinture. Dans « La peinture comme dispositif libidinal » il interprète différentes œuvres qui vont d’illustrations de livres médiévaux jusqu’aux ready-mades surréalistes. Le texte vise à montrer la genèse du dispositif de la représentation dans la peinture de la Renaissance, et à discerner différents moments du dépassement de ce dispositif dans l’art moderne et contemporain. La théâtralité de la représentation dégagée dans ce texte est ailleurs résumée par Lyotard dans la formule « Cacher-montrer : la théâtralité [25] ». Dans l’art de la Renaissance, la structuration de l’expérience sensible — de l’acte de peindre jusqu’à la contemplation par le spectateur — est gouvernée par trois limites. Dans son analyse, Lyotard prend modèle sur le théâtre pour en donner l’illustration graphique suivante [26] :
16La première limite est celle de l’édifice du théâtre lui-même (1) ; la deuxième limite sépare la scène de la salle de spectacle (2) ; la troisième limite, comme l’indique la ligne discontinue, est difficile à cerner : elle est constituée de l’ensemble des éléments contrôlant le spectacle depuis l’arrière-scène. Lyotard les qualifie de « scénographie » (3).
1 – Théâtre et clôture
17L’image de la première limite, celle qui sépare l’édifice du théâtre de son extérieur, transfère l’idée d’une clôture spatiale à toutes les formes de représentation. En opposition avec l’immanence radicale de l’univers libidinal [27], le théâtre introduit la différence entre intérieur et extérieur et crée donc de l’espace [28]. Il est important de noter que cette différence s’accompagne d’une distinction modale : par opposition à l’espace réel à l’extérieur, l’intérieur du théâtre est un espace vide que Lyotard appelle avec Freud « dé-réalité ». [29] Les murs du théâtre établissent un espace d’inauthenticité : « […] mettre en scène est instituer cette limite, ce cadre, circonscrire la région de déresponsabilité au sein d’un ensemble qui ideo facta sera posé comme responsable (on l’appellera nature par exemple, ou société, ou dernière instance), et donc instituer entre les deux régions une relation de représentation ou de doublure, forcément accompagnée d’une dévalorisation relative des réalités de scène qui ne sont plus alors que des représentants des réalités de la réalité [30] ».
2 – Théâtre et hiérarchie
18L’écart entre salle et scène met en avant le lien de la représentation à l’institution d’un ordre, plus précisément d’un ordre hiérarchique. L’accès à la scène est restreint — le droit d’y apparaître est accordé par une instance qui se trouve à l’extérieur du théâtre. Lyotard désigne cette instance sous le terme de « grand zéro », qui érige et maintient le « théâtre du pouvoir » sur scène [31]. Là encore, la représentation sur scène ne restreint pas l’exercice de son pouvoir à l’intérieur du théâtre. Dans la mesure où elle donne à voir des modèles et par conséquent favorise la répétition mimétique, la représentation tend à transposer ses mécanismes à des territoires étrangers [32]. La représentation, pour Lyotard, est impérialiste : « C’est le théâtre ; c’est la blancheur de l’Occident en expansion, l’ignoble impérialisme cannibale [33]. »
3 – Théâtre et aliénation
19Lyotard aborde les techniques de perspective introduites à la Renaissance pour les décrire, avec un vocabulaire emprunté au théâtre, comme des moyens scénographiques. Il met là en évidence une troisième caractéristique de la représentation : des lignes qui toutes guident l’œil du spectateur jusqu’au même point de fuite, gouvernent la contemplation d’une peinture de la Renaissance, de même que l’animation de l’arrière-scène gouverne la contemplation d’un spectacle. Pourtant, ces techniques masquent systématiquement au spectateur toute trace visible de leur influence. « C’est pourquoi la mise en scène, technique d’exclusions et d’effacements, qui est activité politique par excellence, et celle-ci, qui est par excellence mise en scène, sont la religion de 1’irréligion moderne, l’ecclésiastique de la laïcité [34]. » Le spectateur, séduit, en oublie que les apparences de la scène ont été produites par des hommes. Cette argumentation lie ainsi la notion de représentation à celle d’aliénation [35].
20La métaphore du théâtre, pour résumer, ouvre le concept de représentation à des implications politiques — à savoir clôture, hiérarchie et aliénation. La résonance politique de cette analogie politise en même temps l’activité représentationnelle qu’est la rédaction d’un texte philosophique. Cette remarque nous permet, dans un deuxième temps, d’abandonner la perspective sémantique et d’envisager les écrits de Lyotard dans leur aspect pragmatique.
