Éditorial
- Par Isabelle Gernet
- et Duarte Rolo
Pages 5 à 6
Citer cet article
- GERNET, Isabelle
- et ROLO, Duarte,
- Gernet, Isabelle.
- et al.
- Gernet, I.
- et Rolo, D.
https://doi.org/10.3917/trav.038.0005
Citer cet article
- Gernet, I.
- et Rolo, D.
- Gernet, Isabelle.
- et al.
- GERNET, Isabelle
- et ROLO, Duarte,
https://doi.org/10.3917/trav.038.0005
1Après avoir republié les deux tomes du Séminaire interdisciplinaire « Plaisir et Souffrance au Travail », la revue Travailler consacre encore un numéro à un objet qui a maille à partir avec l’histoire de la psychopathologie du travail. En effet, les études de Le Guillant, puis de Jean-Jacques Moscovitz, sur la vacma (Veille automatique à contrôle de maintien d’appui) figurent aujourd’hui au panthéon des classiques de la discipline. Robin Foot, qui coordonne ce dossier, nous propose de revenir sur cet objet technique en adoptant une pluralité de points de vue : celui du chercheur (ergonome, sociologue ou historien), mais aussi celui du militant. Car la vacma, comme le montrent les textes réunis dans ce dossier, n’a pas uniquement été un objet d’interrogations scientifiques. Elle a également motivé des combats politiques, ce dont témoigne le texte de Bruno Bernard, Claude Desmarie et Jean-Marie Hillaire, ainsi que l’entretien avec Gérard Couëdel et Charles Nouailhetas. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles, finalement, ce dispositif de contrôle ne se laisse pas cantonner au rôle d’artefact historique des sciences du travail. Il existe bel et bien une actualité de la vacma, qui continue de peser sur le rapport au travail et la santé des conducteurs de train, ce que s’efforcent de démontrer Ghislaine Doniol-Shaw, Pierre Franchi et Robin Foot dans leurs textes respectifs. À en croire les diverses contributions de ce dossier, le sujet n’a rien de suranné.
2Deux autres textes de ce numéro reviennent également à des thématiques chères à la revue Travailler. Haude Rivoal nous offre une nouvelle lecture du concept de virilité, au prisme des masculinity studies et ouvre un champ de réflexion important. Si la psychodynamique du travail a contribué à la distinction entre virilité et masculinité, l’étude de cette dernière reste minoritaire dans les travaux en clinique du travail. Béatrice Édrei ajoute, de son côté, un nouveau chapitre à la controverse (souvent accueillie dans ces pages) sur les questions d’intervention et d’action dans les milieux de travail. Ces questions se trouvent également mobilisées par les démarches de recherche, comme le révèle l’enquête menée par Dorothée Denayer et Damien Collard à propos de la situation de travail originale des professionnels engagés dans la protection de l’ours brun. Au-delà du travail réel et des obstacles rencontrés dans le travail quotidien de conservation de la faune sauvage se dessinent des enjeux de société majeurs et révèlent la centralité politique du travail. Ladite centralité politique se trouve mise en discussion dans le cadre de la rubrique « Théorie », accueillant respectivement les contributions de Martine Verlhac et d’Hélène Tessier, chacune proposant des réflexions sur les transformations de la société au prisme du travail. À partir d’un retour critique sur les mouvements historiques liés à la gauche et à leurs rapports au travail, Martine Verlhac ouvre une discussion sur les conditions favorables à une alternative à l’idéologie capitaliste. D’idéologie, il est également question, à partir d’un commentaire argumenté, mené par Hèlène Tessier, de l’ouvrage de F. Rastier intitulé : Apprendre pour transmettre. L’éducation au service de l’idéologie managériale. Si l’idéologie managériale fait partie des conditions culturelles contemporaines, la défense du travail vivant passe aussi par la capacité de mener la bataille sur le plan conceptuel, l’épistémologie postmoderne ayant colonisé jusques et y compris la pensée scientifique.