Article de revue

Le hochet dans l'histoire

Pages 113 à 123

Citer cet article


  • Vandroux, K.
(2002). Le hochet dans l'histoire. Spirale - La grande aventure de bébé, no 24(4), 113-123. https://doi.org/10.3917/spi.024.00113.

  • Vandroux, Karine.
« Le hochet dans l'histoire ». Spirale - La grande aventure de bébé, 2002/4 no 24, 2002. p.113-123. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-spirale-2002-4-page-113?lang=fr.

  • VANDROUX, Karine,
2002. Le hochet dans l'histoire. Spirale - La grande aventure de bébé, 2002/4 no 24, p.113-123. DOI : 10.3917/spi.024.00113. URL : https://shs.cairn.info/revue-spirale-2002-4-page-113?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/spi.024.00113


L’un des plus vieux jouets du monde

1 Le hochet est l’un des plus vieux jouets du monde. Son invention est attribuée à un contemporain et disciple de Platon, Archytas de Tarente. Ce célèbre savant de l’Antiquité, qui est également à l’origine de la poulie, de la vis et de la crécelle, souhaitait, par ce moyen, amuser ses propres enfants. Dès cette époque, le hochet se présente sous des formes variées.

2 Le poète comique Eubulos qualifie le hochet grec de Pséphopéribombétrian, ce qui signifie « retentissant du bruit d’un caillou qui se meut autour ». Il peut être un petit vase d’argile avec une embouchure fermée et résonnant comme un grelot quand on l’agite. Il peut également avoir la forme d’un petit animal, tel un chien, un mouton, un cochon, ou d’un personnage. Le hochet représentant un enfant à califourchon sur un porcelet semble faire référence au sacrifice des cochons de lait pratiqué à Sparte à l’occasion de la fête des nourrices, les Tithénidies, pour protéger les nourrissons des maladies ; il avait alors le pouvoir de repousser le mal.

3 – Parfois, il est une crécelle.

4 – Un hochet en forme de poêlon, avec un manche surmonté d’une boule aplatie creuse, est présenté au Musée Rolin d’Autun (France).

5 – Des hochets en terre cuite, de taille adéquate à la main de l’enfant, soit environ dix centimètres, ont été découverts en France, en Belgique, en Allemagne.

6 – À Pompéi a été découvert, probablement dans le berceau d’un nourrisson, un petit cercle garni de grelots et muni d’un manche.

7 – Le sarcophage en plomb d’un enfant gallo-romain de 4 ou 5 ans est découvert à Rouen. Il contient un anneau de bronze, sur lequel sont enfilées une clochette, quatre monnaies de bronze de quatre à six centimètres de diamètre, deux défenses de sanglier, deux perles en pâte de verre.

Description de l'image par IA : Quatre hochets anciens illustrés, incluant un avec des billes, un avec des clochettes, un avec des perles et un avec une lumière.
Hochets antiques ; le premier a été trouvé à Pompéi. Gravure de Léon Le Maire, dans Les jeux des anciens. © Musée du jouet, Moirans.

8 – Louis Becq de Fouquières, le premier historien des jeux antiques, décrit quant à lui le plus rare des hochets : « Le plus rare de ces instruments se compose d’une tige sur laquelle est rivée une monture métallique formant un fer à cheval. Dans cette monture sont passées de petites tiges de fer mobiles, supportant chacune trois carrés métalliques qui étaient destinés à augmenter le bruit produit par les tiges. Ces instruments, qui faisaient la joie des enfants, mettaient en délire les initiés au culte de Bacchus. Athènes, dans ses fêtes, retentissait souvent du bruit des crotales ; et à Rome, en suivant les prêtres d’Isis, la foule agitait les sistres sacrés. »

Le hochet, objet d’orfèvrerie

9 Au Moyen Âge, les renseignements sur les jouets nous apparaissent au travers des écrits, et surtout des enluminures. Ainsi, au xiii e siècle, est employé pour la première fois, dans un poème anonyme, le terme « hochet » : « Je vos donroy une hochette / Fius, car mengies cete pumete. » Puis, au xiv e siècle, ce jouet est illustré dans les œuvres d’art, au côté du sabot, du cheval-bâton, de la toupie et de la balle. Ces représentations témoignent de l’attention qui leur est portée.

