Ethnographie d’une pratique de colorisation dans l’art contemporain
Au sujet d’Excentrique(s) de Daniel Buren
- Par Arnaud Dubois
Pages 100 à 117
Citer cet article
- DUBOIS, Arnaud,
- Dubois, Arnaud.
- Dubois, A.
https://doi.org/10.4000/tc.7569
Citer cet article
- Dubois, A.
- Dubois, Arnaud.
- DUBOIS, Arnaud,
https://doi.org/10.4000/tc.7569
Notes
-
[1]
Ma thèse porte sur les pratiques de la couleur dans l’art contemporain occidental que j’analyse en suivant « la chaîne opératoire des agglutinations chromatiques » observée sur le terrain d’enquête (le Musée National d’Art Moderne, le Centre Pompidou Mobile et Monumenta 2012). À partir d’une microanalyse des qualités chromatiques des objets (une installation, une architecture, une identité visuelle et quatorze œuvres de la collection du MNAM), je cherche à comprendre comment les couleurs des objets d’art sont faites et ce que la matérialité « fait faire » aux agents qui font cette couleur. Cette méthode d’enquête permet de décrire les multiples relations qui s’établissent en situation de travail entre humains et couleurs, et de réfléchir à ce qu’est la socialisation des couleurs.
-
[2]
Citation extraite d’un entretien avec Daniel Buren le 15 juin 2012 au Grand Palais à Paris.
-
[3]
Le CNAP est le commanditaire de l’œuvre de Buren. Le forum des bloggeurs s’est tenu le 12 mai 2012 au Grand Palais.
-
[4]
Entretien réalisé le 24 mai 2012.
-
[5]
Baxandall (1972) a montré l’enjeu de s’intéresser aux relations entre commanditaire et artiste pour comprendre les couleurs des œuvres d’art.
-
[6]
Buren fait des « Cabanes éclatées » depuis le milieu des années 1970.
-
[7]
Il m’explique cela lors d’un entretien le 18 juin 2012 : « Nous (les architectes formés dans les années 1960) on a été influencés par la technique et non pas par l’étude antique ».
-
[8]
Les grammaires de l’ornement sont des ouvrages produits au xix e siècle dans le champ des arts décoratifs qui répertorient, dans de grands livres imprimés en chromolithographie, des motifs ornementaux divers.
-
[9]
Sur les images photographiques publiées de cette maquette, on reconnaît le bureau de l’agence Construire de Patrick Bouchain. Les plans sont aussi au nom de l’agence d’architecture. Le copyright des reproductions de cette maquette sont d’ailleurs au deux noms de Buren et de l’agence Construire.
-
[10]
Depuis 2002, Art Project a été le producteur et l’installateur des principales expositions de Buren dans de grandes institutions : 2002 au Centre Pompidou, 2007 à la Biennale de Venise, 2008 au musée Picasso, 2011 au Centre Pompidou-Metz, etc.
-
[11]
Entretien réalisé le 27 novembre 2012.
-
[12]
http://www.afroa.fr/fr/metier/ (consulté le 10 novembre 2015).
-
[13]
Mathieu Mercier, Claude Lévêque, Vito Acconci, Xavier Veilhan, Kader Attia, Laurent Grasso, Pierre Ardouvin, Adel Abdessemed, Camille Henrot, Franck Scurti, Carsten Höller, etc.
-
[14]
Ces artistes n’appartiennent pas en effet à un courant esthétique défini ou à un mouvement artistique spécifique qui permettrait de dire que la relation entre technique et esthétique est visible dans le style de l’œuvre.
-
[15]
Buren utilise depuis les années 1960 des bandes noires et blanches (ou une couleur et blanche) de 8,7 cm de large, comme un outil visuel.
-
[16]
Buren utilise en effet de nombreux matériaux de la couleur : tissus colorés, papiers imprimés, peintures, plexiglas, adhésifs, pierres, plastiques divers, lumières, etc.
-
[17]
C’est ce que l’on appelle une mise en teinte. C’est une pratique courante des industries de la couleur. Mais produire, à la demande d’un client, une référence qui n’existe pas dans la gamme, s’inscrit dans une économie de la production industrielle qui n’est pas la même que celle de l’art. La capacité à répondre à une mise en teinte varie donc d’une entreprise à une autre et d’un projet à un autre.
-
[18]
Les sept divisions sont : meubles, extérieur, génie civil, étanchéité, support technique voiture, adhésivage et composite.
-
[19]
Il m’avait dit auparavant : « Je voulais cinq couleurs minimum, peut être sept, j’en voulais beaucoup. »
« Comment vous avez choisi vos couleurs ? Je leur dis : j’ai jamais choisi. »
Daniel Buren
Au cours de mon terrain doctoral sur les pratiques de colorisation dans l’art contemporain, je rencontre, en mai 2012, Daniel Buren, pour parler des couleurs de son œuvre alors en exposition au Grand Palais, intitulée
Excentrique(s) travail in situ.
Dans l’entretien, de façon récurrente, Buren rejette la théorie, la psychologie et le symbolisme auxquels les couleurs ont été attachées dans la pensée et la pratique moderne de l’art (Gage 2008 ; Roque 2009 ; Alliez 2007). Tout d’abord, il affirme que l’intentionnalité de sa pratique chromatique ne réside pas dans le choix des teintes. Lors de notre rencontre il insiste sur ce leitmotiv de sa pratique coloriste (Buren 1965 & 2002) : « Alors comment vous avez choisi vos couleurs ? Je leur dis : j’ai jamais choisi ». Dans un entretien, il note encore qu’il « utilise ces quatre couleurs (celles de l’œuvre
Excentrique(s)
) sans avoir d’autre choix possible ». Cette volonté affichée de ne pas « choisir » les couleurs de ses œuvres ne correspond pas pour autant à un désintérêt pour la couleur. Au contraire, Buren conçoit la couleur comme l’un des éléments principaux de son travail et même des arts visuels en général. « Je pense que la couleur reste et est, pour moi, la chose, l’une des choses, il y en a d’autres, mais c’est l’une des choses absolument fondamentales des arts visuels. » Et il insiste : « S’il y a de la pensée dans une œuvre, je pense qu’elle est dans la couleur…