La raréfaction des spoilers, symbole d’un cloisonnement tacite des spectateurs connectés
- Par Benjamin Campion
Pages 23 à 42
Citer cet article
- CAMPION, Benjamin,
- Campion, Benjamin.
- Campion, B.
https://doi.org/10.3917/telev.011.0023
Citer cet article
- Campion, B.
- Campion, Benjamin.
- CAMPION, Benjamin,
https://doi.org/10.3917/telev.011.0023
Notes
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Du verbe anglais to spoil qui signifie « gâcher », le spoiler naît de la divulgation impromptue d’un élément clé de l’intrigue d’une œuvre de fiction. Un mot-valise québécois (qui a intégré l’édition 2020 du Petit Larousse illustré) résume bien cette relation de cause à effet : « divulgâcher » (Feltin-Palas 2019).
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Précisons d’emblée qu’il ne s’agit pas ici d’établir une hiérarchie entre la gêne occasionnée par un spoiler en régime télévisuel et celle occasionnée par un spoiler en régime cinématographique. On se souvient par exemple de la campagne publicitaire organisée par Alfred Hitchcock au moment de la sortie de Psycho (1960), au cours de laquelle il exhorta les spectateurs à ne surtout pas révéler la fin du film à ceux qui ne l’avaient pas encore vu. Je me permettrai toutefois de relever une différence de sensibilité liée au temps passé à suivre une œuvre de fiction : obtenir prématurément la réponse à une question centrale posée pendant plusieurs saisons par une série au long cours (par exemple, Les naufragés de Lost ont-ils survécu au crash de l’Oceanic 815 ?) ne produit pas le même effet que d’apprendre, avant de l’avoir vu en salle ou à la télévision, la fin d’un film d’1 h 49 tel que Psycho. Ce qui n’empêche pas la seconde expérience de produire un effet potentiellement désagréable…
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[3]
Un twist est un « retournement de situation inattendu dans l’intrigue d’une œuvre/série. Cette structure narrative pousse le téléspectateur à revoir son interprétation » (Boissonneau 2018 : 309).
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La série de Vince Gilligan est revenue brièvement à la vie par l’intermédiaire d’un film, El Camino : A Breaking Bad Movie, mis en ligne par Netflix le 11 octobre 2019. Selon le principe du sequel, celui-ci raconte ce qui arrive à Jesse Pinkman (Aaron Paul) après les événements dépeints par la fin de la série.
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Ce sont les noms qui reviennent le plus souvent dans les classements établis par les médias américains, même si cette liste n’a évidemment rien d’exhaustif (ni de scientifiquement établi, d’ailleurs). Voir à ce sujet : Jeffery 2017, Pirone 2018, Getz 2018, Auty 2019.
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Parmi ces séries des années 1990 et 2000, quatre sont revenues à la vie dans les années 2010 : Twin Peaks (en 2017 sur Showtime, alors qu’elle était initialement diffusée par ABC), The X-Files (entre 2016 et 2018 sur Fox), 24 (en 2014 sur Fox) et Prison Break (entre 2017 et 2019, également sur Fox).
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[7]
Je place d’ores et déjà Hulu dans une catégorie à part, puisque, pour l’heure, cette entreprise commune de NBC Universal, 21st Century Fox et The Walt Disney Company (propriétaire d’ABC) ne met pas systématiquement en ligne ses nouveautés originales par saisons entières, contrairement à Netflix et à Amazon (Campion 2019 : 57).
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Plus précisément, « binge-first » induit la mise en ligne simultanée de tous les épisodes d’une saison avant une éventuelle diffusion télévisée à un rythme hebdomadaire. S’appuyant sur l’exemple de BBC (« Finally, the BBC has become the first major linear network to announce plans to go binge-first with new seasons, favoring internet over linear viewers »), Reed Hastings s’efforce, par l’emploi de cette expression, d’établir le rythme de diffusion adopté par Netflix comme celui vers lequel vont peu à peu converger tous ses concurrents, quitte à recourir à une solution mixte permettant tout de même de maintenir une diffusion télévisée pour les spectateurs privilégiant le modèle traditionnel. Disney+, le service de SVOD de Disney inauguré en 2019, a cependant opté pour une voie différente en mettant en ligne les épisodes de sa première série originale, The Mandalorian, selon une périodicité hebdomadaire, passée une première semaine à deux épisodes (dévoilés respectivement les 12 et 15 novembre 2019).
