Article de revue

La bibliothèque pour les tout-petits : un travail au long cours...

Pages 29 à 32

Citer cet article


  • Chouvy, M.
(2001). La bibliothèque pour les tout-petits : un travail au long cours... Spirale - La grande aventure de bébé, no 20(4), 29-32. https://doi.org/10.3917/spi.020.0029.

  • Chouvy, Martine.
« La bibliothèque pour les tout-petits : un travail au long cours... ». Spirale - La grande aventure de bébé, 2001/4 no 20, 2001. p.29-32. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-spirale-2001-4-page-29?lang=fr.

  • CHOUVY, Martine,
2001. La bibliothèque pour les tout-petits : un travail au long cours... Spirale - La grande aventure de bébé, 2001/4 no 20, p.29-32. DOI : 10.3917/spi.020.0029. URL : https://shs.cairn.info/revue-spirale-2001-4-page-29?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/spi.020.0029


1 Mon premier arrive à quatre pattes et se redresse en se tenant aux bacs de livres, mon deuxième prend quelques livres ici pour aller les poser là-bas, mon troisième s’est assis pour déguster la couverture cartonnée d’un petit album, mon quatrième se tient très fort au pantalon de son papa, mon cinquième pleure sur un coussin, et puis et puis et puis…, mon tout, ce sont ces tout-petits venus à la bibliothèque pour écouter les histoires du mercredi matin !

2 Quelques albums d’images rassemblés dans un panier, un tapis plein de bébés, un tout petit tabouret pour s’installer, tout est prêt.

3 D’abord, ils bougent, ils pleurent, ils lisent, ils observent, ils babillent ; mais quand la voix de la bibliothécaire entame la lecture, le silence remplace le brouhaha, les yeux se fixent sur les images présentées, voilà les enfants et leurs parents captivés !

4 Un bébé pleure sur la page, aussitôt le visage du petit lecteur se froisse, le bébé de papier rit, notre lecteur sourit…

5 Le bibliothécaire médium a bien prévu ses effets, ses livres ont été choisis pour captiver, pour surprendre, pour amuser, pour s’interroger. Bêtises et plaisir qui font rire, émotions et peurs qui font frémir, l’enfant les vit intensément, en sécurité dans les bras d’un adulte. Et puis toutes les audaces sont possibles : si le loup est caché dans une page, il suffit de fermer le livre pour le chasser, de le rouvrir pour recommencer l’histoire et renouveler l’émotion.

6 Dans ces moments de lecture, enfants et adultes partagent leurs émotions, leur jubilation même ; et quel plaisir pour le bibliothécaire d’avoir fait vivre ces belles histoires que chacun a savourées !

7 Beaucoup de choses sont dites ou écrites, et très bien, sur l’intérêt de lire des livres à des tout-petits et sur le grand plaisir des bébés à écouter ces lectures ou à lire eux-mêmes des livres. Beaucoup d’autres choses sont dites aussi sur la nécessaire qualité des lectures à proposer aux tout-petits. Et même s’il est difficile d’expliquer clairement ce qui fait qu’un album est mieux qu’un autre, beaucoup de bibliographies et bien des commentaires ont été faits sur les titres que les bébés plébiscitent.

8 Alors, après avoir dit plus haut mon plaisir à lire des livres aux tout-petits, je voudrais dire ma conviction que les bibliothécaires ont encore beaucoup à faire pour installer dans la durée leur travail en direction de ce public. Il nous faut former les bibliothécaires qui pensent encore que les bébés, bruyants et agités, n’ont besoin que d’imagiers ou de petits livres cartonnés et coloriés. Il nous faut apprendre à choisir nos livres avec exigence, pour discerner parmi ceux qui sentent, qui bougent, qui se déplient, qui brillent, qui se lavent, qui ont des formes de maisons, d’ours ou de doigts, ceux qui racontent des histoires ! Et aussi ceux qui, par la qualité de leur texte, seront agréables à entendre dans une lecture à voix haute.

9 Il nous faut accepter une durée de vie très brève pour les livres des tout-petits, mangés autant que lus et manipulés par des mains malhabiles et brusques. Il nous faut donc réserver une part importante de budget autant pour enrichir que pour renouveler les collections.

10 Il va – presque – sans dire qu’il ne faut pas être intransigeant avec des familles qui rapportent un livre « machouillé » ou déchiré puisque l’on sait que ces livres s’abîment vite. Il nous faut partager nos évidences sur l’intérêt de lire des livres aux tout-petits avec des familles encore très nombreuses qui pensent qu’un petit enfant d’un an ne comprend pas ce que l’on montre ni ce que l’on dit. Et quel meilleur partage que des séances de lecture ? Il nous faut donc organiser régulièrement dans nos bibliothèque des animations lecture pour les plus petits, pour qu’ils viennent en famille les mercredis ou les samedis.

11 Il nous faut aussi apprendre à faire ouah ouah ou tuut, par exemple, avec la même conviction que l’on peut le faire chez nous pour nos propres enfants, sans craindre le regard des adultes présents, qui d’ailleurs ne s’intéressent pas du tout à nous mais à l’histoire mise en voix. Et – pourquoi pas ? – apprendre aussi à chanter une chanson ou une comptine.

12 Il nous faut recevoir les petits venant en groupe des crèches et autres lieux de garde, le matin bien sûr, puisqu’ils dorment l’après-midi.

13 Il nous faut partager notre connaissance de la production éditoriale avec les professionnels de la petite enfance pour que les petites bibliothèques des structures d’accueil contiennent des livres de qualité.

14 Il nous faut expliquer aux enseignants que les livres des petits ne sont pas des manuels d’apprentissage, mais le vecteur d’une communication et d’une transmission culturelle. Et que l’appétit d’imaginaire des enfants, ainsi que leur qualité d’attention et de perception, alimente leur curiosité et leur développement.

15 Ils nous faut enfin sortir de nos bibliothèques pour aller dans les centres sociaux, dans les maisons du département, dans les petites classes des écoles maternelles pour que, partout où sont les tout-petits, se trouvent aussi des livres et des temps de lecture pour leur plaisir et leur éveil. Et que ces temps de lecture associent au maximum les parents afin qu’ils partagent ces bons moments et qu’ensuite, ils partagent aussi les livres avec leurs enfants.

16 Alors, y aurait-il un travail spécifique du bibliothécaire en direction du tout-petit ?

17 Non, évidemment, parce que les bibliothèques, depuis des années, accueillent tous les publics et plus particulièrement des enfants de tous les âges, et leur proposent des documents, livres, disques… répondant à leurs goûts, et leurs curiosités.

18 Non aussi, parce que les albums pour les tout-petits sont nombreux et bien en évidence dans un espace et un mobilier adaptés à ce très jeune public.

19 Non encore, parce que les bébés aiment les livres et la lecture et constituent donc un public avide !

20 Mais…

21 Oui bien sûr, parce que choisir des livres pour les tout-petits est encore plus exigeant que pour d’autres publics, dans une production éditoriale foisonnante qui propose autant de médiocrité que de qualité.

22 Oui aussi, parce que les tout-petits sont un public particulier, aussi craintif que joueur, qui aime autant manger les livres que les regarder ou trottiner en les transportant, et qu’il faut donc établir des modes d’accueil et d’animation adaptés.

23 Oui encore, parce que nombre de familles sont encore surprises qu’il y ait des livres pour les bébés et que ces derniers s’y intéressent.

24 Oui enfin, parce que c’est dans la durée que toutes les actions en direction du très jeune public, qui apparaissent encore trop souvent comme nouvelles, deviendront banales, ordinaires, c’est-à-dire évidemment nécessaires !