10 Le hochet est, au xv e siècle, souvent fabriqué par la corporation des patenostriers d’os, de cor, de coural, de coquilles. Destiné aux fils d’artisans et de bourgeois, il est en corail, de couleur rouge et sonore, et dispose d’une dent de loup qui, selon les croyances populaires, chasserait l’esprit malin. Le hochet médiéval a alors une fonction magique et prophylactique, tendant à protéger l’enfant de la maladie et de la mort.

11 Parallèlement, les livres de comptes et les inventaires royaux attestent de la présence de hochets précieux dans les familles princières. Véritables objets d’orfèvrerie, ces jouets royaux sont conçus et réparés par les orfèvres eux-mêmes. Ainsi, en 1365, Louis Ier, duc d’Anjou, possède un hochet en or et ruban de soie, dont la description est très précisément notée : « Un petit cifflet d’or longuet à iiij quarrées haichiées à L, à couronnes et à arbres de lis ; auquel tient une petite chayennette de fil d’or entrelaciée à deux anelez d’une part et d’autre dudit cifflet. Et descend ycelle chayennette, qui est double, d’un anelet qui tient à un tournant d’or garni dessus et dessous de ij fueilles d’or de trèffle à jour ; et parmi la haute fueille passe un anelet roont qui tient au bout de deux mordans d’or, dont est garni un tissu de soie bleue qui a une voie de fil d’or au milieu ; lequel tissu fait escharpe à pendre à un enfant ledit cifflet. Et sont les costez bas d’iceulz deux mordans ouvrés, d’un leiz et d’autre, comme à demis fenestraiges enlevez ; et sur le plat qui fait la monstre, sont haichiez à deux feuillettes chascun et à j demi fenestraige. Et ledit tissu est garni au lonc de xxxv L couronnées et de xxxv fleurs de lis toutes petites et d’or, qui y sont pour cloeure et sont rivées audit tissu. Et poise en tout ledit cifflet, avec sadicte garnison et ledit tissu ainsy garny comme dit est, iij onces ix esterlins et demi. » Les filles de Charles VI et Isabeau de Bavière possèdent, elles aussi, de telles merveilles ; ainsi, le hochet d’Isabelle de France est, en 1390, un petit moulinet d’or garni de perles, et celui de Jeanne de France, en 1391, est en argent.

12 Sous la Renaissance, les hochets ont toujours la particularité d’être des objets luxueux, en ivoire, en cristal ou en argent. Présentés sous la forme d’un pendentif à suspendre à une chaîne ou une ceinture, ils disposent à leur extrémité d’un grelot ou d’un ornement qui, comme la dent de loup qui y est parfois ajoutée, ont la vertu de protéger le jeune enfant.

Du luxe à la démocratisation

13 Au xviii e siècle, le philosophe Jean-Jacques Rousseau s’insurge contre ces hochets qui accoutument l’enfant, dès sa naissance, au luxe. « On ne sait plus être simple en rien, pas même autour des enfants. Des grelots d’argent, d’or, du corail, des cristaux à facettes, des hochets de tout prix et de toute espèce : que d’apprêts inutiles et pernicieux ! Rien de tout cela ; point de grelots, point de hochets ; de petites branches d’arbre avec leurs fruits et leurs feuilles, une tête de pavot dans laquelle on entend sonner les graines, un bâton de réglisse qu’il peut sucer et mâcher, l’amuseront autant que ces magnifiques colifichets, et n’auront pas l’inconvénient de l’accoutumer au luxe dès sa naissance » (Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’Éducation, Garnier, 1957, tome I).