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Ces nouveaux habitus ne doivent pas faire oublier que la possibilité de regarder toute une saison à la suite, sans attendre une semaine entre chaque épisode, existe depuis l’édition de séries sur support VHS (à partir des années 1980). Rappelons également que divers types de réception coexistent : même si tous les épisodes d’une saison sont disponibles sur une plate-forme de SVOD, cela n’empêche pas les spectateurs qui le souhaitent de prendre leur temps et de les regarder selon un rythme plus diffus. Cependant, le fait que des épisodes inédits soient déjà accessibles, et que certains spectateurs pressés puissent les voir avant soi, influe forcément sur notre rapport au spoiler – quel que soit le mode de réception pour lequel on opte. C’est précisément sur ce changement paradigmatique que se concentre le présent article.
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« Dallas had the characteristics of a prime-time series, airing only once a week and going into reruns with the rest of the lineup during the summer » (Thompson 1996 : 34).
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[11]
Des séries emblématiques des années 2000 comme 24 ou Lost, louées notamment pour leur propension à donner envie de connaître la suite, doivent ainsi beaucoup à la version américaine de Survivor, lancée en 2000 par CBS. Du temps où elle était directrice des programmes de Fox, Gail Berman se souvient en effet avoir cité ce programme de téléréalité en exemple pour vendre le concept hyperfeuilletonnant de 24 à ses supérieurs (Sepinwall 2012 : 222). À l’été 2003, alors qu’il se trouvait en vacances familiales à Hawaï, le président d’ABC Entertainment, Lloyd Braun, eut quant à lui une soudaine inspiration : et si l’on croisait Castaway (le film, sorti en 2000, montrant les aventures de Tom Hanks perdu sur une île déserte) et Survivor ? L’étincelle à l’origine de Lost venait de jaillir (Carter 2006 : 207).
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[12]
La mythologie désigne « quelque chose de progressif et de prospectif, qui évolue dans le temps long de la série. Là où le canon ne fait que s’étendre en authentifiant de plus en plus d’éléments, la mythologie se centre sur les arcs narratifs – tout en possédant aussi […] une dimension encyclopédique. » (Favard 2019 : 129-130)
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[13]
« The first season of Bloodline is the pilot. It’s not like the first episode of Bloodline is the pilot » (VanDerWerff 2015).
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« We approached this creatively as a 13-hour movie » (Stelter 2013).
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[15]
« While interviewing “Transparent” creator Jill Soloway for a story about the Amazon dramedy’s upcoming second season, she told me that she’s started to look at the individual episodes as almost interchangeable in terms of where she can place scenes, and that they think of the whole season as a five-hour movie » (Sepinwall 2015).
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[16]
« It’s a 13-hour movie. It’s not TV ! TV is like reality shows and news channels » (Setoodeh 2019).
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[17]
« People aren’t going to commit to a five-hour series just to watch one specific shot. No, what matters most here is the ending. Mysteries live and die by the reveal. Get it right and you will live forever ; mess it up and you ruin everything that led to it. Homecoming might be the easiest show in the world to spoil, so I’ll play it safe and only say is this : the intrigue pays off. This is a very satisfyingly structured series indeed » (Heritage 2018).
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Notons au passage que le journaliste assimile la première saison de Homecoming à une « série de cinq heures », anticipant le fait que celle-ci prendra à terme la forme d’une « anthologie saisonnière » (Monnet-Cantagrel 2016 : 87), avec un autre réalisateur et une autre actrice principale à sa tête (Sam Esmail et Julia Roberts conservant tout de même leurs casquettes de producteurs exécutifs, Baysinger 2019).
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Mon propos ne s’articule pas autour d’une échelle des nuisance provoquées par ces différents types de révélation (d’autant que les films cités, à l’instar de Psycho, reposent fondamentalement sur des mystères dont le dévoilement prématuré peut être jugé particulièrement dérangeant). Il est plutôt d’ordre mathématique : une série mise en ligne par saisons entières, au même titre qu’un film composé d’un seul bloc, ne peut susciter autant de spoilers qu’une série diffusée à un rythme hebdomadaire. Dans le premier cas, la fin tient forcément une place prépondérante (sachant qu’elle n’est jamais très loin), là où le modèle de diffusion traditionnel, plus occupé à repousser cette fin qu’à la faire advenir, mise plutôt sur ce que Florent Favard appelle la « promesse d’un dénouement » (Favard 2019).
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« Our assumption was that the assassination attempt would be in Episode 24 and Jack would foil it. That would be like a movie. Because of the way the story laid out, instead of Episode 24, the attempt went down in Episode 8. […] We had to rethink the whole way we thought of the show » (Sepinwall 2012 : 223-224).
