S'abonner
Article de revue

Présentation

Pages 7 à 12

Citer cet article


  • Bousquet, F.
  • et Asurmendi, J.
(2011). Présentation. Transversalités, 119(3), 7-12. https://doi.org/10.3917/trans.119.0007.

  • Bousquet, François.
  • et al.
« Présentation ». Transversalités, 2011/3 N° 119, 2011. p.7-12. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-transversalites-2011-3-page-7?lang=fr.

  • BOUSQUET, François
  • et ASURMENDI, Jesús,
2011. Présentation. Transversalités, 2011/3 N° 119, p.7-12. DOI : 10.3917/trans.119.0007. URL : https://shs.cairn.info/revue-transversalites-2011-3-page-7?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/trans.119.0007


1La Terre sainte est un sujet de longue durée en même temps que de l’actualité la plus brûlante. Les trois traditions religieuses abrahamiques, judaïsme, christianisme et islam, considèrent, de manière diverse, non seulement Jérusalem mais le territoire qui l’entoure comme un « lieu saint ». Le dossier est complexe parce qu’il renvoie aux Livres saints des uns et des autres, engage une expérience religieuse dont on ne saurait ignorer le caractère décisif, elle-même très marquée par l’histoire, et qui n’est pas non plus sans soubassements anthropologiques différents en ce qui concerne le rapport à la terre. Surtout, depuis plus d’un demi-siècle, cette appellation de « Terre sainte » alimente le conflit du Moyen-Orient de justifications dont le bien-fondé est à éclairer. Il n’y aura pas d’issue réaliste au conflit sans que soit traitée la question de la terre, qui engage beaucoup plus que l’économie ou la politique. Personne ne doit ignorer, au-delà des rapports de force et des jeux géostratégiques, la complexité des facteurs humains, religieux et historiques, de la situation. Le présent dossier ambitionne d’apporter plusieurs contributions, issues d’une réflexion fondamentale bénéficiant d’approches scientifiques croisées.

2Nous avons d’abord demandé à des biblistes, trois chrétiens et un juif, de lire les Écritures en se posant la question de savoir comment et dans quelle mesure elles peuvent éclairer le débat, dès que l’on refuse de les instrumentaliser à des fins apologétiques.

3Jésus Asurmendi s’interroge avec précision à travers les textes sur ce qui permet de qualifier la terre de « sainte ». Le parcours est instructif, écrit-il, qui montre « que la terre, en elle-même, n’est ni sainte ni profane. La terre est sainte dans la mesure où la Vie, la Sainteté de Dieu est présente dans sa relation avec les hommes ».

4Claude Tassin examine comment le phénomène de diaspora change la donne. Son étude donne à comprendre que la nostalgie de la terre, pour les juifs de la diaspora, apparaît lorsqu’au lieu d’être vécue comme une mission, la dispersion est ressentie comme un châtiment, tandis que le rassemblement eschatologique, sur la terre où l’on n’est plus, devient comme le signe du pardon à venir.

5Alain Marchadour enfin, relisant le Nouveau Testament, marque le lien très fort de Jésus avec la terre d’Israël et la ville de Jérusalem ; pourtant, avec lui se dessine une nouvelle « géographie sacrée », inédite, liée à la Galilée ou plus exactement au lieu de sa propre activité. Le cœur de ce décentrement est que la terre de l’Alliance s’élargit au Royaume que prêche et inaugure Jésus, qui n’a plus de frontières. Ce déplacement est assez radical : « resituée dans l’ensemble de l’Évangile », nous dit Alain Marchadour, « [la] promesse de la terre faite aux pauvres [aux anawim] apparaît comme l’annonce du royaume des derniers temps, inauguré par Jésus », un royaume qui n’est plus lié à une terre particulière, qui s’en trouve désacralisée. Le vrai « lieu saint » est la personne de Jésus et le cœur de tout homme en qui l’Esprit fait sa demeure. « Plus que la terre, conclut-il, c’est désormais le Christ ressuscité qui donne valeur de sainteté à toutes les terres sanctifiées par les disciples de Jésus. »

