Liminaire
- Par Laurent Villemin
Pages 5 à 7
Citer cet article
- VILLEMIN, Laurent,
- Villemin, Laurent.
- Villemin, L.
https://doi.org/10.3917/trans.108.0005
Citer cet article
- Villemin, L.
- Villemin, Laurent.
- VILLEMIN, Laurent,
https://doi.org/10.3917/trans.108.0005
1La revue Transversalités avait déjà consacré une large part d’une de ses livraisons (n? 93, janvier-mars 2005) à la question de la laïcité. Il s’agissait de la publication des actes d’un colloque qui avait marqué le centenaire de la loi de 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État. Pourquoi revenir sur le sujet aujourd’hui ? La raison en est moins le développement médiatique autour de la « laïcité positive » que la volonté d’approfondir un sujet, dont l’article d’Émile Poulat, Directeur d’Études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, nous montre la polysémie et le risque de vouloir le restreindre à une idée simple. La finale de son article nous conduit à une interrogation fondamentale : « Un principe peut être posé, acceptable par tous : reconnaître l’absolue liberté de ta conscience ne m’oblige à reconnaître ni l’idée que tu t’en fais, ni l’usage que tu en fais, mais implique la réversibilité et la réciprocité à mon égard. »
2Philippe Greiner, Doyen de la Faculté de Droit canonique de l’Institut catholique de Paris, donne à voir la puissance heuristique de cette formule à travers le dossier concret de la mise en place de la laïcité dans l’enseignement public français et l’écartement progressif de l’Église pour affermir les prérogatives de l’État et garantir l’avenir de la République.
3La laïcité s’impose donc, mais comme un système fragile de compromis qui nécessite d’être renégocié en permanence. Cette renégociation a le mérite de faire remonter en surface la question du théologico-politique. Olivier Abel, Professeur à la Faculté libre de Théologie Protestante, nous offre une stimulante réflexion sur les figures politiques de la religion et les figures théologiques du politique. La séparation stricte des deux domaines ne lui apparaît ni faisable ni forcément souhaitable.
4C’est dans cette droite ligne que s’inscrit la réflexion de Philippe Capelle, Doyen honoraire de la Faculté de Philosophie de l’Institut catholique de Paris, sur laïcité et autorité, reprenant des thèmes dans l’ouvrage récent qu’il a dirigé : Dieu et la cité. Le statut contemporain du théologico-politique, Paris, Cerf, 2008. Il nous invite à une méditation philosophique sur l’autorité inspirée.
5Jacqueline Lalouette, Professeur à l’Université Lille III, revient, pour clore ce dossier, sur la genèse de l’expression récente de laïcité positive, et la situe sur le fond d’un double anticléricalisme : contre le cléricalisme, d’une part, et contre les clercs, d’autre part. Son enquête historique permet aussi de distinguer l’anticléricalisme de l’antichristianisme. C’est au prix d’un tel travail d’exégèse des catégories et des termes qu’on peut comprendre, sans la simplifier, la situation actuelle des religions dans l’espace public et politique français.
6Les deux articles de la rubrique Varia viennent comme des contrepoints harmoniques du dossier sur la laïcité. Hubert Faes, Doyen de la Faculté de Philosophie de l’Institut Catholique de Paris, s’interroge sur la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du point de vue des droits culturels. Jean-Daniel Causse, Professeur à l’Institut Protestant de Théologie de Montpellier et à l’Université Montpellier III, revient sur les conditions de structuration du sujet chrétien de l’éthique, à la fois dans la communauté et dans sa singularité.
7La rubrique Chronique de ce numéro se trouve particulièrement fournie. La Faculté des Lettres et l’Institut des Arts Sacrés ont organisé début 2008 une rencontre autour du couturier contemporain Jean-Charles de Castelbajac et plus largement autour du lien entre couture et art sacré. Tout le monde a encore présentes en mémoire les chasubles multicolores des JMJ en 2000. Créées par le couturier pour le pape et les concélébrants, elles restent un des symboles de cette manifestation ainsi qu’une trace de l’heureuse collaboration entre la liturgie et la création artistique. Le dossier monté par Sylvie Barnay, enseignante à la Faculté des Lettres de l’Institut catholique de Paris et Maître de conférences à l’Université de Metz, fait pénétrer dans un univers certainement inconnu de la plupart d’entre nous. Ses mots de présentation disent plus que la liste des contributeurs de premier plan de ce dossier : « Depuis la fin du xxe siècle, le vêtement à motif religieux est en effet utilisé comme élément d’un système de représentation et d’interprétation autonome. Les figures du Christ, de la Vierge, des saints ou des anges se trouvent ainsi déplacés sur les scènes des défilés de mode d’aujourd’hui. Il s’agit alors d’interroger si le vêtement fonctionne comme une icône religieuse ou, au contraire, comme une icône de mode, c’est-à-dire son exacte inversion, posant ainsi un questionnement d’anthropologie chrétienne d’envergure ».
8Grâce à l’article In Memoriam d’Isabelle Bochet, on ne manquera pas de faire retour à la belle figure de maître, de collègue et d’ami de Goulven Madec décédé le 20 avril 2008. Il a initié beaucoup d’entre nous à saint Augustin et à ses écrits, avec rigueur, humour et passion, devenant comme l’évêque d’Hippone un maître de vie.