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[21]
Ajoutons à cette instantanéité de l’accès en SVOD une certaine ironie liée au piratage des séries distribuées par ces plates-formes. Pour les plus populaires et les plus attendues d’entre elles, le partage de leurs nouveaux épisodes sur les sites de torrent suit en effet de quelques heures seulement leur mise en ligne légale (le temps de les « aspirer », de les encoder et de les distribuer en pair-à-pair). Dans les cas de Netflix, Disney+ et Apple TV+, les « packages » sont de surcroît généralement accompagnés des sous-titres professionnels confectionnés dans toutes les langues requises pour une sortie internationale simultanée.
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[22]
À ne pas confondre avec les « saisons-parties » mentionnées plus haut. Par exemple, les saisons 1 et 2 de The OA sont respectivement intitulées « Part I » et « Part II » (saisons-parties) ; de leur côté, les trois saisons de Bloodline sont divisées en « parties » numérotées de 1 à 33 (épisodes-parties).
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Précisons tout de même que cet usage n’a rien d’inédit et n’est pas propre aux plates-formes de SVOD. Une recherche dans les bases de données consacrées aux séries télévisées américaines sur les titres d’épisodes constitués en « chapitres » fait en effet apparaître des fictions aussi différentes que les mini-séries Rich Man, Poor Man et Rich Man, Poor Man Book II (ABC, 1976-1977), les séries The Survivors (ABC, 1969-1970), The Gangster Chronicles (NBC, 1981), Murder One (ABC, 1995-1997), Boston Public (Fox, 2000-2004), sans oublier les cas contemporains de Jane the Virgin (CW, 2014-2019) et Riverdale (The CW, 2017-). Mais ces cas s’avèrent dans l’ensemble assez isolés et ponctuels, là où ils font faisceau concernant les premières vagues de séries originales mises en ligne par Netflix.
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[24]
Notons tout de même la segmentation de Too Old to Die Young et de la première saison de Bosch (deux séries d’Amazon), respectivement en « volumes » et en « chapitres ». Quant à la minisérie Crisis in Six Scenes, créée par Woody Allen en 2016 pour Amazon, elle entendait se distinguer des canons télévisuels en adoptant une architecture en « scènes » – plutôt qu’en « épisodes » –, corroborée par l’absence de générique d’ouverture au début de chaque épisode (le tout premier affichant simplement une page de titre à la manière d’un film). Mises bout à bout, les six « scènes » étaient censées composer un long-métrage, mais cette équivalence était contredite par l’affichage (juridiquement imposé) de crédits de fin à l’issue de chaque épisode…
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[25]
Outre le cas de Disney+ déjà évoqué, Apple (via son service de SVOD Apple TV+) met également certaines de ses séries originales en ligne selon une périodicité plus étendue que Netflix. Toutes lancées le 1er novembre 2019, les séries The Morning Show, See et For All Mankind ont ainsi vu leurs trois premiers épisodes inaugurés concomitamment, avant de passer à un rythme de diffusion hebdomadaire par la suite. C’est également le cas pour Servant (lancée le 28 novembre 2019) et Truth Be Told (6 décembre 2019). À l’inverse, la première saison de Dickinson a été mise en ligne d’un seul bloc, le 1er novembre 2019. Le modèle télévisuel (dont on trouve trace dans la dénomination « Apple TV+ ») continue par conséquent d’influer sur de nouveaux entrants du marché des séries originales, même si sa périodicité de diffusion traditionnelle n’est pas appliquée de manière systématique.
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Je compare ces deux séries en ayant bien conscience qu’elles n’en sont pas, au moment relevé, au même stade de leur existence (saison finale pour Game of Thrones, troisième saison d’une série qui sera renouvelée deux mois plus tard pour Stranger Things). Il ne s’agit donc pas, stricto sensu, d’une étude comparative « toutes choses égales par ailleurs ». Cependant, non seulement les deux séries en question suscitaient de fortes attentes chez la critique et le public en raison de leur succès préalable, mais elles se sont en outre succédé dans l’actualité du printemps-été 2019. Il n’en reste pas moins que les présents travaux gagneraient à être prolongés par une analyse de la couverture médiatique de la saison finale de Stranger Things, une fois que celle-ci aura été diffusée.
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[27]
L’intrigue macroscopique de Game of Thrones s’articule autour d’une question majeure itérative : Qui va monter sur le Trône de fer ? Une interrogation à laquelle a fini par répondre l’épisode conclusif de la série, tout en s’attaquant physiquement au Trône en question…
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[28]
« [Netflix is] prohibiting me from so much as hinting at who (or what) the determined citizens of Hawkins, Indiana are up against this time » (Framke 2019).
