Pas d'assistance pour Maxence
Pages 97 à 98
Citer cet article
https://doi.org/10.3917/spi.059.0097
Citer cet article
https://doi.org/10.3917/spi.059.0097
1Parce que la naissance d’un enfant est une joie immense, il est très dommage que celle-ci soit affectée par une mauvaise prise en charge de la maman et de son enfant.
2Si le bon déroulement de l’accouchement est primordial, l’assistance médicale qui s’ensuit est fondamentale pour permettre à la maman et à son enfant (surtout quand il s’agit du premier) de s’apprivoiser et de créer une relation de confiance, constructive…, et maternelle.
3Première journée : mon étonnement est grand. Visite des infirmières, ou sages-femmes, pour prendre tension et température ; puis plus rien. Aucun conseil de la journée. Je me retrouve face à moi-même, face à mon enfant qu’il faut que je comprenne, que je rassure, notamment lorsqu’il pleure : a-t-il faim ? A-t-il mal quelque part ? A-t-il froid ? A-t-il envie de dormir ? Le doute s’installe. Peut-être ne suis-je pas à la hauteur ? Cette question, je me la suis assez rapidement posée, surtout la première nuit, lorsque j’ai demandé un conseil et qu’on m’a clairement dit que je ne savais rien faire. Il est 22 h 30, Maxence hurle depuis déjà une demi-heure. Paniquée, j’appelle la dame de nuit. Apparemment je la dérange (à en croire le temps mis pour répondre à mon appel). Elle pénètre dans ma chambre comme une furie, m’invectivant : je n’ai pas à appeler comme ça (et pourtant, c’est la première fois), car « je ne suis pas la seule à l’étage » (et ça, j’en doute encore, car la chambre jouxtant la mienne est en travaux), et que je suis ridicule de vouloir garder mon enfant avec moi, plutôt que de le mettre en nursery, « surtout quand on ne sait pas s’en occuper ». Tellement choquée et abasourdie par tant d’agressivité, je reste muette.
4Deuxième jour : le personnel médical m’affirme que mon enfant ne sait pas téter. Pourtant, la visite du pédiatre n’a rien révélé de tel, et cela d’autant plus que c’est un enfant né à terme. Plus le temps avance, plus on cherche à me convaincre de ne pas allaiter alors que c’est mon choix. Et personne ne viendra m’expliquer, ni m’aider à réaliser ce souhait.
5Troisième jour : montées de lait. L’enfant ne sait toujours pas téter aux dires du personnel médical. Devant ma détermination à vouloir l’allaiter, une personne finit par rester cinq minutes à mes côtés pour m’expliquer et apprendre à l’enfant. Quelle erreur ! Elle force violemment l’enfant à prendre le sein, et devant son incrédulité, l’enfouit totalement, toujours avec la même force, dans mes seins. Mais en vain. Elle le remet dans son berceau, le laissant hurler, me confirmant que c’est comme ça qu’il faut faire.
6Devant de telles montées de lait, la souffrance s’installe. On me promet de venir m’aider à désengorger mes seins. J’attends toujours…
7Face à une telle situation, on m’ordonne de prendre une décision, l’arrêt de l’allaitement maternel, plutôt que de me proposer une alternative. Or, il a été découvert en anténatal que cet enfant est susceptible d’avoir des problèmes infectieux au niveau des reins. Donc rien de meilleur que le lait maternel pour prévenir tout risque éventuel. Mais cela, apparemment, le personnel médical ne le sait pas. Livrée à moi-même, je me débrouille.
8Le troisième jour est un lundi. Reprise des travaux dans la chambre à côté de la mienne : ça tape, ça casse. Deux heures se sont écoulées, je décide d’aller voir ce qui se passe et de demander quand est prévue la fin des travaux. Le personnel médical ne sait pas et les ouvriers ne parlent pas un mot de français. Ma question reste sans réponse, mais j’ai bien vite compris que ça n’était pas pour maintenant, parce que le lendemain, ça tape et casse tout autant que la veille.
9Quatrième jour : on me propose de sortir. Je saute sur l’occasion. Enfin une bonne idée, enfin un bon conseil en quatre jours.
10Le jour de la sortie, rendez-vous dans un établissement afin de faire une échographie à cet enfant, qui n’a pas suffisamment vu, entendu et vécu de choses en quatre jours ! La semaine suivante, une intervention est prévue : une cystographie. Le voilà alors, à l’âge de 1 semaine, écartelé sur une table d’opération : les jambes sous de lourds sacs, afin de les lui maintenir, les bras à l’autre bout, maintenus… par sa maman ! Choquée et déstabilisée par tant d’événements en une semaine, je ne sais plus comment réagir, ni quoi dire. L’intervention terminée, je suis enfin soulagée, puisque finalement il n’a rien. Enfin je peux savourer mes premiers instants avec cette petite merveille.
11Maxence est né en 2009.