21En quoi son usage de la figure du théâtre se distingue-t-il des trois paradigmes esquissés dans la première partie de cet essai ? Comme chez ses prédécesseurs, sa métaphore théâtrale sert à exprimer le sentiment de l’inanité du réel. Cependant, notre analyse l’a montré, Lyotard ne cherche pas à instituer une instance transcendante qui soutiendrait le réel, il se sert même de l’image du théâtre pour polémiquer contre de telles tentatives. Il congédie en même temps la dimension salutaire du dédoublement réflexif du sujet. Le « masque » est sans alternative : « Voilà notre problème, politique et autre, voilà du moins sa position : la théâtralité sans référence, les masques ne renvoyant à aucun visage, serait-il un masque à son tour [ [36]…] » La contemplation du spectateur n’offre pas d’issue, et c’est sur ce point que l’interprétation de l’attitude « antithéorique » du jeune Lyotard semble justifiée [37]. La polémique lyotardienne ne prolonge-t-elle pas simplement la résignation constatée au dix-neuvième siècle ? Ne fait-elle que prouver — une fois de plus — l’absurdité de la quête de l’authentique ? Elle la dépasse, au contraire, et c’est ce qui permet à Lyotard de renouveler l’histoire de la métaphore théâtrale. Car la polémique véhicule et ouvre la voie à une écriture différente, une écriture qui résiste justement aux phénomènes dénoncés par la métaphore théâtrale de Lyotard. Les écrits libidinaux sont une mise en pratique radicale de la « figure » telle qu’elle est revendiquée dans Discours, figure. Le signe ou le concept auquel les différentes figures se réfèrent n’apparaît presque plus dans les textes de manière explicite. Alors que le théâtre accède à la métaphoricité dans l’interaction avec les conceptions de l’art, du cinéma ou de la sémiotique, ce ne sont pas ces analogies qui lui confèrent son statut de figure. Le sens immédiat de l’analogie se déploie dans le domaine esthétique ou linguistique, mais il vise au-delà — « vers le politique », comme le note Lyotard [38]. À l’exception de quelques passages qui font émerger la portée politique de sa conception de la représentation, c’est au lecteur de prendre conscience de cette dimension politique. Lyotard, donc, ne polémique pas seulement contre l’idée de la représentation, mais dépasse la représentation en tant que telle. Cette correspondance entre contenu et forme sape l’effet ontologique qu’avait la métaphore théâtrale. L’irruption d’un écart dans notre sentiment du réel est interrompue par un abandon total au figural. Libérée de son caractère déficitaire, la « déréalité » à l’intérieur du théâtre acquiert pour Lyotard un nouvel intérêt. Le « théâtrique de masques sans visage [39] » semble « un jeu à mener [40] » dans la mesure où son travail de « dissimulation [41] » augmente la réalité de l’aléatoire et de l’absence de contrôle.
Dresser la « scène commune » : la métaphore théâtrale chez Jacques Rancière
22Dans les deux parties précédentes, il a été seulement question de transformations qui ont affecté le « théâtre » compris comme un foyer de métaphores et non comme un concept.
23Il convient à présent de prendre en compte de possibles modifications dans le concept lui-même, dans la mesure où elles s’avèrent importantes pour comprendre le rôle moteur de la métaphore théâtrale dans l’œuvre de Jacques Rancière. En effet, au moment où Lyotard entame sa réflexion critique, la pratique du théâtre connaît de profondes transformations. Il convient ici de recourir à la notion de « tournant performatif » qu’Erika Fischer-Lichte a introduite concernant l’art théâtral de la deuxième moitié du vingtième siècle [42]. Ce tournant a consisté, d’abord, en une revalorisation de la fonction performative par rapport à la fonction référentielle du théâtre. En d’autres termes, dans la pratique théâtrale contemporaine, les événements sur scène perdent de plus en plus leur fonction de référence à la réalité, pour se faire action dans cette réalité [43]. Ce changement s’est d’ailleurs traduit par un changement dans la relation entre acteur et spectateur ; la contemplation est devenue créatrice de sens et a été reconnue comme une activité à part entière [44]. Enfin, ce tournant a également affecté le statut du théâtre dans son rapport aux autres formes d’art. Comme l’art en général devenait de plus en plus performatif, le théâtre s’est imposé comme l’art performatif par excellence [45].