Description de l'image par IA : Sifflet en nacre et cuivre, vers 1900. Objet avec une poignée et un sifflet.
Hochet sifflet en nacre et cuivre, vers 1900. © Musée du jouet, Moirans.

14 Cette recommandation de remplacer le hochet par des éléments de la nature ne rencontre aucun écho. Le chimiste français Lavoisier possède en effet un hochet d’argent et de corail ; le roi de Rome des hochets d’or, d’ivoire et d’argent ; le prince impérial Napoléon, un hochet d’or ciselé au centre duquel est représenté un aigle aux ailes déployées. Par ailleurs, la collection personnelle d’Albert Figdor présente un « remarquable bijou en corail garni d’une monture de vermeil », ainsi qu’un chef-d’œuvre d’orfèvrerie composé « d’une sphère en vermeil toute garnie de clochettes et de grelots » (Henri-René D’Allemagne, Histoire des jouets, Hachette, 1902, « Le hochet », p. 21-27).

Description de l'image par IA : Poupée en costume traditionnel avec coiffe ornée, vers 1910.
Marotte avec tête de poupée, Armand Marseille, vers 1910. © Musée du jouet, Moirans.

15 Il faut donc attendre le xix e siècle pour voir le hochet se démocratiser. À cette époque apparaissent en effet des hochets bon marché. Ils se présentent sous la forme d’un « petit tambour en fer-blanc, fermé aux deux extrémités, et dans lequel on a préalablement renfermé quelques graines desséchées, destinées à produire un bruit analogue à celui des grelots quand ce primitif instrument est secoué par la main de l’enfant » (op. cit.). Parallèlement, on trouve des hochets aux formes originales, représentant les principaux personnages du théâtre de marionnettes : Polichinelle, Arlequin…, ou des folies-marottes au costume à rayures et grelots identique à celui du fou du roi médiéval (d’où le nom). Très appréciée des dames de la cour à l’époque moderne, la marotte est une boîte à musique fixée autour d’un axe de bois ou d’ivoire ; à l’extrémité de cet axe est montée, au xix e siècle, une tête de poupée en porcelaine. La rotation de la boîte autour de l’axe déclenche la mélodie.

16 Le xx e siècle voit la généralisation de l’usage du plastique et de la fabrication en grande série. Au début du siècle, le matériau utilisé dans la fabrication du hochet est le celluloïd ; le jouet, aux couleurs vives, est garni de graines permettant l’émission de sons lorsque l’enfant le secoue. Après la Seconde Guerre mondiale, l’alliance urée-formol, dont la caractéristique première est d’être anti-allergène, sert à la production des hochets. À l’heure actuelle, les hochets sont de textures variées : bois, plastique, velours… sont autant de matériaux favorisant l’éveil de l’enfant.

17 L’histoire témoigne de la présence constante, de l’Antiquité au troisième millénaire, du hochet dans la vie de l’enfant. À quoi cela est-il dû ? Comment ce jouet intervient-il dans le développement de l’enfant ?

Le hochet et l’enfant

Sous l’Antiquité, un jouet amusant et magique

18 Louis Becq de Fouquières nous enseigne que, dès l’Antiquité, le hochet est le premier jouet à animer l’environnement ludique du bébé. Il intervient favorablement dans son développement. « Destiné à attendrir les gencives des enfants, le hochet, dès qu’on y eut ajouté un petit grelot, devint aussi un amusement pour l’oreille ; et nous n’avons pas besoin du témoignage de Pollux pour savoir que les nourrices, en produisant au moyen du hochet un petit bruit monotone et régulier, finissent par distraire les enfants et calmer leurs cris » (Louis Becq de Fouquières, Les jeux des Anciens, leur origine, leur description, leurs rapports avec la religion, l’histoire, les arts et les mœurs, Paris, 1869).