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[29]
Même quand un protagoniste présent depuis le début de la série se sacrifie dans l’épisode final de la saison 3, un doute est sciemment entretenu, quelques minutes plus tard, quant à l’authenticité de cette disparition…
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[30]
À titre d’exemple, une critique de l’épisode 8.03 de Game of Thrones a été publiée à la fois par Le Monde (Audureau 2019), Libération (Girard 2019), Télérama (Mury 2019), Les Inrocks (Buyukodabas 2019) et Le Point Pop (Guedj 2019).
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[31]
« Always gauge your audience. Are they caught up ? Did they see it ? » (Cité par Schneider 2019).
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[32]
Côté américain, des « récap » de chaque épisode de cette troisième saison ont tout de même été publiés chez Vulture, mais sur une période de seulement deux jours : les 4 et 5 juillet 2019 (Phipps 2019).
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[33]
Même le générique d’ouverture de la série, qui nous emmenait jusque-là (via une carte en trois dimensions de son monde fictif) sur les différents lieux amenés à être explorés dans la suite de l’épisode, s’est uniformisé en saison 8 afin d’éviter tout spoiler interne (Vary 2019).
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[34]
Outre les intentions affichées par les dirigeants de Disney et Apple, rappelons que la plupart des networks et des chaînes du câble américain continuent tout de même d’échelonner leurs saisons sur plusieurs mois (préservant ainsi le sens originel du terme « saison »). Casey Bloys, directeur des programmes de HBO, s’en est récemment expliqué en déclarant que « c’est une force d’avoir des séries qui font parler pendant huit ou dix semaines, et non juste un week-end » (Cité par Littleton 2019). Cependant, de plus en plus de chaînes commencent à opter pour une solution mixte (toute la saison mise en ligne d’un seul coup pour les spectateurs connectés, un épisode diffusé chaque semaine pour les téléspectateurs), en vue de capter un public à la fois jeune et plus âgé. Citons Canal+ en France, BBC en Angleterre, et même certains networks américains désireux de s’adapter aux nouveaux usages. Dès mai 2015, NBC a ainsi mis en ligne, d’un seul bloc, la saison inaugurale d’Aquarius (2015-2016) sur son site Internet NBC.com ainsi que sur son application mobile, dans la foulée de la diffusion linéaire des deux premiers épisodes (TV BTN 2015).
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Créée en 2005, cette encyclopédie entièrement consacrée à la série Lost contient plus de 7 000 articles en langue anglaise. Également consultable dans 17 autres langues, elle est accessible à l’adresse suivante : https://lostpedia.fandom.com.
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« TV doesn’t feel the same when you watch it that way. It’s more of a solitary experience, no matter how many fellow fans discuss it with you on social media. And it necessarily reduces the level of excitement surrounding a season or series finale because the show has been deprived of that measured pace of one episode per week, with six days of contemplation and anticipation in between each chapter, all leading inexorably to that last run of episodes during which the fans, who’ve spent years living and breathing this thing, come to terms with the totality of the accomplishment, and ready themselves for the exquisite and horrible moment when the storytellers swing that sword at our necks and the birds take flight and the credits roll for the last time » (Zoller Seitz 2019).
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« Binge-watching […] offers unprecedented control to viewers » (Jenner 2018 : 110).
S’il est une maladresse qui peut vous attirer les foudres des sériephiles (à un degré que les purs cinéphiles ne peuvent pas connaître), c’est bien celui de leur dévoiler sans prévenir un spoiler. Dans la cour de récréation, sur le quai d’une gare, dans les vestiaires d’un club de sport ou près d’une machine à café où l’on refait le monde, la révélation impromptue nous renvoie immanquablement à une quotidienneté de notre expérience spectatorielle. Le spoiler crispe, irrite, inquiète car il signale et en même temps menace notre passion dévorante pour ces fidèles accompagnatrices que sont les séries télévisées. Médias en ligne et réseaux sociaux ont d’ailleurs accéléré sa propagation et élargi son pouvoir de nuisance, si bien qu’il paraît aujourd’hui omniprésent. Dans le prolongement logique de cette démocratisation de l’accès aux « contenus », il était par conséquent attendu des plates-formes de SVOD qu’elles signent l’apogée de l’ère du spoiler. La réalité est pourtant tout autre. Dans cet article, on aborde trois évolutions apportées par l’entrée en lice de ces plates-formes – respectivement en termes de conception, de diffusion et de réception – qui modifient en profondeur notre rapport au spoiler, réaffirmant au passage tout ce que ce « nuisible » porte en lui de l’attachement que peut engendrer la forme sérielle : la mise en ligne par saisons entières ; la substitution de catalogues accessibles à la demande à la traditionnelle grille de programmes et la nouvelle espèce de spectateurs emergés grâce à Internet, les espaces collaboratifs en ligne, les logiciels de visionnage informatiques et la télévision « complexe ».
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