24Ces transformations trouvent aussi un écho dans le champ sémantique du théâtre [46]. Dans cette dernière partie, nous suivrons les répercussions de ces changements sur l’histoire de la métaphore théâtrale en étudiant les transferts de sens entre la conception du théâtre et la conception de la politique chez Jacques Rancière. Nous nous proposons de montrer en quoi le lien entre théâtre et politique est chez cet auteur métaphorique [47]. Dans cette optique, la métaphore peut être ce que Rancière appelle « l’hypothèse de l’égalité » pour le discours de la philosophie. Alors que l’hypothèse est une supposition d’équivalence qui produit un effet dans la réalité, la métaphore, elle, est une supposition d’équivalence qui produit un effet dans la pensée. Elle permet ainsi de répondre au défi d’une « poétique du savoir [48] » : « […] to reintegrate these discourses into a generally accessible mode of reasoning or form of language so that everyone may partake in this creative activity of invention that allows for a redescription and reconfiguration of a common world of experience [49] ».
25Les textes de Jacques Rancière font appel à une double conception du théâtre : le champ sémantique du théâtre marque de son empreinte aussi bien la conceptualisation de la mimésis que celle de l’aisthesis. Chacun de ces termes désigne une interaction différente entre un mode de présentation et un mode de perception ; ce dualisme, dans la relation de ces deux principes à un mode d’être, est le lieu par excellence de la pensée politique de Rancière. Mimésis désigne toutes les situations où la présentation règne sur la perception. La situation théâtrale traditionnelle en devient le symbole : « Ce que le spectateur doit voir est ce que le metteur en scène lui fait voir [50]. » Critique d’une « vision hiérarchique de la société [51] », cet usage de la figure du théâtre prolonge celui que nous avons observé chez Lyotard.
26Le terme d’aisthesis, en revanche, attire notre attention sur les situations où le passage entre présentation et perception est apparent sans pour autant que la première domine la seconde. Ce sont justement ces situations qui, pour Rancière, recèlent le sens de la politique. L’interaction conceptuelle avec une autre notion de théâtre devient ici cruciale. L’analogie du théâtre lie chez lui la conception de la politique au principe d’égalité, l’associe au visible et au double. Elle élabore une certaine idée de l’action pour mettre en avant un type de conflictualité spécifique.
1 – Théâtre et égalité
27L’image du théâtre contribue d’abord à façonner un lien entre politique et égalité. La « scène commune » ou la « scène de communauté » sert de leitmotiv aux écrits de Rancière [52]. La politique est conçue comme « le jeu des pratiques guidées par la présupposition de l’égalité de n’importe qui avec n’importe qui et par le souci de le vérifier [53]. » Du point de vue métaphorologique, cette fonction de la figure du théâtre est surprenante car atypique. Si la métaphore théâtrale s’ouvre dans son adaptation par Rancière à de nouveaux terrains, c’est aussi grâce à ses interactions avec la figure du jeu. Habituellement considéré comme l’opposé métaphorique du théâtre, ce dernier est couramment employé comme symbole du principe d’égalité [54].
2 – Théâtre et visibilité
28Le recours à la sémantique théâtrale montre d’autre part l’importance de la visibilité et du paraître en politique. La mise en relief du sensible est significative, et se manifeste aussi quand Rancière souligne le rôle de la voix dans la définition aristotélicienne du zoon politikon [55]. L’accentuation du sensible instaure des repères dans la topique postmoderne : elle insiste sur l’urgence d’une notion de sensus communis, qui est déjà présente chez Kant à travers la métaphore de la voix [56]. La scène commune de Rancière rappelle que l’existence d’un sens commun est une hypothèse indispensable à l’apparition de la politique. Notons que le discernement épistémique propre à la perception visuelle, constitutif de la tradition du theatrum mundi, s’efface ici. Il ne s’agit plus d’interroger les certitudes de notre connaissance mais de faire comprendre que l’expérience de la réalité humaine est faite de plusieurs degrés d’être en commun.