19 Le hochet est également reconnu pour ses fonctions magiques et prophylactiques, pour ses facultés à protéger le jeune enfant. En effet, les grelots, les sifflets et les dents de loup qui parfois complètent le hochet sont perçus comme des objets de fétichisme. Selon la légende populaire, la dent de loup, déjà reconnue pour aider « à faire plutôt venir les dents, et avec moindre douleur » (Jacques du Fouilloux, La vénerie, contenant plusieurs préceptes et des remèdes pour guérir les chiens de diverses maladies, 1re éd. 1561. Citation dans l’édition de Paris, 1606, p. 113), ferait référence à la mode des « jettatore » italiens, qui servent à conjurer le mauvais œil. De même les grelots et sifflets, mais également le corail, auraient le pouvoir de chasser le mauvais esprit, de mettre à l’abri des mauvais sorts.

Description de l'image par IA : Deux hochets anthropomorphes en papier mâché de l'Inde, 1977.
Hochets anthropomorphes en papier mâché, Inde, 1977. Collection Chantal Lombard. © Musée du jouet, Moirans.

Le hochet selon rousseau

20 Au temps des Lumières, l’une des principales fonctions du hochet est mise à mal par Jean-Jacques Rousseau. Selon lui, et contrairement à ce que pensent les médecins et savants de l’époque, ce jouet ne facilite en rien la poussée des dents. « On pense faciliter l’opération en lui donnant pour hochet quelque corps dur, comme l’ivoire ou la dent de loup. Je crois qu’on se trompe. Ces corps durs, appliqués sur les gencives, loin de les ramollir, les rendent calleuses, les endurcissent, préparent un déchirement plus pénible et plus douloureux. Prenons toujours l’instinct pour exemple. On ne voit point les jeunes chiens exercer leurs dents naissantes sur des cailloux, sur du fer, sur des os, mais sur du bois, du cuir, des chiffons, des matières molles qui cèdent, et où la dent s’imprime. […] Il importe que les enfants s’accoutument d’abord à mâcher ; c’est le vrai moyen de faciliter l’éruption des dents ; et quand ils commencent d’avaler, les sucs salivaires mêlés avec les aliments en facilitent la digestion. Je leur ferais donc mâcher des fruits secs, des croûtes. Je leur donnerais pour jouets de petits bâtons de pain dur ou de biscuit semblable au pain de Piémont, qu’on appelle dans le pays des grisses. À force de ramollir ce pain dans leur bouche, ils en avaleraient enfin quelque peu : leurs dents se trouveraient sorties, et ils s’en trouveraient sevrés presque avant qu’on s’en aperçût » (Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier, 1957. tome I).

21 Les recommandations de Rousseau ne sont guère suivies que par le médecin du roi Louis XV, Joseph Raulin. Au xviii e siècle comme aujourd’hui, le hochet demeure perçu par les spécialistes de l’enfance comme un élément incontournable dans le développement de l’enfant.

Un jouet sensoriel

22 En 2003, le hochet, comme l’ours en peluche ou le mobile, accompagne l’enfant durant les premiers mois de son existence. Conçu pour stimuler les sens, il est un objet d’intérêt de la part du nouveau-né dès 1 mois. À cet âge, Bébé s’éveille et s’amuse de tout ; tout ce qui bouge l’intrigue. Mais son acuité visuelle n’est pas encore développée. Il ne distingue donc pas les couleurs et ne perçoit le hochet que lorsqu’il est positionné à moins de trente centimètres de son visage. Afin de favoriser le développement de sa vue, il est conseillé de lui offrir des hochets aux couleurs vives, le rouge, le vert, le bleu et le jaune étant les teintes qu’il distingue vers l’âge de 5 mois. Les jeux de lumières déclenchés en secouant le jouet sont un autre facteur de développement de sa perception visuelle.