6Le rabbin Philippe Haddad, qu’il faut remercier de sa disponibilité à contribuer au dossier, apporte alors un témoignage du judaïsme contemporain, dans une étude au titre significatif : « Terre sainte ou terre de sainteté » La scène du Buisson ardent (Ex 3,5) invite à reconnaître que la terre n’est pas sainte en elle-même, mais en tant qu’elle est le lieu d’une expérience de sainteté. Seul Dieu est saint, et la possession du territoire juré aux Pères se mérite indéfiniment par la mise en pratique de la Torah, signe de l’Alliance.

7Depuis cent ans, la naissance et le développement du sionisme ont changé la donne quant au rapport, religieux aussi bien que politique, que le peuple juif entretient avec la Terre qui est objet de la Promesse de Dieu. L’étude extensive et érudite de Roberta Collu-Moran permet de saisir aussi bien les conditions historiques de la réflexion sur la terre d’Israël que la complexité des positions sionistes et antisionistes, quand il s’agit de savoir si la terre d’Israël est un élément contingent ou nécessaire de l’existence juive. Il est passionnant de voir comment les penseurs juifs, partagés dans la réponse qu’ils donnent, argumentent à partir de leur propre tradition.

8Notre dossier est alors enrichi par deux apports, l’un issu du monde musulman, l’autre du monde chrétien du Moyen-Orient. Le premier provient du GRIC (Groupe de recherches islamo-chrétien), dont les coprésidents internationaux sont Asma Nouira et Henri de la Hougue, et qui réunit des chercheurs à Beyrouth, Paris, Rabat et Tunis. Le GRIC a mené de 2004 à 2006 une réflexion intitulée : « Espaces sacrés, lieux de violence ou de paix ». Trois extraits des dossiers présentés traitent, successivement, de la sainteté des lieux dans le Coran et la tradition musulmane ; du lieu saint en tant qu’emblème identitaire, et enfin de la sainteté des lieux dans la tradition mystique musulmane. L’autre apport, du P. Richard Abi Saleh, prêtre du diocèse de Beyrouth, et l’un des trois secrétaires du récent Synode maronite, est une réflexion pleine de profondeur sur la signification du Liban comme « terre spirituelle », au-delà du Territoire patriarcal au Moyen-Orient, depuis que les membres de la diaspora maronite sont plus nombreux que les maronites résidant au Liban proprement dit.

9Les deux textes suivants ne sont pas de même nature. D’abord le cardinal Jean-Louis Tauran, qu’il faut remercier d’avoir autorisé la publication de ce texte, précise la position actuelle et constante du Saint-Siège sur les lieux saints. Puis Jacques Nieuviarts, assomptioniste en charge du Pèlerinage national à Lourdes, donne un témoignage pastoral sur la manière dont pèlerinages et sanctuaires chrétiens constituent une sorte d’école de la foi.

10La dernière contribution, de François Bousquet, invite à une réflexion de théologie fondamentale, qui prend la mesure de la complexité du dossier tout en suggérant quelques pistes. La Terre sainte est une terre particulière qui ne saurait être disjointe de ce qu’elle a à donner comme signe concret pour toute la terre habitée (l’oïkouménè), car elle ne peut être unique sans être vraiment universelle. Le désir qui l’investit, humain et religieux, ne peut pas plus se réaliser sous le signe de l’exode que sous celui de l’exil, mais seulement sous celui de la Pâque, dans un attachement et un détachement simultanés. Et cette Terre ne peut être dite « sainte », en fonction des événements révélateurs qui s’y rattachent pour chacune des trois religions qui la qualifient ainsi, qu’en étant un lieu où habiter et demeurer ensemble …


Date de mise en ligne : 24/01/2013

https://doi.org/10.3917/trans.119.0007