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Compte rendu

Dominique Bodin, Sophie Javerlhiac, & Jean-Nicolas Renaud (dir.). Se doper ou pas ? Les jeunes sportifs face à la tentation du dopage. Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2015, 197 p.

Pages 103c à 109c

Citer cet article


(2016). Dominique Bodin, Sophie Javerlhiac, & Jean-Nicolas Renaud (dir.). Se doper ou pas ? Les jeunes sportifs face à la tentation du dopage. Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2015, 197 p. Staps, 114(4), 103c-109c. https://doi.org/10.3917/sta.114.0103c.

« Dominique Bodin, Sophie Javerlhiac, & Jean-Nicolas Renaud (dir.). Se doper ou pas ? Les jeunes sportifs face à la tentation du dopage. Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2015, 197 p. ». Staps, 2016/4 n° 114, 2016. p.103c-109c. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-staps-2016-4-page-103c?lang=fr.

2016. Dominique Bodin, Sophie Javerlhiac, & Jean-Nicolas Renaud (dir.). Se doper ou pas ? Les jeunes sportifs face à la tentation du dopage. Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2015, 197 p. Staps, 2016/4 n° 114, p.103c-109c. DOI : 10.3917/sta.114.0103c. URL : https://shs.cairn.info/revue-staps-2016-4-page-103c?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/sta.114.0103c


1 La corruption, le dopage, le trucage de compétitions semblent ne plus pouvoir quitter l’avant-scène médiatique du sport contemporain. Ils en deviennent des sortes de totems qui ne nous empêchent pas de crier dans le même engouement et non sans paradoxe : « Tous pourris » et « Allez les Bleus ! » à quelques secondes d’intervalle. Selon les affaires, ce sont tantôt les institutions sportives (internationales ou nationales), les sportives et les sportifs ou encore les autorités politiques qui apparaissent sous le feu des projecteurs et endossent le costume du « coupable », mais c’est bien le fonctionnement de l’ensemble du mouvement sportif qui fait débat. Cependant, en préambule, il est important de rappeler que c’est aussi une dimension intrinsèque des sports modernes que de chercher inlassablement à dépasser des records, à courir plus vite, à sauter plus haut, à faire plus de matchs dans une saison, à choisir des cols plus élevés et cela en réussissant par tous les moyens.

2 Avec Se doper ou pas ?, Dominique Bodin, Sophie Javerlhiac et Jean-Nicolas Renaud ne cherchent pas à apporter des réponses à l’ensemble des problèmes de la sphère sportive, mais ils souhaitent mettre au jour les processus qui amènent les sportifs les plus jeunes à « entrer » dans le dopage, en éclairant l’environnement juridique (réglementation) et politique (prévention) de ces pratiques. De fait, l’ouvrage propose une lecture très détaillée de la complexité des phénomènes sociaux liés au dopage, dont l’ampleur dépasse les clichés véhiculés par certains médias et qui ne se résume pas à de simples injections (ou transfusions) prises le soir entre deux étapes du Tour de France ou à la veille d’une rencontre capitale.

3 Dans la première partie, intitulée « Le cadre juridique français », Yann Héraud et Éric Péchillon soulignent les difficultés inhérentes à la création d’un cadre juridique autour des activités sportives. En effet, au-delà des dynamiques de l’intégration européenne et de l’internationalisation du sport, force est de constater que le droit du sport est encore très majoritairement une question nationale, alors que la mise en place de réglementation supranationale n’est jamais automatique et que les institutions sportives possèdent (et revendiquent) une vraie autonomie vis-à-vis de la sphère politique. Ainsi, l’Agence mondiale antidopage, en tant qu’institution (c’est une fondation de droit privé suisse), « est juridiquement dépourvue du pouvoir d’imposer ses normes, l’impérativité de celles-ci étant tributaire de l’acceptation des États et des diverses entités composant le mouvement sportif » (p. 32). S’il ne nous appartient pas ici de détailler les procédures politiques de création d’un cadre juridique autour du sport (que le lecteur intéressé trouvera dans cette première partie), les auteurs réussissent de manière très efficace à retracer les embarras du législateur et des autorités du mouvement sportif en matière de mise en place d’une lutte antidopage à l’échelle de la France.

4 Dans les deuxième et troisième parties, les auteurs présentent ensuite les deux faces des trajectoires d’entrée dans le dopage (ou de refus d’y entrer). Tout en mobilisant les « classiques » de la philosophie et de l’histoire du sport, ils montrent notamment comment se construisent les discours de rationalisation et de moralisation de la performance dès les plus jeunes années de pratique. De fait, pour les jeunes athlètes interrogés, le dopage est perçu négativement à la fois pour ses effets néfastes sur la santé physique et pour l’exclusion sociale qu’il génère. Mais il s’inscrit aussi dans une croyance parfois aveugle dans certaines valeurs du sport (égalité, incertitude du résultat, loyauté, respect, etc.). Dans ces situations, « la position du jeune sportif tendant vers le haut niveau est paradigmatique de celle de l’individu dans l’hypermodernité actuelle […]. Chacun est en effet enjoint à se rendre responsable et autonome […]. [Mais] cette autonomie reste factice dans la mesure où il s’agit davantage d’en faire la démonstration que de l’être véritablement » (p. 111). Surtout dans un contexte particulier d’hyperexploitation des valeurs du sport, les auteurs réussissent encore à souligner la relative impuissance des politiques de prévention mises en œuvre. En effet, les acteurs de ces démarches sont le plus souvent eux-mêmes acteurs du mouvement sportif et dès lors ils sont aussi contraints par les logiques structurantes du champ sportif, au premier rang desquelles se trouve la performance. Dans les faits, l’entraîneur est souvent le premier agent de la prévention, mais il doit également « faire des résultats », et n’a souvent pas suivi de formation spécifique autour des questions de dopage.

5 S’il ne le fait pas explicitement dans son contenu, l’ouvrage est aussi un appel pour développer des recherches qui dépasseront le cadre national et permettront de comparer plus attentivement les différences nationales qui peuvent exister à la fois en termes de cadre juridique, de rapport moral au dopage et d’analyse des politiques de prévention qui sont mises en place auprès des jeunes sportifs à l’aube de carrières de haut niveau ou plus simplement amateurs de sport et en recherche d’une identité. De même, au-delà du droit national, à l’heure des circulations médiatiques globalisées, les figures tutélaires du sport sont souvent des athlètes internationaux et il appartient aux dirigeants sportifs de construire de nouvelles bases – juridiques mais aussi éthiques – pour mieux réguler une pratique sociale devenue emblème de notre modernité.

6 Grégory Quin

7 Institut des Sciences du Sport de l’Université de Lausanne

8 gregory.quin@unil.ch


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Date de mise en ligne : 31/03/2017

https://doi.org/10.3917/sta.114.0103c