23 C’est également dans les premiers mois de sa vie que le jeune enfant découvre les sons. Le hochet, doté de billes qui s’entrechoquent, de grelots ou d’une boîte à musique, sollicite l’ouïe, et par conséquent favorise le développement de la perception sonore. Toutefois, le Dr Edwige Antier estime que le hochet ne prend son « sens que parce que papa l’agite, parce que maman le dépose précieusement dans le lit, parce que le grand frère part jouer avec, égrenant le grelot dans toute la pièce » (Edwige Antier, Mon bébé joue bien, Balland/Jacob-Duvernet, 1999, « Le hochet », p. 42). De cette façon, le bébé comprend la véritable utilité du jouet ; s’il le prend lui-même dans ses mains, à cet âge de découverte de son corps, il ne le considère que comme une partie de lui-même, au même titre que ses mains ou ses pieds.

Description de l'image par IA : Deux hochets en plastique et rhodoïd des années 1930-1940.
Hochets en celluloïd et rhodoïd, années 1930-1940. © Musée du jouet, Moirans.

24 Le hochet est enfin un jouet sensoriel dans le sens où il exerce le goût et le toucher. La bouche a une importance capitale pour le bébé. C’est le premier organe de découverte de son corps. Lorsqu’il bave, il ne prépare pas forcément la sortie de ses premières dents ; il joue avec sa bouche. De même, dès qu’il a un objet en main, Bébé le goûte, le mordille, le suce, le sent, découvrant ainsi le goût et l’odorat. Il est donc indispensable de lui fournir des jouets hygiéniques, sans danger, aux textures variées. D’autant que l’enfant éprouve également, par l’intermédiaire de ces jouets, ses premières sensations tactiles. Elles lui permettront, à terme, de faire la différence entre l’apparence de l’objet et le toucher, et de déterminer si celui-ci est lisse ou rugueux, mou ou dur, froid ou chaud… Les premiers mois, le hochet doit cependant être léger, de texture ronde et douce. En effet, lors de ses premières manipulations de l’objet, le nouveau-né ne maîtrise pas ses gestes et risque de se blesser en se donnant des coups, sur le visage notamment.

Vers le développement de la motricité

25 Le hochet contribue parallèlement au développement moteur du petit être. Avant 3 mois, il convient d’installer le bébé sur le ventre ou le dos et de le stimuler en lui tendant un hochet. Le bébé étant curieux de tout, il voudra attraper cet objet et devra, pour ce faire, lever la tête. Cet exercice permet de muscler son cou, et favorise également la coordination de la vision et de la préhension, après 4 mois.

26 Vers 5 mois, l’enfant perçoit l’espace visuel et se tient assis. Il se lance alors dans l’exploration digitale. Il saisit lui-même son hochet, non plus avec sa bouche mais avec sa main. La préhension s’affine ; effectuée par la main et la paume, elle implique bientôt le pouce. Le développement total de l’habileté manuelle, l’acquisition de la précision du geste s’acquièrent progressivement, par répétition du geste. Baldwin nomme cela la « réaction circulaire » : Bébé découvre qu’un geste suscite une action ; il le répète afin de le comprendre et de l’assimiler. Pour Bruno Bettelheim, « la répétition rigoureuse d’un même jeu montre que l’enfant lutte avec des problèmes qui ont pour lui une grande importance et que, tant qu’il ne sera pas capable, par son jeu, de trouver une solution, il continuera d’en chercher une » (Bruno Bettelheim, Pour être des parents acceptables, une psychanalyse du jeu, Robert Laffont).

Un objet transitionnel

27 Dès qu’il a découvert les liens de cause à effet grâce à son hochet, le jeune enfant commence à l’utiliser en tant que moyen d’expression. Il devient maître de l’action ; sa façon de jouer est unique et personnelle, au même titre que la parole qu’il ne possède pas encore ; le jeu exprime alors ses sentiments intérieurs, ses pensées. Il permet également de compenser les premières angoisses, survenues vers 8 mois.

