L’internement aux fins d’extermination par le travail de tous les détenus
Pages 185c à 189c
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Les Nacht und Nebel
1 Le décret Nacht und Nebel (Nuit et brouillard), pris en décembre 1941 sous l’inspiration directe de Hitler, est fondamentalement une mesure d’intimidation à l’adresse des pays occupés ; il organise la « disparition » de tous les résistants et opposants supposés attenter à l’occupant dès lors qu’ils ne peuvent être jugés et exécutés dans un délai de moins de 8 jours. Au secret dans des prisons en Allemagne, mais le plus souvent internés dans les camps de concentration, ils y sont soumis à un isolement complet et au régime le plus difficile, et leur mort doit être tenue secrète. Les difficultés pratiques d’application de ce décret, qui a concerné environ 7 000 résistants – 1 000 capturés en Norvège, 5 000 en France, 1 000 aux Pays-Bas, en Belgique et au Luxembourg – ont conduit les nazis à les disperser d’abord dans divers camps de concentration, avant que le Struthof soit choisi comme centre de regroupement des prisonniers Nacht und Nebel en 1943.
L’esclavage
2 Le marché d’esclaves se développe largement de 1935 à 1945 dans le Reich et ses territoires annexés. Il est tenu par les ss au bénéfice des industriels allemands participant à l’effort de guerre et qui contractent avec eux, et leur paient un tarif journalier pour 12 à 14 heures de travail. Le petit camp du Struthof possède ainsi 70 Kommandos extérieurs (Ausserkommandos) en territoire français proche, mais surtout en Bade, en Wurtemberg, en Hesse. Ils servent, outre I.G. Farben ou Kruppwerken, de nombreuses entreprises de grande envergure aux noms toujours réputés aujourd’hui.
L’expérimentation des gaz toxiques destinés à l’extermination des prisonniers
3 Une petite chambre à gaz a été construite au camp du Struthof pour tester les nouveaux types de gaz destinés à Auschwitz, à Majdenek, à Treblinka, avant leur production industrielle. La population recrutée par les ss pour ces expérimentations au Struthof est juive et tzigane.
L’expérimentation médicale
4 Initiées et développées d’abord à Dachau, les expérimentations médicales ne sont pas à l’initiative des camps de concentration, mais s’inscrivent dans la coopération des ss avec de grandes entreprises de l’industrie chimique, des instituts et facultés de médecine du Reich, de l’armée de terre, de l’air, de la marine et sont largement organisées par H. Himmler. Le programme soutenu au camp du Struthof par Himmler met la recherche au service direct de l’idéologie nazie en même temps qu’il sert les ambitions personnelles du professeur August Hirt, nommé directeur de l’Institut d’anatomie de la Reichuniversität de Strasbourg : celui-ci propose de compléter une collection de crânes de différentes races par un lot de « crânes de commissaires judéo-bolcheviques » en vue de démontrer, à partir des squelettes, la supériorité de la race aryenne sur toutes les autres. Pour disposer du meilleur matériau scientifique, il obtient des ss de pouvoir pratiquer lui-même les mesures anthropométriques sur des sujets vivants et pour que leur tête ne soit pas endommagée après leur décès, de contrôler les modalités de leur mort, après avoir prescrit la sélection des hommes et des femmes mis à sa disposition.
5 Cent quinze détenus d’Auschwitz ont ainsi été transférés au camp du Struthof où le professeur Hirt a organisé leur assassinat au moyen de sels de cyanure, selon un calendrier compatible avec l’organisation du travail de préparations anatomiques à l’université strasbourgeoise : du 11 au 19 août 1943, meurent ainsi 79 hommes juifs, 2 hommes polonais, 4 hommes d’Asie centrale, et 30 femmes juives. Le massacre a eu lieu hors du camp, dans la chambre à gaz près de la ferme, et des fragments de leurs cadavres, trouvés dans l’Institut d’anatomie par les alliés durant l’hiver 1945, en témoignent.
6 Ainsi le camp du Struthof, tout en participant de la logique de mort des camps de concentration nazi, y occupe une place particulière ; construit dans la folle perspective d’une victoire idéologique et militaire de Hitler en Europe, il a été mis au service des démonstrations pseudo-scientifiques de son idéologie raciste, et il a été la dernière destination de nombreux résistants à ce totalitarisme fondé sur l’épuration raciale érigée en mythe, les prisonniers Nacht und Nebel.