Bébé conso ? Bébé objet, bébé et ses objets
Pages 157 à 158
Citer cet article
https://doi.org/10.3917/spi.053.0157
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Notes
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La vie à la crèche, rêves et réalités, par Hélène Dutertre-Le Poncin, psychologue clinicienne, responsable de l’espace famille, La Parentèle, Bordeaux.
leponcindutertre.helene@neuf.fr -
[1]
A. Pellé, La lettre du grape, Le bébé est un objet, n° 30, Toulouse, érès, 1997, p. 17.
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[2]
L. Thibaudeau, ibid., p. 31.
1Pluie et vent… Les enfants, dans leurs poussettes, sont « sous plastique » ; les nacelles sont protégées par une tente transparente et les gouttes de pluie s’y accrochent. Certains, incommodés de ne pas y voir, repoussent vigoureusement cette protection, voire la déchirent.
2Discussion au seuil de La Parentèle sur le « matériel poussette » et ses nombreux accessoires.
3« C’est le deuxième qu’il me déchire. »
4Max pleure sous son abri, essaie de se dégager des sangles qui le maintiennent, de la housse qui couvre ses jambes, du bonnet qui tombe sur ses yeux, des moufles qui l’empêchent de sucer son pouce. Anna, elle, veut grimper sur son marche-pied. Le panier des courses est en dessous, ainsi que la trottinette pliée, le sac où sont rangés couches et biberons, nombreux jeux et jouets.
5Quel équipage ! Carrosse difficile à manier, bébé trône à deux, parfois trois… Quel convoi ! Il ne manque rien pour que bébé ne manque pas, n’ait ni chaud ni froid. Les objets l’entourent, lui qui serait objet de tous les soins.
6Sur la Toile, les références en matériel de puériculture sont infinies ; pour se promener, nourrir bébé, voyager, le changer, le distraire, pour tenir sa tête (même lorsqu’il tète), pour qu’il ne glisse pas dans son bain, pour protéger son corps de son environnement. La panoplie peut être vertigineuse… Le monde serait-il si dangereux ?
7« L’objet, tout objet, serait présent dans le monde pour satisfaire maintenant et au plus vite l’individu, la personne. L’objet est sur le marché. On offre le bébé en pâture : il est objet ; on le comble d’objets ; pour qu’il ne manque pas. Tel serait l’idéal mortifère de notre modernité. Que rien ne manque. Le manque comme constitutif du désir devient tabou [1] », écrit Arlette Pellé.
8Avoir des enfants et qu’ils ne manquent de rien… Laure Thibaudeau poursuit sur cette thématique dans ce même numéro et nous dit ceci : « Porteurs d’espoir dans l’après-guerre, les enfants grâce auxquels les lendemains devaient chanter sont devenus la mascotte de la société occidentale. Leur rôle de maillon dans la chaîne des générations, avec l’illusion inévitable qu’ils sauront nous venger dans l’avenir des médiocrités que nous subissons dans le présent, s’est détourné insensiblement au profit de la réussite sociale et personnelle [2]. »
9Quel carrosse ? Quels accessoires ? Quelle marque ? Bébé et ses objets donnent à voir de la réussite sociale de ses parents ou de leur désir de le (se) combler.
10« Il faut avoir des enfants qui sont une source de bonheur… Mais à quel titre ? Car le rapport des hommes à leur bonheur et à leurs manques a été profondément modifié après la guerre, justement… Voilà un champ ouvert à la société de consommation, qui, s’alliant aux progrès scientifiques, offre des objets qui répondent à tout ce qui fait mal-être pour le sujet… Ce qui peut le combler est mis en vente à des conditions toujours plus intéressantes. »
La discussion se poursuit autour de ces équipements et de leurs prix, du confort inégalé pour les bébés. Max pleure derrière son rideau de pluie et Anna attend, juchée sur sa marche… Allez, fouette cocher ! Mais quel bel équipage !