Interactions parents-enfants dans les nouvelles parentalités : approche systémique
- Par Agnès Fine
Pages 45 à 47
Citer cet article
- FINE, Agnès,
- Fine, Agnès.
- Fine, A.
https://doi.org/10.3917/spi.021.0045
Citer cet article
- Fine, A.
- Fine, Agnès.
- FINE, Agnès,
https://doi.org/10.3917/spi.021.0045
1 En tant qu’individus, nous nous situons à l’intersection de notre histoire et de notre devenir reconstruits au présent. En effet, notre histoire peut avoir des effets sur notre futur au travers de la « digestion » que nous en faisons au présent. Comme tout organisme vivant, la famille est un système en développement dans lequel les liens entre les personnes qui le constituent se modifient au cours du temps.
2 Les remaniements dans les processus d’attachement sont observables dans le jeu « naturel » des interactions parents-enfants. Les périodes de crise rendent celles-ci plus perceptibles. Les nouvelles familles réactivent ces processus développementaux et les rendent plus complexes. Les lectures d’un point de vue systémique offrent quelques possibilités aux professionnels ainsi qu’aux membres de la famille de se faire une idée de la dynamique de cette complexité et d’y puiser des ressources pour leur créativité.
3 L’outil systémique permet également de réfléchir au sens et au fonctionnement du système thérapeutique (c’est-à-dire le système formé par la famille et le ou les intervenants). Il introduit aussi la notion de fonction du symptôme, en particulier celle qui contribue au maintien d’une forme d’équilibre dans le système. L’idée du contexte dans lequel évolue et vit une famille est constamment présente aussi bien dans la compréhension de la situation que dans les interventions que l’on peut être amené à effectuer. Le symptôme est parfois le prix à payer pour juguler une crise, et constitue bien souvent un poids de souffrance très lourd pour la famille.
4 Il arrive que les temps des différents membres d’une famille ne puissent plus être synchronisés. Il apparaît un malaise général, une sorte de lutte pour le temps.
5 1. C’est souvent le cas dans les familles reconstituées. Les membres du nouveau couple sont dans un rythme rapide, désireux de mettre en place leur union et la famille idéale qui réparerait les carences de la précédente. Les enfants, de leur côté, sont encore aux prises avec des conflits de loyauté et avec un deuil à faire à l’égard de leur famille d’origine. Le temps des enfants est donc ralenti car alourdi par les tensions qu’ils vivent. À cela peut s’ajouter un parent naturel qui s’installe dans un temps arrêté, vivant difficilement l’abandon par son ex-partenaire, refusant ou même niant la séparation. Pour les enfants entre les deux foyers, le temps va osciller entre un temps ralenti ou arrêté et un temps rapide.
6 2. L’enfant grandit et mûrit, il vit dans un temps rapide alors que les parents continuent à vivre comme s’il n’y avait eu aucun changement, ils sont dans un temps ralenti.
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L’approche des troubles relationnels dans les nouvelles familles recomposées suscite des lectures multiples qui peuvent déboucher sur des modes d’intervention différents : psychanalytiques, systémiques, cognitifs, éco-éthologiques, anthropologiques… Si nous considérons que l’intervenant est aussi un observateur qui fait partie du nouveau groupe constitué : famille-pédiatre, famille-éducateur, nous allons voir la complexité du système augmenter. L’intervenant peut lui-même avoir plusieurs lectures de par son cursus professionnel et personnel. Nous savons que le nombre d’intervenants accompagnant des familles en grande difficulté rend périlleuse la réponse « qui se mêle de quoi ? » :
- l’institutrice qui s’inquiète du comportement d’un enfant trop triste ;
- la directrice de l’école qui va contacter les parents, la psychologue scolaire, l’assistante sociale ;
- le thérapeute de couple qui va rencontrer le couple : l’ancien ou le nouveau ?
- le thérapeute familial qui va rencontrer la famille, laquelle ?
- le psychiatre qui va traiter la mère dépressive ;
- le pédopsychiatre qui verra l’enfant seul, ou avec un ou deux parents ?…
8 Comment éviter les risques de disqualification d’un mode de lecture ou de la famille dans son ensemble ou des institutions et des soignants ? Arriver à différencier les modes et les modèles d’intervention facilite la coopération des multiples intervenants, ce qui soutient la mise en œuvre des processus thérapeutiques.
9 Pouvoir assurer la continuité des relations entre les soignants, les intervenants, les institutions et la famille au-delà des différends constitue un cadre suffisamment sécurisant pour dégager un espace créatif où des initiatives de la famille et des soignants deviennent possibles pour accompagner les situations critiques et tenter de faire émerger des solutions nouvelles.
10 Par la mise en scène de quelques moments d’intervention, nous allons essayer, en évitant les simplifications réductrices, de reconnaître quelques zones d’incertitude dans les procédures et les réflexions.