28 À cet âge, l’enfant n’imagine pas qu’une personne ou un objet existe alors qu’il ne le voit plus. Dès que maman disparaît de sa vue, la peur le saisit. Le hochet, en tant qu’« objet transitionnel », comme le qualifie Winnicott, prolonge l’absence de la mère, se substitue à elle. Avec ce jouet qu’il jette à terre puis retrouve, Bébé tente d’agir sur le monde et d’assimiler la réalité. C’est pour lui le moyen de vérifier que l’objet, comme la personne, existe même lorsqu’on ne le voit plus.

29 Vers 12 mois, les sens, la motricité sont acquis ; les premiers raisonnements s’élaborent. Le hochet est alors progressivement abandonné, au profit de nouveaux jouets.

30 Durant la première année d’existence de l’enfant, le hochet occupe, on l’a vu, un rôle fondamental dans son développement. Il est donc important que les fabricants prêtent au jouet premier âge une attention particulière. Qui sont, en 2003, les protagonistes du secteur ? Quels produits proposent-ils ?

Les hochets en 2003

31 Le nombre de naissances s’élève en Europe, en 1999, à 4 millions de bébés, et la France assiste l’année suivante à la naissance de 778 900 nouveau-nés. L’Europe compte dès lors, en 1999, 20,3 millions d’enfants de 0 à 4 ans, et la France, en 2000, 3,588 millions, soit 31,7 % de la population enfantine (0-14 ans). Nombreux sont donc les bébés qui se verront offrir un hochet !

32 Les hochets appartiennent à la catégorie des jouets dite « premier âge et préscolaire », qui regroupe également les véhicules premier âge, les jouets éducatifs premier âge, les jouets musicaux et parlants, les ensembles villages et scènes. Sont exclus de cette catégorie les peluches et les jouets porteurs, comptabilisés indépendamment. Les jouets premier âge représentent, en 2000, 7 % de la production totale de jeux et jouets (jeux vidéo inclus), soit 61,19 millions d’euros. En termes de consommation, ce secteur s’élève à 12,6% de part de marché en France et à 11,6% en Europe. Respectivement, en France et en Europe, 384,3 millions d’euros et 1,8 milliards d’euros ont donc été investis en 2000 dans l’achat de jouets premier âge.

33 En 2001 et 2002, le secteur a connu une évolution proche de 10 %, due principalement au préscolaire. Cette croissance se poursuivra-t-elle en 2003 ?

Pour en savoir plus

Bibliographie disponible au Centre de documentation du Musée du jouet.
  • Histoire du hochet

    • Addor, Philippe. 1990. « Du hochet à la fanfare », dans Jouets d’autrefois, Mondo, p. 134-135.
    • D’Allemagne, Henri-René. 1902. « Le hochet », dans Histoire des jouets, Hachette, p. 21-27.
    • Barbe, Pierre. 1985. « Pour toucher, voir et entendre : le hochet », dans Histoire des jeux d’enfants, Éditions cel, coll. « Périscope », p. 2.
    • Damamme, Jeanne. 1998. « Du berceau aux premiers pas », dans Mémoires de jouets, Hatier, p. 26-29.
    • Manson, Michel. 2001. Jouets de toujours, Fayard.
    • Marchand, Frédéric. 1991. « Hochets », dans Les jouets, Fabbri (Antiquités & objets d’art, 25), p. 6.
    • Rabecq-Maillard, M.-M. 1962. « Jouets de la première enfance : hochets, marottes, crécelles, moulins à vent », dans Histoire du jouet, Hachette, p. 17-25.
  • Le hochet et l’enfant

    • Alfano, Kathleen. http :// www. fisherprice. com/ fr/ playtips, Guide du jeu et de l’éveil.
    • Antier, Edwige. 1999. Mon bébé joue bien, Balland/Jacob-Duvernet.
    • Chateau, Jean. 1954. « Les jeux et les âges », dans L’enfant et le jeu, Scarabée, p. 156.
    • Mesli, Catherine. 2000. « Jeu et jouets dans le développement de l’enfant », Le journal des professionnels de l’enfance, n° 3, janvier-février.

Date de mise en ligne : 01/01/2006

https://doi.org/10.3917/spi.024.00113