3 – Théâtre et « doublement »
29Le doublement est un troisième aspect central de la figure du théâtre chez Rancière [57]. Ce motif est en effet très différent du dédoublement réflexif que nous avons observé dans le deuxième paradigme de la métaphore théâtrale. Il est manifeste, d’abord, dans l’intérêt qu’il accorde à la répétition. L’activité proprement politique est souvent paraphrasée par « mise en scène nouvelle [58] », « remise en scène [59] » ou décrite comme une « manière de jouer le jeu de l’autre et de le prendre à son jeu [60] ». En tant que métaphore, le théâtre incarne une découverte qu’il a développée à partir de La nuit des prolétaires [61], à savoir la force libératrice d’une variation des rôles. Le « doublement » du théâtre ne permet plus, comme autrefois, de déterminer le propre, mais donne lieu à un « régime d’indétermination [62] » — régime qui équivaut, chez lui, à la démocratie.
30Là où les métaphores de la perception visuelle et l’apparence ont perdu leur valeur épistémique, l’idée du double peut déployer une signification supplémentaire : la scène ajoute au réel une sphère du comme si [63]. La liberté politique appartient à ceux qui volent aux princes les feux de la rampe, qui parlent sur la scène des souverains comme si leur parole était intelligible [64]. Rancière revalorise la notion de fiction et y ajoute un sens politique : partout où il y a politique, des fictions sont à l’œuvre, fictions qui ne sont guère plus que des mirages de la réalité [65] mais qui tracent et retracent les frontières de notre réel.
4 – Théâtre et distance
31Rancière mobilise de façon originale l’image de l’écart entre scène et salle. Contrairement à ce que nous avons vu chez Lyotard, la distance salle-scène ne relève plus d’une relation hiérarchique, mais d’une relation anarchique. La distance du spectateur acquière une dimension contestataire qui diffère cependant de la fonction critique de la notion de spectateur chez Montaigne ou Diderot. La distance du spectateur ne sert plus à équilibrer la relation à soi : elle s’inscrit au contraire dans une relation proprement intersubjective. À partir de la frontière perméable que le tournant performatif a instituée entre acteur et spectateur, Rancière joue sur les transitions entre l’activité du jeu et l’activité de la contemplation. Mais comment peut-il libérer l’image du théâtre de ses associations habituelles, et faire apparaître de l’inédit ? Il y parvient en multipliant les couches historiques auxquelles la figure de la contemplation fait simultanément écho. En effet, le modèle de la réinvention métaphorique du spectateur est l’homme ludique de l’esthétique schillérienne : « La contemplation (ou réflexion) est le premier rapport de liberté qui s’établisse entre l’homme et l’univers qui l’entoure [66]. »
5 – Théâtre et action
32Rancière non seulement pense la figure du théâtre indépendamment de son implication hiérarchique, mais la libère encore de la problématique de l’impuissance. Contre la réserve de la philosophie envers celui qui se contente de contempler le spectacle des souverains, il élève la contemplation au rang d’une activité à part entière : « L’émancipation, elle, commence quand on remet en question l’opposition entre regarder et agir, quand on comprend que les évidences qui structurent ainsi les rapports du dire, du voir et du faire appartiennent elles-mêmes à la structure de la domination et de la sujétion [67]. » C’est dans l’écart qui sépare la scène de la salle que réside la possibilité d’une rupture, porteuse d’une charge politique.
33Une fois dépassée l’opposition entre acteur et spectateur, l’agir performatif devient, plus généralement, le modèle de l’agir politique. Cela implique d’abord une rupture avec la notion d’intentionnalité. Art et non stratégie, la politique est « irréductible à toute “ruse de la raison [68]” ». L’image du théâtre renforce cette idée dans la mesure où la distinction modale entre les réalités de la scène et celles de la salle dissocie la sphère de l’action de la sphère où se constitue son sens. Tandis que l’action se joue dans le comme si, son sens se constitue dans l’interaction entre le virtuel et ce qui l’entoure. La politique, c’est la leçon de Rancière, est toujours l’effet ingouvernable d’un agir par hypothèses. L’égalité ne saurait être obtenue si on l’envisage comme finalité d’une action quelconque, mais elle n’est pas non plus un effet purement secondaire, indépendant de l’intervention humaine. L’égalité naît d’une action qui suppose déjà son existence [69]. Rancière traduit en politique ce que John Austin et d’autres avaient appelé la force illocutionnaire de l’acte de parole [70], quand il écrit : « La parole par laquelle il y a de la politique est celle qui mesure l’écart même de la parole et de son compte [71]. » Ce qui distingue Rancière d’un certain nombre de penseurs politiques qui ont également contribué à notre compréhension de la performativité de l’activité politique [72], c’est son refus de mettre cette compréhension au service d’une métastratégie critique.
6 – Théâtre et agon
34L’interaction entre la métaphore du théâtre et celle du jeu, dont l’agon est souvent une composante centrale, se manifeste surtout dans le rôle important que le modèle théâtral de l’action confère au conflit. La « scène politique » est toujours une « scène de communauté paradoxale qui met en commun le litige [73] ». L’activité proprement politique crée un « espace polémique [74] » où l’on prétend jouer au même jeu que l’adversaire. Comment la conception de Rancière se distingue-t-elle d’autres conceptions de la conflictualité du politique ? Le conflit n’a pas lieu entre deux univers symboliques différents, entre deux discours antagoniques [75] ou entre deux régimes de phrases [76] ; il a lieu dans l’écart entre différents degrés de partage d’un même univers symbolique. Le discernement introduit par l’ensemble des images théâtrales dans le sentiment du réel ne se présente plus comme une rupture. La figure du théâtre sert plutôt à évaluer et à nuancer notre sentiment de réalité. Le conflit est alors créé par la tension entre ce qui est déjà devenu nécessaire, et ce qui reste malgré tout toujours possible.
35Dans sa « Préhistoire de l’idée de l’homme créatif », Hans Blumenberg nous dépeint la genèse de l’idée, inouïe, selon laquelle l’activité humaine va au-delà de l’imitation des formes et des principes inhérents à la nature : « L’œuvre n’existe pas en tant que référence et présentation d’un autre être qui le précède, mais contribue au monde humain comme être originaire [77]. » Dans les pages précédentes, nous avons voulu montrer comment une revitalisation de la métaphore du théâtre a su inscrire cette figure de pensée dans la trajectoire de l’idée de l’homme créateur, et nous avons mis en lumière la portée politique de ce mouvement. L’esquisse de l’interaction entre une pratique culturelle (le théâtre), son appropriation symbolique (dans la sémantique du théâtre) et sa transposition analogique à d’autres domaines (par la métaphore du théâtre) nous fait voir un rapport distinct entre « espace public » et « création ».
36Nous avons commencé par une analyse des conditions qui ont longtemps fait de la métaphore du théâtre avant tout une figure de l’inauthentique. La scène, plus visible et moins réelle que son environnement, a longtemps évoqué un espace autre, plus réel mais moins visible. L’image provoquait alors une rupture dans notre sentiment du réel. Dans ses diverses acceptions, la métaphore du théâtre mesurait notre relation à l’apparence — mais quelle qu’ait pu être sa fonction, représenter l’ordre transcendant ou illustrer l’inanité irréductible du réel, l’apparence gardait son caractère de trompe-l’œil. Tandis que ce fonctionnement de la métaphore persiste dans le répertoire rhétorique de la langue courante, nous avons identifié une inversion des modèles préalables. Celle-ci a débuté avec l’interruption de la rupture du réel que nous donnait à voir l’exemple de Jean-François Lyotard. En incorporant dans son écriture même ses prémisses critiques, la mobilisation polémique de la métaphore théâtrale peut rompre avec une résignation nihiliste et amère. Elle préfère se tourner vers les densités et modalités spécifiques du réel que présente le rapport théâtral. À la lumière des écrits de Jacques Rancière, nous avons voulu comprendre les conditions et les implications d’un tel retournement. En enrichissant la métaphore du théâtre par la métaphore du jeu, et en faisant écho à différentes strates historiques de ces deux figures, Rancière dépasse les conventions de l’usage habituel et renforce l’ambiguïté de la métaphore théâtrale. Le poids ontologique de l’image est transféré de ce qui fait le déficit de la scène à ce qui fait sa richesse : sa visibilité. La métaphore de la scène ne désigne plus une absence, mais évoque une présence. Dépassant aussi bien la quête que le rejet de l’authentique, elle devient une figure du possible. La perte de légitimité de la question d’un être authentique, qu’observe avec justesse Ralf Konersmann au cours de l’histoire de la métaphore théâtrale, ne signifie donc pas un épuisement de cette figure de pensée.
37À l’issue de la « crise de la représentation », nous ne nous retrouvons pas face aux étendues monotones du « contingent ». Ce que l’emploi actuel du concept de contingence nous enseigne, c’est qu’il existe, en marge du nécessaire, d’autres densités du réel. La métaphore du théâtre, aujourd’hui, semble permettre de penser ces degrés de réalité.